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Les Petites Histoires du Sport

Edito après France - Pays de Galles : Et le plaisir, bordel ?

11 Février 2013 , Rédigé par Pierre Ammiche Publié dans #Equipe de France de rugby

Samedi, 19h. La France vient de perdre son deuxième match du Tournoi 2013. La défaite du XV de France face au Pays de Galles (6-16) n'est pas analysée, pas digérée, à peine comprise, et déjà la rédaction est en fusion. On parle de "crise", de "défaite historique" et on cherche à démontrer que "c'est de la faute de"… 

Ca va ruer dans les brancards, et je sais que partout en France, toutes les rédactions sont dans le même état. Ca sent la peur, les relants de mauvaise foi. Les journalistes qui se branlent totalement du rugby 11 mois de l'année trouvent enfin de quoi balancer sur ce qu'ils pensent d'un sport dont ils ignorent presque tout. Le rugby, ça n'intéresse vraiment que quand ça perd. 
 
 
Un match qui ne vaut "rien" 
 
Pour être franc Je suis moi aussi en colère. En colère parce que j'ai l'impression de m'être fait enfiler. Les joueurs, toute la semaine, à longueur d'allocution, nous ont dit "on va y aller avec le casque à pointe", "on ne veut pas chier dans les bottes du staff", "on veut les marquer physiquement"… et puis… Et puis rien. Non pas un manque de volonté, pas un défaut d'engagement, pas même une faiblesse de la conquête ou une carence de talent. Non. Mais rien : pas de plaisir, pas de bonheur, pas d'émotions. 
 
Oui, derrière ma carapace de sanglier nain croisé hyène belliqueuse, j'ai un coeur, - laid et atrophié c'est vrai - qui bat au rythme de cette équipe de France. Malgré tout les beaux discours du staff, des joueurs, des gens qui y croyaient, malgré cette atmosphère de "tout est possible", malgré les promesses de combat et de courage, et bien je me suis bien fait chier. Un ennui terrible, teinté de tristesse que je n'avais jusqu'à là jamais connu en regardant le XV de France. Des branlées historiques, des revers cuisants et des finales perdues, oui. Mais un match aussi "vide", non. 
 
La faute à quoi ? A cette chape de plomb idiote qui pesait sur tout le monde ? Les joueurs tétanisés par une pression ridicule ? Le public absent, brillant par son silence et préférant siffler dans les 10 dernières minutes que soutenir les siens pendant les 70 premières ? Un staff apathique et presque pas en colère ? A vrai penser, probablement une bouillie de tout ça. 
 
 
Fredéric Michalak : "on a été nul" 

 
Une image restera. Alors que les deux équipes se séparent, les Bleus, tête basses, filent un peu honteux, sous les sifflets du public. Ils me font un peu de peine. Ils savent qu'ils partent à l'abbatoir : le débrief avec PSA, la salle de presse et la zone mixte, l'angoisse de la convocation du lundi. Et là, c'est le point Graphenberg du fatalisme. La phrase symbole d'une équipe qui vient de perdre son 2ème match du Tournoi et qui finalement, ne voit pas du tout où se trouve la solution. L'ouvreur de l'équipe, Fred Michalak, lâche au micro de France TV, un sourire triste aux lèvre, "on a été nul". 
 
Le coup d'envoi d'un moment navrant. C'est parti pour deux heures de zones mixtes où les banalités s'enchainent à une cadence affligeante :"il faut qu'on se remettre au travail", "il faut continuer à travailler", "ceux qui auront la chance de revenir, ils devront travailler, et ceux qui rentreront en club, ils devront rebondir", "l'important c'est de pouvoir rebondir après ce match"… Tout ça sur un ton entre abattement et moment difficile à passer.
 
Et l'envie de se dépasser ? Et la colère d'avoir perdu ? Et la haine de la défaite ? Et l'orgueil d'une équipe qu'on est en train de trainer dans la fange ? Et l'évolution dans le jeu, la révolution dans les têtes, la révolte ? Et le jeu ? Et le plaisir ?!

Une histoire d'amour à 16
 
Car oui, messieurs, comme dans une histoire d'amour il faut du plaisir. Et notre plaisir c'est votre plaisir ! Notre joie passe par votre capacité à prendre du plaisir sur le terrain ! Notre contentement de bête décérébrée et tétante au mamelon délicat de l'ovalie, depuis longtemps ou non, c'est votre capacité à rendre vos matchs moins pénibles, moins longs pour tout le monde. 
Je vais le dire sans détour : votre match a été l'un des matchs les plus chiants qu'il m'ait été donné de voir. Car si l'ennui avait été terrible lors d'un France-Ecosse de 2005 (16 à 9 après un essai de Traille à la 78e et un drop de Delaigue à la 74e), la victoire avait fait oublier le coté navrant de la rencontre. 
Que le premier qui a pris du plaisir samedi en regardant le XV de France (je te vois petit malin, préparer ta réponse graveleuse. Tu arrêtes tout de suite !) me jette la première pierre. J'en veux pour preuve que même les Gallois se sont fait chier ! 

La solution, vous l'avez ! 

 
Les solutions sur le terrain, j'ai envie de dire que vous êtes des grands. Que pour jouer face à une rush-défense vous n'avez besoin des conseils de personne et encore moins des miens. Que des heures de vidéo, vous allez en manger tout plein et que tout le monde va suffisamment vous dire ce que vous auriez du faire ou comment vous auriez du jouer.
Moi je n'ai qu'un seul conseil à vous donner : oubliez le passé, oubliez ce début de tournoi de merde, oubliez d'où vous venez et la pression que nous mettons sur vous. Rappelez-vous d'une seule chose : ça n'est que du sport, ça n'est qu'un jeu, et amusez vous. On pourra vous bourrer le mou de discours sans fin, de leçons de morale et de réprobation bien légitimes. Mais de votre bonheur dépendra largement le notre. Et comme disait les filles des joies des boxons d'autrefois : "Et le plaisir, bordel ?!"...

 

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