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Les Petites Histoires du Sport

La chronique de Luc : Mort dans l'après midi

14 Mars 2011 , Rédigé par Pierre Ammiche Publié dans #L'édito de Luc

Introduction : Après un retour fracassant aux affaires (a côtés des heurts que son retour sur la toile ont crées, les émeutes en Lybie c'est une réunion Tuperware dans une cabane de trapeur) , voilà que le grand noir à la chaussure blonde nous pond un second article en moins de 3 semaines. Luc est chaud comme une barraque à frites : il ne faut pas pousser pépé pour un article, alors quand l'équipe de France est défaite par son homologue mangeuse de "pasta", notre sémillant éditorialiste envoie du pâté ! Il fallait pas nous l'énerver notre Tigre du Benin...   

 

 

Mort dans l'après-midi


Le XV de France s'est incliné cet après-midi contre l'équipe d'Italie. A six mois de la Coupe du Monde. Un match médiocre. Contre l'Italie. Le XV de France s'est éteint cet après-midi à Rome. Les espoirs de 350 000 licenciés sont morts cet après-midi dans l'arène de Flaminio. La fierté de 22 gladiateurs a trépassé cet après-midi à trois kilomètres du Colisée. Les commentaires désobligeants pleuvent, on parle de honte nationale, les appels à la démission se multiplient, il y avait 14 ans que l'on avait pas perdu contre nos amis transalpins. C'était le 22 mars 1997, Sadourny, Saint-André et Accoceberry jouaient encore, Betsen et Ibanez étaient remplaçants. En face, Troncon et Dominguez animaient la ligne de la Squadra Azzurra. C'était un autre temps, croyions-nous, à l'heure où s'ouvrait cette quatrième journée du Tournoi 2011.


L'on ne peut raisonnablement pas considérer que l'Italie a sa place dans le Tournoi et s'étonner ou s'offusquer qu'elle remporte des victoires contre les nations majeures. L'on ne peut raisonnablement pas estimer que l'Italie a mérité plus d'une fois de l'emporter face à l'Irlande et se sentir blessé par une défaite à Rome. L'on ne peut raisonnablement pas vanter l'avantage significatif qu'a une équipe évoluant à domicile, s'enorgueillir d'un rugby où les hommes restent maîtres de leur perron, invincibles à la maison, et ressentir une défaite à Flaminio. L'on ne peut raisonnablement pas prétendre respecter les Azzurri et parler d'humiliation lors nos Bleus s'inclinent face à une équipe valeureuse. Une défaite contre les Italiens ne peut pas être honteuse au point de tacher définitivement le maillot national, une défaite à Rome serait elle invraisemblable au point que nous devrions avoir honte ?


L'on ne peut raisonnablement pas demander la démission ou le limogeage de Marc Lièvremont et de son staff, au motif de ce match particulier, pas plus qu'au motif de l'accumulation des défaites douloureuses (l'Australie cet automne, l'Angleterre cet hiver) ou des victoires laborieuses (l'Argentine cet été, l'Ecosse cet hiver). L'on ne peut raisonnablement pas remettre en cause le sélectionneur national à quelques heures de jeu effectif du match d'ouverture de la Coupe du Monde, ce n'est pas rationnel, cela pourrait s'avérer contre-productif. L'on ne peut raisonnablement pas accabler l'homme qui a succédé à huit ans de Bernard Laporte et de volte-faces invraisemblables, de choix incompréhensibles, de défaites au pire moment ; depuis 2007, nous avons une équipe de France rajeunie, des minots pleins d'enthousiasmes, un grand Chelem et des victoires que nous n'attendions pas, notamment lors d'une tournée estivale en Nouvelle-Zélande. L'on ne peut raisonnablement pas accabler un Milou N'Tamack, le meilleur de tous. L'on ne peut raisonnablement pas s'en prendre à Didier Retière, il a transformé la science des mêlées de Paparemborde, Vaquerin, Marconnet en une technologie que beaucoup nous envient, il a fait entrer le jeu d'avants dans une nouvelle ère, l'ère Electronique, l'ère des piliers débarrassés d'un surpoids débonnaire, l'ère des ingénieurs du « Flexion, touchez, stop, entrez », des mêlées simulées sur ordinateur, l'ère de la précision et de la pensée dans un domaine que nous croyions tous éternellement soumis au règne des 3 C (le coeur, les couilles, la créssivité).


L'on ne peut raisonnablement pas brûler aujourd'hui les idoles d'hier, les Jauzion, Rougerie, Traille et autres Chabal à la seule aune de notre ressentiment, la retraite des seniors de notre pack ne serait pas plus souhaitable, l'absence des Picamoles, Bastareaud, et autres Dupuy ne peut à elle seule expliquer la défaite d'une équipe de France pathétique. Ni tout cela, ni rien au monde, ne sait pas nous faire oublier, ne peut pas nous faire oublier qu'aussi vrai que la Terre est ronde, on ne doit rien oublier, ni les émotions d'une victoire à Lansdowne Road, ni la joie d'un drop de Trinh-Duc, le Joël Stransky des temps modernes.


Et pourtant, hic et nunc, la réalité bute sur les limites de la raison pure. Ce qui serait raisonnable n'a pas de place dans le coeur d'un supporter des Bleus. Lorsque Aldo Gruarin, pilier varois du XV de France, s'apprêtait à aller honorer sa première sélection, bardé de son sac et de ses espoirs, attendant en la gare de Toulon – centre du monde – son train pour Paris, il s'est fait prendre à parti par un vieil homme qui tenait à lui rappeler que le maillot bleu méritait d'être honoré, que c'est un coq orgueilleux et pas une pintade vétilleuse qui orne le coeur des tuniques bleues. Cet héritage ne doit pas être oublié. Le XV de France est notre fierté, notre joyau, l'étoile qui brille dans la nuit du rugby français ; c'est par lui, pour lui, en lui que prennent un sens les multitudes d'anonymes du samedi matin, les bras cassés du dimanche après-midi, les foules dénuées de talent qui offrent leurs articulations et leurs os, leur temps et leur âme au Jeu à XV. Dédé Boniface adolescent se rêvait Jean Dauger, Thomas Castaignède s'est rêvé Dédé Boniface, et Maxime Mermoz a du s'imaginer plus d'une fois être Castaignède. De même que le maillot des Bleus n'appartient à aucun joueur, de même qu'un joueur n'est que l'heureux locataire d'un maillot plus grand que lui, l'heureux passeur de plats dans une tradition, une histoire et un panthéon, de cette même manière, l'équipe de France n'appartient pas qu'aux élus, elle appartient à tous les évincés de Marcoussis, à tous les joueurs de l'élite qui bossent toute l'année pour être internationaux, à tous les juniors et tous les espoirs des clubs, à tous les cadets et tous les minimes, aux arbitres et aux éducateurs, aux bénévoles et aux supporters.


Ainsi Marc Lièvremont n'est pas juste sélectionneur du XV national, c'est le premier ministre de la France de l'Ovalie, Jo Maso est secrétaire général du Matignon du rugby et Lionel Rossigneux est porte-parole d'un gouvernement de la gonfle. A ce titre, ce staff ne peut s'affranchir de prendre ses responsabilités devant la débâcle de Flaminio, celle-là même qui rappelle la grande déroute de Grenoble en 1997 face aux transalpins têtus. Entendons nous bien, il n'est rien à reprocher directement au staff de l'ainé des Lièvremont, c'est certainement un bon humain et un excellent technicien. Pour autant, le mot « responsabilité » a un sens et s'il ne doit pas être confondu avec « culpabilité », il ne peut échapper à la dialectique de la faute et de l'erreur. S'il n'y a pas de faute manifeste de la part du sélectionneur de l'équipe de France, les résultats bruts plaident pour une série d'erreurs, et l'honneur de mener la destinée du XV national devrait lui imposer de prendre une bonne fois pour toutes ses responsabilités et de proposer au président Lapasset de remanier son équipe. Que ce soit maintenant ou après la fin du Tournoi importe peu ...


La seule question que nous devons nous poser concerne le monde d'après : le staff d'après a beaucoup d'importance mais le rugby d'après, au sens large, doit nous pré-occuper, qu'il s'agisse du calendrier, des relations entre la Ligue et la Fédération, d'une organisation en provinces, d'internationaux sous contrat fédéral et autres serpents de mer. Pour ce qui est du sélectionnneur suivant, une idée trottine depuis quelque temps dans les caboches de quelques illuminés; en 1997, les Springboks étaient venus s'imposer à Paris, pour l'adieu au Parc des Princes, pour ce qui devait être la fête des souvenirs, dans un match insupportable au score fleuve : 52 – 10. Malgré la « grande lessive » qui avait alors écarté les Roumat, Lacroix, Saint-André, Cabannes, l'équipe de France n'avait pu trouver la rédemption que deux ans plus tard, dans l'enfer de Twickenham, en demi finale contre la Nouvelle-Zélande, à la faveur d'un retour providentiel, celui de Fabien Galthié.

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