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Les Petites Histoires du Sport

Equipe de France de rugby : pourquoi l’équipe de France sera championne du monde

5 Juillet 2011 , Rédigé par Pierre Ammiche Publié dans #Mondial 2011 : dernière ligne droite

Séisme sur la planète rugby ! Non, les blacks ne seront pas champions du monde chez eux. Non une nation du Sud ne grimpera pas sur le toit du monde pour la 6ème fois en 8 éditions. Non, L’Angleterre ne sera pas la seule équipe au Nord de l’équateur à ramener la coupe WWE (Williams Web Ellis) sur le vieux continent. Les Français l’ont fait. Décriés, battus d’avance, en méforme, avec des vieux, des infirmes, des incapables : l’équipe de France l’a fait ! La magie de la coupe du monde a donné des ailes aux tricolores. Le niveau de jeu a été moyen mais le courage exemplaire. Et puis un brin de réussite et de volonté à fait le reste.

 

La une de l’Equipe : « Renversant », illustré par une photo de Picamoles mettant sur le cul Carter…Tout un symbole. Les larmes de McCaw, capitaine maudit, ou celle de Carter, auteur d’un fatal 2/7 au pied seront vite oubliées. De notre coté du monde, on retiendra bien plus les joueurs titubant, ivres de bonheur et soulés de coups, qui, dans une libération ultime, soulèvent une coupe minuscule mais gagnée de haute lutte.

 

Les champs Elysées ne seront pas, comme il est à la mode de le faire au moindre prétexte, pris d’assaut. Mais la Rue de la Soif est rapidement envahie du moindre soulain au vague passé ovale. La France « black-blanc-beur » est aussi, ce soir, la France « jaune-rosé-rouge ». La bière coule à flot, les festivités durent jusqu’au petit matin et au réveil, la réalité est trop belle : on a poutré ces anglais de malheur ! Ils ne seront plus (jamais) les seuls à pouvoir se dire qu’ils sont champions du monde. Le soulagement est immense : Lièvremont, accablé par la presse depuis 3ans craque lors de la conférence. Il est heureux comme un môme et profite de cette légitimité enfin acquise pour adresser un gros bras d’honneur à tous ceux qui réclament sa tête depuis des mois, Midi-Olympique en tête. Il est heureux, et même Novès se fend d’un mot gentil dans Sud-Ouest.

 

Le retour en avion est le plus démentiel de l’histoire, avec des joueurs qui réclament « Deux tours de rond-point ! Deux tours de rond-point ! », qui chantent des chansons paillardes, qui mangent du pâté et du saucisson en riant, qui tapent la belotte en trichant allégrement et qui surtout savourent les derniers instant de communion absolue, loin de tout et de tout le monde, dans leur magnifique havre néo-zélandais.

 

Chronique en guise d’explication sur les raisons d’un succès acquis envers mais surtout contre tous.

 

Un paquet d’avant monstrueux

 

On le savait depuis maintenant 2ans, la France dispose de la plus grosse mêlée du monde. Et cette arme, si mal utilisée durant le tournoi (un seul ballon bien exploité en première main suite à une mêlée offrant un essai suite au carton de Rougerie sur D’Arcy), va s’avérer bien mieux exploité. Fini les ballons dégueulés, fini les mêlées qui avancent mais qui sont sanctionnées d’un coup franc ou d’une pénalité. Ce mondial a permis aux avant tricolores de marquer au fer rouge toutes les armadas du Sud et les formations du Nord. Eventrer les packs adverses est devenu une marque de fabrique et le talonneur que je suis ne se lasse pas des images d’une première ligne NZ qui explose à l’impact et qui se fait relever sur 3m avant de se disloquer. Et que dire de la performance contre le pack Anglais ? Voir Care et Sheridan se faire enfoncer, Thompson demander grâce…

 

 

Si les qualités de Mas, Marconnet ou même Ducalcon à droite ne sont plus à démontrer, c’était à gauche que la question se posait. Et Domingo ou Barcella ont été exemplaires ! Un an d’absence pour l’un, 6 mois pour l’autre, et pourtant une performance au mondial qui fait oublier leurs terribles blessures. Et que dire du retour triomphant de Papé ou Millo-chlusky, parfaits compléments d’un Nallet toujours aussi impérial. Enfin l’apport de punch et de franchissement de Picamoles et Lakafia permirent de consacrer le pack le plus dominant.

Quand au domaine aérien, Bonnaire et Harinordoquy, deux des meilleurs sauteurs du monde, ont pu bénéficier des lancers d’horloger suisse de Servat et de pizzaïolo marocain de Swarsewsky (qui pourtant s’appliquait beaucoup) pour asseoir la domination air-sol des français. Enfin l’abattage de Dusautoir (colossal pour changer…) sécurisait les rucks et permettait aux bleus de franchir un cap dans l’agressivité en avançant sur tous les impacts.  

 

 

Un arbitrage (dans l’ensemble) favorable aux bleus :

 

A cette domination des avants, s’est ajouté un arbitrage très européen. On craignait énormément de devoir se plier au rythme et à l’intensité du super-rugby, en grande partie à cause d’un arbitrage favorisant à outrance les turn-overs provoqués et les « contests » laxistes (plongeons, grattages au sol et à la main, entrées sur les côtés etc…). Mais finalement, c’est un arbitrage plutôt européen qui a triomphé. Un arbitrage plus rigoriste, moins tolérant mais bien plus facile à maitriser pour nos tricolores.

Les arbitrages en mêlées, vraies point d’interrogation de ces 4 dernières années, ont enfin mis en avant l’idée que la sanction devait peser sur l’équipe qui reculait et pas sur l’équipe qui avançait. Un progrès manifeste et favorisant les bleus et leur monstre à 16 pattes.

 

De plus, la très grosse discipline de la défense tricolore et son système de rush-défense, a permis aux plaqueurs de contester beaucoup de ballons tout en restant dans la légalité. Des joueurs comme Ouedraogo ou Dusautoir se sont alors gavés de ballons de récupérations, ouvrant la porte à des jeux en contre-attaque dont la France s’est délecté.

 

Enfin l’arbitre de la finale, Mr Barnes, avait une pression monstre sur les épaules : le dernier mondial et son erreur grossière en ¼ courrait dans toutes les têtes néo-zélandaises. Mais, ne cédant pas à la pression, il donne la pénalité de la gagne à Yachvili dans les dernières secondes d’un match au couteau. McCaw entré une fois de trop par le flanc d’un regroupement est en transe, il saute, agitant son gros index en hurlant « No ! No ! I didn’t touch ! » imitant le célèbre et regretté Brandao, l’immense attaquant marseillais. Mais le mal est fait et Parra transforme pour sceller le sort du match le plus important des 4années passées.

 

Un orgueil exacerbé par des mois de critiques :

 

La victoire se passe à 50% sur le terrain et à 50% dans la tête. Et si sur le terrain les bleus n’ont pas été les plus brillants, dans les têtes ils furent sans conteste les plus forts.

Cette force mentale, cette hargne, ce courage si typique à nos petits frenchies, aucun anglo-saxon ne peut l’égaler, ni même la comprendre.

Aucun fighting spirit d’un Dubliner, aucun flegme teinté de courage d’un Britannique de tout poils, aucune volonté en provenance du pacifique ne peuvent égaler ce que la France produit le mieux : l’orgueil.

Petite recette pour avoir assez d’orgueil pour gagner un mondial : prendre 30 joueurs d’une équipe en reconstruction. Broyer-les et concasser-les dans la presse. Remettre en question leurs qualités et leur implication pendant 2ans. Finir l’acharnement après un match raté contre l’Italie. Mettre au frigo quelques mois. Pendant que la préparation refroidit, allumer le staff, thermostat 10, et pousser le sélectionneur à la démission pour y mettre à la place un ou deux grincheux qui gratte à la porte (qui a parlé de Guy « l’équipe de France ne voulait pas de moi il y a 3ans alors je ne veux plus d’elle » Novès ?!). Petite astuce : ne pas oublier les polémiques (Bastareaud, Chabal) et une bonne couche de « le sélectionneur est un incapable inexpérimenté qui n’a rien à faire à la tête de cette équipe pourtant si brillante ». Une fois que la préparation est bien froide, mettre le tout dans un espace confiné à l’autre bout du monde pour trois semaines. Agrémenter le tout d’une bonne dose de doutes et de remise en question des joueurs. Bien secouer le tout et servir blessé et bien chaud.

 

Une équipe de mauvais, emmenée par un staff de mauvais, pour gagner une compétition qu’il ne mérite pas et où il vont se faire poutrer… Ca me rappel un truc qui s’est passé en Juillet 1998…  

 

L’effet mondial :

 

Et puis, il faut dire que l’Histoire d’Amour entre les bleus et le mondial est unique. Non seulement les bleus passent rarement à coté des matchs d’un jour (sauf contre les Anglais), mais en plus ils sont coutumier d’exploits inoubliables mais hélas sans lendemain. Et la victime préférée ? L’archipel du bout du monde : l’ogre néo-zéd. 1999 et 2007 : deux dates qui ont fait l’événement. 2011 : une date qui fait l’Histoire.

 

Ce l’effet mondial : celui grâce auquel les tensions du vestiaire, les égos, les individus sont transcendés au profit d’un tout et d’un objectif commun : être champion du monde. Et quand on est latin, et qu’on parle de groupe, d’équipe, de famille, on ne rigole pas.

Alors en plus quand cette petite famille va à la guerre ensemble, comment ne pas faire bloc ?

 

Et puis lors d’un mondial, c’est à chaque fois l’occasion pour un joueur décrié ou « secondaire » d’exploser : 1999 et le duo Galthié-Lamaison, 2003 et la génération Michalak-Harinordoquy-Poitrenaud, 2007 et Beauxis et Dusautoir, 2011 sera l’occasion de voir exploser Picamoles, Lakafia et Huguet.

 

 

Le miracle de Lourdes :


Enfin, le miracle à eu lieu. Les prières à Saint-Luc, le saint patron des médecins ont été entendues : Rougerie, Domingo, Mermoz, Barcella, Servat et Swarsewsky sont revenus a temps et en forme ! Le traitement ? Un verre d’eau de Lourdes a chaque repas, des incantations vodous et des rituels druidiques sur les parties du corps concernées, 450 poulets de Bresse sacrifiés, une bonne centaine de saignées, des emplâtres et beaucoup, beaucoup, beaucoup de travail et de chance.

 

L’équipe de France avec une paire de centre Rougerie-Mermoz est tout de même bien plus alléchante qu’une parie Estebanez-Traille ou Marty… Mais surtout, le retour au plus haut niveau de Mr Dimitri S, Barcella, Domingo et Servat a permis à l’équipe de France de capitaliser sur leurs qualités : la mêlée.

 

Au grand complet, les bleus ont une équipe qui fait peur mais surtout qui fait mal.

 

En somme, les français sont champion du monde, et ils se le sont pelé ce titre. C’est un vrai tour de force réalisé par les tricolores et finalement c’est presque mérité au vue du chemin de croix que viennent de se cogner les joueurs et le staff de l’équipe de France.

 

Et si maintenant, il s’agit d’un fantasme, et si je pencherais plus pour le scénario d’une défaite en phase finale, j’ai envie d’y croire et envie de croire aux chances de ce groupe de joueurs qui ont tout dans les mains pour faire vibrer tout le pays et offrir au monde une prestation formidable et historique. 

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Salles de Sport Toulouse 10/07/2011 15:07


Voila de bonnes raisons de rever, et pourquoi pas... Les français ont montré de l'orgueil et la coupe du monde est tout simplement unique... et permet de croire à n'importe quel miracle.


Daffos 10/07/2011 02:15


Vous avez raison sur plusieurs points mais je reste quand même sur mes positions.
C'est vrai que j'ai une vision du rugby professionnel assez empreinte de nostalgie et peut être erronée faisant partie des rugbymens qui ne sont plus cotés en bourse du fait de leur ancienneté...la
génération des J.Prat et L.Mias ou A.Domenech...Je ne me reconnais pas dans ce rugby de "contact" ayant pratiqué un rugby de "combat"au poste de pilier droit... dans ce rugby qui mise tout sur la
défense et la faute de l'adversaire... ce rugby qui voit des mélées s'effondrer une fois sur deux, des joueurs en possession du ballon se couchant AVANT d'être plaqués ou des deux contre un, si ce
n'est pas des trois contre un complètement galvaudés sans que cela ne gêne personne....
Bon, je suis bien malade de mon rugby mais je me soigne...Pardonnez au "vieux" grincheux que je suis et prions ensemble pour que votre premier scenario se réalise...Cordialement H.D
(www.equi-midi.fr


Daffos 09/07/2011 18:35


J'aimerais suivre votre bel optimisme mais je crois que nous ne sortirons pas de la poule ou au mieux nous allons prendre une correction de la part de l'Angleterre en 1/4...
Je souhaite me tromper
Pas question de battre les Blacks chez eux..ailleurs peut être, chez eux non !
Ensuite nous avons le Tonga...leurs joueurs jouent chez nous en top 14...ils connnaisent tout de notre jeu et ils sont tres doués...
Nous jouons trop un rugby "couché" (pic en go a satiété) pour avoir une chance dans le contexte d'une coupe du Monde

Encore une fois je souhaite que vous ayez raison mais...!!!!


Pierre Ammiche 10/07/2011 00:49



Bonjour Mr Daffos, 


 


Alors dans l'ordre : 


- l'optimiste est de mise. Mais si vous préférez le scénario catastrophe c'est ici : http://lespetiteshitsoiresdusport.over-blog.net/article-equipe-de-france-de-rugby-pourquoi-les-bleus-ne-seront-pas-champions-du-monde-78304744.html (et
oui chez nous on a tout prévu pour être sur de ne pas être décu)


- Une défaite en 1/4 contre l'Angleterre ? Il faudrait pour cela qu'ils finissent deuxième de leur groupe derrière l'Argentine. Et je ne crois pas tellement aux chances de mes amis sud-américains
pour ce mondial. Des cadres viellissant, des leaders souvent blessés, des joueurs en mal de temps de jeu et surtout... Une équipe anglaise qu'il va falloir battre. 


- Pour les Tongas : certes certains joueurs évoluent chez nous. Mais aucun n'évoluent, dans les meilleurs club du top 14. C'est une équipe largement à la portée des bleus, qui est portée par
quelques individualités (en 2007, Pierre Hola et Finau Maka, aujourd'hui Ahoteailioa ou Fonua d'Agen). Mais c'est aussi un collectif très limité voir faible du fait du manque de repère collectif
(ils ne jouent qu'un ou deux matchs tous les ans ensemble). Ils sont certes très doués, mais reste l'équipe la plus prenable des iles pacifiques. Une victoire des Tonga serait une énorme
surprise. Ce que je redoute le plus, ce sont les blessures qui seront inévitables contre eux. 


- Pour le fond de jeu : assez d'accord sur le fait que l'équipe de France n'est pas flaboyante. Mais les coupe du monde ne se gagnent pas toujours avec un fond de jeu dingue : Australie en 1999,
Angleterre en 2003, Afrique du Sud en 2007. La recette (miracle ?) pour être champion du monde : grosse défense, grosse conquête et jeu au pied. Avec ça, on joue chez l'adversaire, on met
beaucoup de pression, on hérite de ballons de récupérations et on se montre efficace dans le camp adverse en poussant son adversaire à la faute... Ca n'est pas le rugby que j'aime mais comme l'a
dit un jour Michael Jordan :"l'attaque fait gagner des matchs, la défense fait gagner des titres". Un article dans la semaine sera consacrer à la recette pour être champion du monde. 


Merci de votre message et j'espère vous compter parmis mes lecteurs réguliers. 


 


Amitiés ovales 


Pierre 



Marie 05/07/2011 18:26


Oui c sur dans ce cas là tout le monde de l'ovalie française ferait des bons partout


Pierre Ammiche 10/07/2011 00:52



Je pense que si on gagne une coupe du monde de rugby, je me paye un voyage a Londres pour exiber une réplique de la coupe du monde... Petit plaisir personnel