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Les Petites Histoires du Sport

La petite histoire de … Serge Betsen, mon héros d'enfance

21 Janvier 2013 , Rédigé par Pierre Ammiche Publié dans #La petite histoire de...

La petite histoire de … Serge Betsen, mon héros d'enfance

Lettre ouverte à mon modèle, Serge Betsen : 

 

 

Enfant, on a tous un jour été confronté à une question insupportable et angoissante : « qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grand ? » Certains répondent qu’ils veulent être pompiers. D’autres, un peu plus malheureux, policiers. Certains enfants veulent faire comme leurs parents et d’autres se rêvent cosmonautes, archéologues, pilotes d’avion, stripteaseurs. 

Gamin, j’ai toujours eu peur de répondre à cette foutue question. Car moi, j’avais un rêve: j’ai toujours voulu être Serge Betsen… Voici une lettre ouverte à celui que j’admire encore, que je vénère toujours un peu et que je regarderai toujours avec des yeux d’enfant. Parce qu'il y a un petit coeur qui bat sous mon corps de hyène.

 

 

 

 

 

Cher Serge, 

 

Je me permets cette lettre ouverte, déjà parce que je n’ai pas ton adresse. Et puis même si l’avais eu, on ne va pas se mentir alors qu’on se connait à peine, je n’aurais pas osé t’écrire… Comme je tutoie rapidement tous ce(ux) que j’aime sincèrement, ne te vexes pas. C’est à la deuxième personne du singulier que je vais m’adresser à toi, mais c’est sans malice. Enfin bref.

Comme à mes yeux tu es indissociable de mon enfance, de mon amour du rugby, de ma passion ovale, Serge, voilà notre histoire.  

 

 

Notre histoire, et surtout la tienne en fait, commence à Kumba, au Cameroun, où tu vois le jour. Je ne t’apprends rien, mais le Cameroun, niveau rugby, c’est pas Byzance… Tu arrives en France à l’âge de 9 ans et c’est à 13 ans, à Clichy, que tu débutes l’aventure ovale. Alors que tu es adolescent, c’est la sœur d’un de tes coéquipiers de l’école de rugby qui t’apprend à plaquer. Un plaquage de gonzesse ? Pas vraiment. Un plaquage aux jambes. Point barre. Un geste tout bête, que mon père m’a transmi à moi aussi, entre le canapé et la cheminée condamnée de mon HLM parisien. Un geste qui ferait tomber n’importe qui. Ah la brave jeune fille ! Si elle savait… Aujourd’hui encore la donzelle doit être maudite par la moitié des ouvreurs contre qui tu as joué.

 

 

Car oui Serge, modeste, tu ne le diras jamais. Mais tu as été la terreur des 10 adverses pendant une décennie et le temps de tes 63 sélections. Wilkinson, ta victime préférée, Merthens, Larkham, Humphreys, Dominguez, Quesada… Aucun ne sortira indemne des matchs face aux Bleus. Le XV de la Rose doit même inventer une parade : celle de faire jouer un second 10 aux cotés de Wilkinson, Mike Catt, juste pour réduire la pression que tu mettais sur l’ouvreur… Les fourbes lancent alors une mode : celle du plan anti-Betsen. 

 
Malgré ça, tu restes unique. Trois poumons, un mental en acier, un regard qui ne laisse rien transparaitre. Fréderic Michalak, qui t'a côtoyé longtemps déclare même : « Les joueurs avaient peur de lui parce qu’on ne savait jamais ce qu’il pensait ». Et puis tu es capable de gestes de fou, comme cette passe lumineuse face au Pays de Galles. Je m'en rappelle encore. L’action est superbe : ballon de récupération pour les Bleus. Tu ramasses la gonfle et tu pars petit côté, sur la gauche. Tu raffutes ton adversaire direct de la main droite, et de la main gauche, en passant la balle sous ton ventre, tu fais une offrande à ton soutien situé le long de la ligne de touche. Une sorte de chistera en passant sous ton ventre. Un geste aussi génial que chanceux qui me fait alors gueuler comme un âne devant ma télé. 

 

Une ascension progressive : 

 

En sélection, tu dis que tu pleures pour ta première avec l’équipe de France. Moi je pleure pour la première fois devant la finale de coupe du Monde 1999. Une compétition où les sélectionneurs t’oublient un peu. Face à la concurrence des Lièvremont, Juillet, Magne, Costes, toi, tu restes à Biarritz. On te reproche ton excès d’engagement, ta tendance à te mettre à la faute, tes cartons jaunes trop nombreux…

 

C’est grâce à Bernard Laporte que tu reviens sur le devant de la scène. Tu diras de Bernie le Dingue : « C’est quelqu’un qui m’a poussé dans mes derniers retranchements, pour pouvoir sortir de moi le meilleur. J’aime que les choses soient claires et directes, et c’est vrai que Bernard disait ce qu’il pensait. C’est quelqu’un à qui je dois beaucoup, de 1997 à 2000, je n’ai plus été sélectionné et c’est lui qui m’a fait revenir au plus haut niveau et il m’a donné ma chance. »

 

Grace à Bernard, des coupes du Monde, tu vas en connaitre. Et même deux ! Deux, aussi, comme le nombre de Grand Chelem que tu gagnes au nez des britanniques. Une carrière internationale qui dure 10 ans (de 1997 à 2007) mais qui passe à une vitesse folle. 

 

Ressembler à Sergio :

 

A cette époque, j’ai 10 ans. Je dors avec un ballon, les murs de ma chambre sont couverts de poster de toi, un peu de Cali, pas mal de Lomu. Mes crampons que je chéris sont sous le radiateur pour sécher après l’entrainement, mon maillot, que je mets parfois en secret pour aller dormir, trône dans l’armoire où un étage est réservé aux maillots, aux shorts et autres coupe-vent défoncés… Et lorsque je m’endors, mon esprit malicieux me fait entrevoir quelques instants ce qu’on peut ressentir quand d’un tampon, on renverse, on emporte, on dézingue, on détruit, on bouchonne, on ventile un adversaire trop aventureux... Courageux, humble, travailleur, l’image que tu renvoies est celle d’un homme bien, tout simplement. Tu incarnes et presque malgré toi les valeurs d’un sport pour lequel je vis, je respire, je mange. Et je n’ai qu’une idée : plaquer, encore et toujours, juste pour te ressembler un peu plus.

 

Te ressembler, c'est vrai. Mais au figuré. Car en vrai, si je t’admire, c’est aussi pour le sacrifice que tu vas faire match après match. Plus de 100 points de sutures, presque tous en ramassant de tes partenaires,. Deux fractures du plancher orbital, une de chaque côté, des cicatrices à n’en plus finir. Tu portes les stigmates des batailles passées.   

 

Cette admiration que j’ai pour ton courage et tes sacrifices, je la partage avec des milliers d’amoureux du rugby. Nous sommes le 9 octobre 2005 et le choc de cette journée de Top 16 oppose le Stade Toulousain de Pelous au Biarritz Olympique de Petru Balan. Alors que le match est disputé, tu croises la route du pachyderme Isitolo Maka. Le cube Maka et ses charges dévastatrices... Comme à ton habitude, tu ne t’échappes pas et tu pars en planche dans les jambes du colosse néo-zélandais. Tu prends une percussion monstrueuse. Ta pommette s’écrase contre le genou de Maka et tu t’écroules, bras en croix, dans la délicate pelouse d’Ernest-Wallon. Tu te relèves difficilement puis, reste au sol en attendant les soigneurs. L’arbitre arrête le match et tu cèdes ta place. Et si la coutume veut que le public applaudisse poliment le joueur sortant, cette fois, c’est un peu différent. Le public de Wallon se lève alors et t’acclames dans ce qui reste pour moi comme l’un des plus tristes, mais plus beaux moments de rugby.

 

Le père spirituel de Dusautoir ?

 

Ta dernière grande campagne sur le terrain, c’est un mondial 2007. Une compétition où tu vas favoriser l’éclosion du futur capitaine du XV de France totalement involontairement. Nous sommes en ¼ de finales face aux All-Blacks. Ton premier acte de bravoure, c’est en vérité un élan collectif. Tu donnes l’idée à tes copains de constituer un mur « Bleu-Blanc-Rouge » à quelques centimètres du Haka. L'image de ce mondial.

 

Ça sera l’une des dernières images… A peine 5 minutes de jeu. Sur un KO, encore une fois sur un coup d’un de tes partenaires (Fabien Pelous pour ne pas le nommer), qui en venant déblayer te débroussailles gentiment la tempe avec son genou, tu cèdes ta place. Moi, dans mon canapé, je me dis qu’on va se faire ruiner par les Blacks. Alors un petit nouveau, qui ne compte que 7 sélections (dont 14 minutes contre l’Afrique du Sud, 65 contre la Nouvelle-Zélande et des matchs contre la Namibie et la Roumanie) explose aux yeux du monde. Thierry Dusautoir devient le « Black Destroyer », l’homme qui étouffe les Néo-Zélandais et qui inflige 29 plaquages à la marée noire. Tu as peut-être trouvé ton successeur.

Ta carrière en Bleu se termine, hélas, sur une défaite en demi-finale de Coupe du Monde. Comme un symbole, c’est ton ennemi intime, Johny Wilkinson, qui crucifie l’équipe de France sur un drop du droit.  

 

Un jubilé et la boucle est bouclée :

 

Après 2008 tu pars en direction des Wasps où tu seras capitaine. C’est finalement lors de ton retour à Biarritz, pour ton jubilé qu’on comprend à quel point tu as marqué l’Histoire du rugby français. Fred Michalak ? « Serge c’est un grand joueur, c’est un exemple pour tous les jeunes et il a fait une carrière exemplaire sur le terrain et en dehors du terrain ». Dimitri Szarzewski ? « On est venu pour rendre hommage à ce joueur qui est un monument du rugby français ». Fabien Barcella ? « C’est un joueur extraordinaire et un super mec, humainement extraordinaire ». Byron Kelleher ? « Serge était un joueur important de l’équipe de France. J’ai joué plusieurs matches contre lui quand j’étais All-Black, et avec le Stade Toulousain, c’était important pour moi ». Le mot de la fin, et il me plait bien, revient à Saint-André. À la tête d’un XV du président aux allures de XV de France (16 joueurs sur 22 partirons en Argentine): « Ce qui est bien, c’est que le XV du président à fait la dernière cicatrice de la carrière de Serge Betsen (il finira ouvert, NDLR). »

Car si l’équipe de France aura marqué ta vie, Serge, tu auras aussi marqué l’équipe de France. Serge Betsen : j’ai aimé le joueur que tu étais, j’adore l’homme que tu es. Et j’espère que ton association connaitra le même succès que celui que tu as connu comme joueur.

 

 

Avec toute mon admiration et mon amitié

 

Pierre Ammiche

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veyssiere franck 02/02/2013 09:03

tout simplement MERCI Pierre pour cet hommage magnifique sur ce joueur exceptionnel !