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Les Petites Histoires du Sport

La petite histoire de... Rumble In The Jungle (Partie 1)

7 Mai 2015 , Rédigé par Pierre Ammiche Publié dans #La petite histoire de...

La petite histoire de… Rumble in the Jungle : un combat de légende

 

PARTIE 1 : L’AVANT COMBAT

30 octobre 1974. Kinshasa et un pays que l’on nomme encore le Zaïre. Ce matin, le soleil se lève sur les bords du fleuve Zaïre. Le fil de l’eau n’est pas encore troublé par l’agitation quotidienne de ses berges. Pas de bateau, pas de commerçants, pas de passage. Même les crocodiles semblent plus indolents que jamais. Une atmosphère de guerre civile flotte dans l’air tropical de la rive sud. La tension est physique. L’air est étouffant dans cette ville qui tourne encore au ralenti. Dans quelques heures, le pays va imploser. 

Pour la première fois dans l’histoire, le monde entier a les yeux tournés vers l'Afrique. Deux des plus grands champions de boxe de l’Histoire vont s’y affronter. Dans le coin droit, le challenger : Cassius Clay alias Muhammad Ali. 45 combats, 43 victoires dont 31 par KO. Le plus grand boxeur poids lourds des 15 dernières années.

Face à lui, dans le coin gauche, le champion en titre WBA et WBC (les deux titres majeurs en poids lourd), la brute épaisse, le destructeur : Georges Foreman. Son palmarès est démentiel : 40 victoires, 0 défaite. Et surtout 37 par KO.

 

Retour sur un combat qui va changer le monde de la boxe.

La petite histoire de... Rumble In The Jungle (Partie 1)La petite histoire de... Rumble In The Jungle (Partie 1)

Le vieux guerrier sur le retour, le jeune loup affamé :


Foreman, fort de son titre olympique 1968, s’impose très vite comme un grand boxeur. Entre 69 et 74, la multiplication de ses combats, tous expéditif, lui permettent de se forger un palmarès énorme : 40 combats, 40 cartons.

Mais plus que les victoires, c’est la manière qui frappe : une puissance colossale, une droite ravageuse, des matchs qui durent moins de 3 rounds (33 victoires avant le 4ème round).  Récemment, il vient ni plus ni moins que d’envoyer au tapis les deux seuls combattants qui avaient battu Ali. Ken Norton, vainqueur aux points contre « the Greatest » se fait martyriser (2 rounds et il s'écroule). Joe « smoking » Frazier va six fois au tapis en deux reprises. Un massacre…

La combat expéditif de Foreman face à Frazier.

De son coté, Ali semble plus fragile que jamais. Après avoir refusé de partir au Vietnam en 1967, il est suspendu 3 ans et demi par la Fédération Américaine de Boxe. Il revient doucement aux affaires en 1970, en combattant deux boxeurs de talent : l’argentin Bonavena et le tout jeune Quarry. Deux victoires plus tard, son premier grand combat de reprise se profile : face à lui se dresse son ancien ami, Joe Frazier.
Ali montre alors pour la première fois ses limites : à New York, 3 mois après sa victoire sur Bonavena, Muhamad parait émoussé. Il est battu aux points, au meilleur des 15 rounds. Sa première défaite professionnelle.

 

Ali en difficulté face au jeune Bonavena

Ali en difficulté face au jeune Bonavena

Face à Frazier déchainé, Ali concède sa première défaite professionnelle.

Face à Frazier déchainé, Ali concède sa première défaite professionnelle.

« The Greatest » n’est plus invincible. Et malgré les 10 victoires qui suivent cette première défaite, rien n’est plus comme avant. Pire, un second faux pas face à Norton fait vaciller le monde de la boxe sur ses fondations. Ali qui perd deux combats, c’est la prise de conscience que l’Homme le plus fort du Monde est faillible.

Un combat-revanche gagné à l’arrachée plus tard et une victoire très laborieuse contre un inconnu (Lubbers) plus loin, Ali, vieillissant, débarque au Zaïre. Les choses sont claires : Foreman va le dézinguer et après ce combat, il ne restera d'Ali que quelques souvenirs agréables.

La petite histoire de... Rumble In The Jungle (Partie 1)

Du haut de son mètre 92, le jeune et fringant Georges est en grande forme. A 25 ans, est à l’apogée de son art. Il est plus grand, plus fort, plus jeune et dispose d’une allonge démesurée : 2m08. Il est annoncé comme le  boxeur le plus puissant depuis Joe Louis et le meilleur boxeur des années 70. Il a épinglé a son tableau de chasse Frazier, Peralta, Ramon. Défendre son titre WBA/WBC contre l’un des anciens du circuit doit être une formalité.

Quand l’organisation d’un combat devient elle-même un combat :
 
Les circonstances de l’organisation de ce combat sont à elles seules extraordinaires. Un jeune promoteur noir de 43 ans organise un de ces premiers événements. Ce promoteur répond au charmant prénom de Donald. Mais vous le connaissez mieux sous le nom de Don King.

Sulfureux, ayant eu à répondre par le passé de deux homicides, et de quelques arnaques, le "Don" s’est reconverti dans la promotion de combat avec un succès mitigé jusqu'à maintenant. Mais il s’engage à verser la coquette somme de 5 millions de dollars à répartir entre les deux combattants. Pourquoi cette somme colossale ? Parce qu’il veut être certain que les autres promoteurs ne pourront jamais s’aligner sur une telle proposition. Seul problème : il n’a absolument pas 5 millions de dollars !

 

C’est donc la course aux sponsors qui est lancée. Un consortium est crée pour palier au manque de financement de King : une entreprise panaméenne du nom de Risnelia Investissement, la Hemdale film Corporation (crée par le producteur Daly et l’acteur Hemmings), la Vidéo Techniques Incorporated of New York et enfin la toute jeune Don King Production sont les premiers financiers de l’événement. Mais, très logiquement, les fonds levés sont largement insuffisants. Il a alors l’idée de se tourner vers des investisseurs étrangers au continent américain. Le combat semble de plus en plus improbable.

 

Don King le sulfureux, se lance dans le monde de la boxe.Don King le sulfureux, se lance dans le monde de la boxe.

Don King le sulfureux, se lance dans le monde de la boxe.

Mobutu, le mécène venu d'Afrique
 
Le tournant à lieu courant 1974. Mobutu, le Zaïrois est un immense fan de boxe. Le Congo, divisé, est en pleine période de « zaïrification », c'est à dire une centralisation et une nationalisation forcée de toutes les institutions afin de construire la nation Zaïroise. Pour que tout se déroule sans vagues, il faut du « pain et de jeux » au dictateur.
Mobutu le sait : le meilleur moyen d’unifier au plus vite son peuple, c’est un événement sportif mondial.

Il sort le chéquier et paraphe un joli contrat de 5 millions. Mais Mobutu est très clair : le combat aura bien lieu, mais à une condition : qu’il se déroule au « Stade du 20 mai » de Kinshasa.

Don King est coincé. Il ne peut pas refuser : il n’a plus que quelques jours pour boucler l’organisation du combat. La décision est prise rapidement : le match aura lieux en plein cœur de l’Afrique, dans un des pays les plus instable du monde. Mais a-t-on vraiment le choix... Le nom de l’événement qu’il va falloir vendre aux médias : « Rumble In The Jungle », le combat dans la jungle.

Ali aux côtés de Mobutu, image incroyable il n'y a que quelques mois.

Ali aux côtés de Mobutu, image incroyable il n'y a que quelques mois.

L'affiche américaine du combat entre Foreman et Ali

L'affiche américaine du combat entre Foreman et Ali

Je suis Noir. Je ne vois pas pourquoi j'irai tuer des Jaunes pour faire plaisir à des Blancs.

Rumble In The Jungle, deux combattants que tout oppose :
 
Ce combat est donc officiellement programmé pour le mois de septembre. Les deux adversaires arrivent en juin pour s’acclimater aux températures et surtout à l’humidité du Zaïre. Ali aime courir le long du fleuve quand Foreman frappe à s’en péter les poings sur des sacs de sable. Leurs préparations respectives sont bien menées. Mais déjà les différences entre les deux boxeurs sont énormes.

Ali est adulé par les foules de Kinshasa, lui qui représente l’homme noir qui a refusé de servir de chair à canon dans la jungle Viêt-Cong. « Je suis noir, je ne vois pas pourquoi j'irai tuer des jaunes pour faire plaisir à des blancs ».

Foreman, essaye pour sa part de se faire aimer comme il peut. Mais le contraste est saisissant. Toutes les sorties de Ali entrainent des attroupements énormes de gosses qui courent avec lui. Les sorties de Foreman, franchement publicitaires, sont elles des échecs systématiques.

Ali l'Africain, adulé du peuple zaïrois.

Ali l'Africain, adulé du peuple zaïrois.

Exemple quand il débarque devant les micros et les caméras avec son berger Allemand. Un chien qui était utilisé par les colons belges pour mater les tentatives de rébellion des populations locales. La boulette.

Ali arrive à convaincre : il parle au nom de tous les noirs d’Afrique et tous les afro-américains, parle de dignité et d’avenir, parle de grandeur et de courage. Foreman, le champion et ultra-favoris est incapable d’exister. Lucide, le champion lâche : « je suis deux fois plus noir qu’Ali et pourtant les gens d’ici ne m’aiment pas ».

Je suis deux fois plus noir qu’Ali et pourtant les gens d’ici ne m’aiment pas.

L'énorme erreur de communication de Foreman : un Berger Allemand...

L'énorme erreur de communication de Foreman : un Berger Allemand...

Le sort s'acharne contre Foreman :

Mais les coups durs ne s’arrêtent pas là pour Foreman. Il s’entraine face à des sparring-partners motivés. A tel point que l’un d’entre eux touche Foreman au visage. Foreman se fait couper profondément au coin de l’œil. Cette blessure est pénible : elle peut se rouvrir à tout moment et fausser l’issue d’un combat majeur. Il est incapable de monter sur le ring dans un tel état. Il faut attendre que son arcade cicatrise et c’est le cœur gros qu’il doit demander à repousser le combat d’un mois. Ali accepte. Foreman dira plus tard que cette blessure fut la meilleur chose possible pour Ali : il était en grande forme mais incapable de boxer.

 

Ali profite de ce mois pour faire le tour du Zaïre pour entrer en contact avec une population largement conquise et pour tancer Foreman à la moindre occasion. Il surnomme Foreman « la momie », se moque de ses pieds plat et de son manque de mobilité, il affirme qu’il est bien trop rapide : « Je suis trop rapide. Hier soir pour aller dormir j'ai éteint la lumière de ma chambre... J'étais dans mon lit avant qu'il fasse noir !», que l’Afrique est « (s)a maison, et est la maison de tous les hommes noirs » et qu’il ne perdra pas chez lui, … « Je suis trop vif ! Je suis trop rapide ! Je vais mettre à la retraite le champion du monde poids lourd. Je vais mettre à la retraite le champion du monde poids lourd le 23 ! Le monde sera assommé comme lui ! » clame t-il à la descente de l’avion.

 

Ali, en tournée promotionnelle au Zaïre

Ali, en tournée promotionnelle au Zaïre

Je suis trop rapide. Hier soir, pour aller dormir, j'ai éteint la lumière de ma chambre... J'étais dans mon lit avant qu'il fasse noir !

Ali, l'intoxication pour cacher la peur :

L’intoxication est démentielle : Ali crie partout que sa vitesse légendaire ne fera qu’une bouchée de ce gros nounours.

Ali qui se moque allégrement de la soi-disant puissance de Foreman : « George est comme un gros camion. Un gros et méchant monstre qui met KO tout ceux qu’il rencontre, et personne ne peut lui gueuler dessus. Il dit : « le petit Cassius Clay, de Louisville Kentucky, l’homme qui a battu Sonny Liston, l’homme qui a mis par terre Floyd Patterson deux fois, il va me tuer ?! » Mais j’ai une mauvaise nouvelle pour Georges… Je suis un meilleur boxeur aujourd’hui ! Je ne suis plus le petit gars sous-développé de 23 ans que j’étais quand je courrais autour de Sonny Liston. Je suis expérimenté maintenant. Je suis professionnel. J’ai eu les dents défoncées, je suis allé au tapis une ou deux fois… Mais j’ai fait quelque chose de nouveau pour ce combat : j’ai fait un match de lutte avec un alligator ! C’est vrai ! J’ai fait un match de lutte contre un alligator ! J’ai fait des bras de fer contre une baleine ! Il y a tout juste une semaine, j’ai tué un rocher, blessé une pierre, fait hospitaliser une brique ! Je vais vous montrer à quel point je suis bon ! »

 

Le discours légendaire d'Ali avant son combat face à Foreman

Mais ses proches le savent : Ali est mort de peur. Plus il parle et plus il s’agite sur la scène, et plus il se liquéfie en privé. Certains commentateurs de l’époque comme Howard Cosel disent qu’il est temps de dire au revoir à Muhammad Ali. Ce a quoi Ali  répond, non sans humour :

« Howard, vous avez dit que je n’était pas capable de battre Foreman. Il a écrasé ceux qui m’ont battu par le passé. Mais il y a 10 ans, vous non plus, vous n’étiez pas le même. J’ai parlé a votre femme et elle me confirme que vous n’étiez pas le même il y a 10 ans. ».

Ali taquinant Howard Cosel, celèbre commentateur américain.

Ali taquinant Howard Cosel, celèbre commentateur américain.

De son côté, Foreman brise des sparings, fracasse des sacs, dessoude des poires, martyrise des pâtes d’ours. Il se fait plus discret qu’Ali dans les conférences et dans ses sorties (en même temps ca n’est pas bien dur) mais travaille, tranquillement, dans la sérénité.

Au matin du combat, le « stade du 20 mai » a revêtu son habit de lumière. Il faut effacer les stigmates d’un festival qui se voulait être le Woodstock africain et qui avait réunit 3 jours durant BB. King, James Brown, Celia Cruz, Miriam Makeba, Manu Dibango et bien d’autres. Les fêtes privées organisées tout autour se figent. Les concerts qui rendraient presque sympathique Mobutu le tyran s'arrêtent. Deux combattants attendent la nuit et le moment où le gong va résonner. Ils attendent, sans le savoir, le début de l'un des plus grands combats de tous les temps.

 

ENVIE DE LIRE LA SUITE ? C'EST PAR LÀ QUE CA SE PASSE !

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Mouton 19/02/2011 00:00


Je n'ai pas encore lu l'article mais je pense que c'est une bonne manière de montrer ton talent au jury. Fais néanmoins attention parce que la crème de la crème à écrit sur ce combat.


Pierre Ammiche 19/02/2011 00:36



Et bien voyons si ils ont fait mieux ou plutôt si j'ai réussit à faire aussi bien ;)