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Les Petites Histoires du Sport

France – Fidji : un vrai pétard mouillé…

14 Novembre 2010 , Rédigé par Pierre Ammiche Publié dans #En route pour la coupe du monde 2011

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On nous avait promis des relances, du jeu et de la folie au doux parfum des iles. On nous avait vendus des chiffres à faire pâlir : 6  essais et 45 points de moyennes. On espérait légitimement voir des plaquages de tueur et des chevauchées haletantes, des crochets électriques et des disparitions de balle magique à la Waisale Serevi… Et puis finalement, rien. Un match laid, des essais laids, des actions laides et une froide maitrise tricolore s’opposant à une faible envie Fidjienne. A croire que la pluie incessante de la région Nantaise avait définitivement noyée les envies de Ligairi et de ces petits copains des « Flying Fidjians ». Presque résignés avant l’heure, les vaillants guerriers Fidjiens sont venus sur une pelouse gorgée d’eau, balayée par la pluie et le vent, et on attendu la fin d’un match aussi pénible pour eux que pour nous.

Retour sur un match que je regardai jusqu’au bout, par conscience professionnelle plus que par réelle envie.

 

Le décor était planté : celui d’un poème de Dante. Un temps à ne pas mettre un Anglais dehors, c’est dire. Quand on pense qu’en Bretagne il ne pleut que sur les cons, ca laisse songeur sur les capacités cognitives de ces braves rugbymen de la journée. Pour les Fidjiens qui évoluent encore au pays comme c’est le cas pour le talonneur Tuapati, ce climat relevait des légendes et des comptes du village, quand les vieux racontait des histoires pour faire peur aux enfants dans lesquels il était question d’eau froide qui tombe du ciel et de températures a un seul chiffre… Inutile de dire que le style virevoltant et d’attaquant pur qui caractérise (et caricature même parfois) le jeu des archipels de l’hémisphère sud n’était pas de rigueur hier.

 

Les raisons d’un match nul en spectacle, mais plus encore nul en enseignements :

 

Coté tricolore, ce match qui servait de mini-laboratoire pour Lièvremont Reutière mais surtout N’tamack, était, on le pensait, l’occasion de donner du temps de jeu a quelques uns des joueurs en forme du championnat et de laisser libre cours à la créativité du moment en alignant une équipe capable de « jouer ». « Jouer », une sorte de timide reconnaissance du droit de sortir de la normalité, de s’éloigner de l’attendu, d’oser, en somme une ode à la liberté. Et bien voilà ce que la pluie est venu annihiler. Quand sur les 4 premiers ballons écartés, le ballon chute après moins de trois passes, ca vous casse une dynamique.

La charnière qui devait conduire le jeu tricolore a alors bien compris : ca ne servait a rien de s’éloigner des zones d’affrontement au risque de rendre le ballon à l’adversaire. On a alors vu de pick-and-go, des retours intérieurs, des en avants et de chandelles. Wahooo ! Show-time comme disent les américains.

Mais a ce stade là, la faute n’est imputable à personne. Ni Lièvremont, ni son homologue Domoni n’ont convenus de jouer son le déluge.

 

L’autre grande raison d’un match aussi haché, inintéressant et presque soporifique, est anglaise. Je n’ai pas pour habitude de m’en prendre au corps arbitral. Mais Mr Small s’est montré d’un caractère tellement pointilleux qu’il en a découragé les joueurs les plus créatifs de la planète en un seul match. Non on ne joue pas vite les pénalités ou les touches, non on ne pousse pas trop en mêlée, non on lift pas comme ci, non on ne déblaie pas comme ca, les avantages durent 7secondes quand j’ai la gentillesse de laisser un avantage… Pour dire, on a vu plus Mr Small en action que Lapandry, Arias, Naqelevuki et Nalaga réunis. Que les consignes et le règlement soit appliqués, soit. Et même tant mieux. Mais que l’interprétation de la règle soit systématiquement mise en œuvre dans aucun autre but que d’appliquer une sanction relève de la stupidité. Mais passons…

Une conquête pas si dominatrice que cela :

   

 Je vous en avais un peu parlé mais d’autre média se sont fait l’écho du sentiment qui prônait : la domination outrageante des Français dans le domaine de la conquête allait tellement faire la différence que les Fidjien allait perdre le match uniquement en mêlée et en touche… En somme, on allait poutrer le 5 de devant de ces braves insulaires et ca allait rouler. Seulement une mêlée n’est pas une vérité absolue et d’un match à l’autre, tout ou presque peut changer. Et si les Fidjiens ne vont pas devenir du jour au lendemain des grands malades des phases statiques, la mêlée mise en place au moins sur la première mi-temps est l’une des meilleures qu’il m’ait été donné de voir. Très véloce à l’impact, gênant considérablement Ducalcon et parfois Guirado, poussant les français à la faute à au moins 3 reprises, le tout emmené par une première ligne solide mais sans grands noms et face à l’une des meilleures mêlée d’Europe, bravo. Il a fallut l’entrée du très puissant Noirot et du non moins puissant Pierre pour voir la première mêlée enfoncée véritablement jusqu'à l’essai de pénalité. Soit 70 minutes où les français ont dominés, c’est vrai, mais d’une courte tête au moins dans les pénalités/coups francs concédés.

En touche, moins de soucis avec pas moins de 7 joueurs sauteurs au cours du match (Lapandry, Ouedraogo, Harinordoquy, Chabal, Pierre, Millo-Chlusky et Thion) et de bons lancements de jeu. Les adversaires du soir ont eu un peu plus de difficultés en témoigne quelques lancers « Calzone ». Mais jamais les bleus n’ont été en mesure de réellement punir les Fidjiens en construisant quelques cocottes des familles, et c’est régulièrement bien organisés que les insulaires ont réussit à contrer sans trop de dégâts ce qui aurait pu (et même du) être l’arme principale des tricolores.

Les enseignements a tirer devant sont aussi clairs que derrières : aucun. Ouedraogo est très en jambe, Harinordoquy continu a jouer trop facile et a perdre des ballons sur des fautes de mains de benjamins et Chabal et Thion continuent leur concours de celui qui aura les mains les plus carrées des 30… A si pardon ! Un enseignement : Jérôme Schuster n’est pas là parce qu’il est le cousin de Nicolas Mas et qu’il est « super sympa ». Non, il est là parce qu’il correspond parfaitement au profil du pilier moderne, solide en mêlée, actif et puissant, mobile et plaqueur. Un des supers piliers du championnat qui sort un match a son image : généreux. Ils étaient deux hier a fêter leur première : Schuster donc, mais aussi Benjamin Noirot qui hélas pour lui ne revera probablement plus le maillot bleu de si tôt tant le trio Guirado-Swarsewsky-Servat semble intouchable.

 

Et derrière ? Et bien Traille est impérial sous les chandelles, Porical sait faire autre chose que de taper dans un ballon, Estebanez s’est pris des grosses charges d’un Vulivuli hyper puissant, Marty a fait un match solide et la relation 10-12-13 n’a pas vraiment donné du rêve aux spectateurs de La Baujoire.

 

L’essai le plus laid du monde :

 

L’un des rares faits un peu rigolo de ce match, c’est l’essai le plus laid du monde. Suite à une pénalité bien foirée par le demi de mêlée du BO Dimitri Yachvili, comme par instinct (ou plutôt suite à une consigne) une petite ligne de quelques joueurs bleus montent au petit trop ignorant alors encore le sort de la pénalité. La balle passe a 10 mètres à gauche des barres. Mais au moment de s’écraser au sol, les maillots blancs se regardent. La balle rebondit alors et Nalaga étant le plus proche, se retrouve dans l’obligation de prêter un peu attention au ballon. Il tente alors avec ses bras de géant de contrôler une balle qui semble trop petite pour lui. Il tente d’aplatir mais dans la précipitation oublie la balle. Arias qui était monté tente de s’emparer de ce cadeau tout en mettant la pression sur le géant de Clermont. Il vient à sa rencontre bras tendus en avant et yeux fermés ne sachant s’il doit plaquer ou s’il doit s’emparer de la balle et passe a coté de Nalaga sans le toucher et s’écrase dans le gazon. Nalaga, toujours en capacité de mettre un terme à l’action en aplatissant la beuchine dans son camp, se troue et plonge dans le vide sans le ballon. Ce dernier roule sur le ventre de Nalaga, la jambe, le pied… Marty qui a suivit lui aussi plonge alors sur la balle qui traine dans l’en-but. Ouedraogo lui aussi plonge (un peu après) et en profite pour écraser Nalaga et Arias qui étaient encore au sol tout en mettant un gros plomb à Marty. Après vidéo (le mec a bien du rigoler), l’essai le plus laid du monde est validé. Nous sommes à un tournant du match puisque pour la première fois, les bleus font le break juste avant la mi-temps. Rien a dire, hier c’était vraiment show-time.

 

En fait, je me suis trompé d’horaire ! :

 

Tout en préparant un peu le résumé du match, hier, je me suis fait la réflexion suivante ; après un match de malade entre l’Angleterre et l’Australie où le jeu a surpassé l’enjeu d’une manière éclatante, où les anglais on attaqués a tout va, où Flood a touché plus de 60 ballons, où les temps de jeu et les actions se multipliaient et laissaient entrevoir ce que serait le rugby de demain, je me farcis un match laid et vraiment tourné autour d’un pragmatisme et d’une froideur sans nom, où le moindre ballon est un combat, la moindre passe un risque, la moindre tentative de mettre de la vie une sanction. Et alors je me suis fait la terrible remarque : les Français jouent comme des Anglais et les Anglais adoptent le French-Flair… Ce qui semblait être un frémissement outre-manche au moment du tournoi se confirme : Johnson est en train de tuer le rugby à l’Anglaise et l’un des derniers bastions où l’on va défendre la mêlée rugueuse et le jeu au pied long c’est chez nous ?!

Mais comme ce genre d’idées est purement insoutenable pour moi qui aie vécu deux demi-finales de coupe du monde franco-anglaise, alors je me suis convaincu d’une chose : je me suis trompé d’horaire et le nouveau maillot gris de l’équipe de France qui a humilié les Wallabies est vraiment beau. Par contre qu’est ce qu’il y a comme nouveau joueurs…

 

 

A très vite pour les compos de France- Argentine. 

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