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Les Petites Histoires du Sport

Le billet d'humeur : que retenir de cette tournée d'automne ?

29 Novembre 2010 , Rédigé par Pierre Ammiche Publié dans #En route pour la coupe du monde 2011

Alors voilà, après une rouste (Chabal a même eu le courage de parler de branlée) contre des Wallabies pourtant prévisible, la question s’impose : que retenir d’une tournée comme celle-ci ?

 

Vous l’aurez remarqué, j’ai fait l’impasse sur le match des bleus contre les Australiens : déjà ca me faisait mal de mettre 3 à a Dusautoir, 1 à Traille, 2 à Thion et puis revenir sur un match où il n’y en pas eu (de match), ca ne rimait un peu a rien. A la place nous allons procéder à deux choses : un retour sur la tournée d’un point de vue collectif, puis un retour sur la performance du staff et enfin sur les raisons de croire encore (allez rien qu’un peu) a nos chances pour le mondial néo-zélandais.

 

Analyse collective :


Le problème majeur : l’animation offensive proche de celle d’une équipe de fédérale…

 

On l’a vu, dit, revu, redit, hurlé, chuchoté, on s’est énervé, on a fait des incantations vodous et des sacrifices de poulets pour faire entendre raison au staff, et puis finalement tout le monde a compris : l’équipe de France est incapable de produire du jeu sans Trinh-Duc.

Non pas qu’elle n’essaye pas, non pas que Parra devient mauvais, que le pack fait de la merde ou que les gonzes ne savent plus tenir une balle. Mais c’est que simplement, il n’y a aucune solution de replis crédible derrière un joueur qui serait la 3 ou 4ème option dans une nation comme l’Australie. On a essayé Traille et voilà, c’est clair, il n’a pas le niveau. On a pensé a Skrela, on a faillit voir Wisniewzki. Super…  Et après ? Plus rien. Boyet, Beauxis, Peyrelongue sont hors des plans torturés du staff, James, Wilkinson ou Contepomi ne sont pas français, Lamaison et Lacroix sont à la retraite.

 

Comment cela se traduit ? Aucun danger en première main, aucune solution après 3 temps de jeu. Alors ca limite un peu le momentum où l’équipe peut se montrer un temps soi peu dangereuse. Alors oui mais contre les Fidji il faisait trop froid, l’eau était humide et le vent ca fait froid dans les oreilles alors on fait tout le temps la même annonce. Alors oui, la défense argentine elle est pas aidante, elle monte vite et elle coupe les lignes de passes sur les extérieur. Alors oui les Australiens ils sont méchants, ils laissent pas souvent toucher le ballon et ils sont grand et font mal a l’impact… Arrêtons les excuses minables : l’équipe de France version 2010 a autant d’imagination qu’une armée de palourde en pleine adolescence.

 

Gagner le tournoi est ce qui pouvait arriver de pire aux bleus : croire qu’en ne faisant pas de jeu, en attendant la faute de l’adversaire et en s’axant autour d’un pack gargantuesque serait suffisant. Mais le retour de manivelle façon boomerang aborigène fait mal aux dents : plus grosse défaite de l’histoire contre les Argentins en Juin, grosse branlée Australo-zélandaise en moins d’un an, victoire poussive contre des Fidjiens courageux mais chaotiques au possible…    

En somme : l’équipe de France de rugby est en panne d’imagination, d’efficacité, et même de solutions pour redevenir une équipe qui fout les jetons a tous les ¾ de la planète.

 

Je vous le dit : ca va finir par se voir qu’on est incapable de faire face à une rush défense…

 

Quand on voit que dans le même temps les Australiens savent faire jouer trois 10 en même temps et que nous c’est la panacée pour en trouver un potable… Et de façon plus général, l’Irlande a O’gara et Sexton, l’Angleterre Wilkinson et Flood, La Nouvelle-Zélande Carter (et c’est deja suffisant), L’Australie Cooper, Giteau et Barnes, le Pays de Galles Jones et Hook… Seul l’Italie connaît autant de problème que nous pour imposer un 10, c'est dire.

 

 

Deuxième problème : une tactique inexistante  

 

Alors oui on ne sait pas quoi faire du ballon… Mais au moins on pourrait essayer de faire des petits trucs. Mais à croire que l’usage de la vidéo, les 80 sélections pour certains, l’expérience tant mise en avant pour l’axe 10/12/13 ou même tout simplement que les consignes du coach (il doit bien en donner non ?) sont laissés au vestiaire. Alors comment faire contre une rush défense ? Réponse de Parra-Traille : rentrer comme des ânes en Z0, faire donner les gros petit coté et revenir intérieur dans les bras dans la 3ème ligne. Réponse des gens qui ont un minimum de cerveau : du jeu par-dessus ou du jeu dans la zone entre le 10 et le 12.

Le jeu ultra stéréotypé des bleus est juste incompréhensible même pour des gars comme McKenzie (ancien entraineur mangeur de sandwich du coté du Stade Français qui a viré Tchale-Watchou, Saubade ou encore Taylor) : retour intérieur dans un couloir de 7m où il n’y a pas de surnombre, attaque en premier attaquant du 10 dans une défense concentré en Z1, aucune alternance, pas un coup de pied du 9… A part mettre de grandes quilles et jouer devant la défense, qui peut me dire clairement qu’elle était l’approche stratégique de bleus ? Les défoncer en mêlée ? Super quand tu touches pas une balle pendant 40minutes et que tu joues 80% des mêlées dans tes 30 dernies mêtres.

 

Ensuite défensivement : contre les Fidji, pas de défense particulière. Admettons.

Contre l’argentine, pas de défense particulière et 20 dernières minutes très chaude. Plaidons pour la fatigue et le talent de Gurruchaga.

Mais contre l’Australie, quand tu en prends 7, que tous les ballons vont jusqu’à l’aile et que toi, tu cours comme un abruti après la balle sans jamais avancer au plaquage ou mettre une seconde en difficulté le porteur de la balle qui a toujours 2 ou 3 solutions, à un moment, il faut peut-être remettre les choses à l’endroit et instaurer une défense inversée (ou au moins une défense différente !). Le coaching ce n’est pas que pour mettre des joueurs frais à la 60 ème ! C’est aussi pouvoir faire évoluer une stratégie, une approche, une défense en faisant entrer un gars.

Alors j’entends déjà des : « oui mais changer en plein match c’est pas évident ». Alors primo c’est pas des joueurs de F3 qui peinent a trouver un schéma de circulation et d’organisation : ce sont censés être les 15 meilleurs (les 23) du moment et tous ou presque savent défendre dans un schéma particulier : rush défense, défense inversée, défense glissée.  Deuxio : quand tu en prends presque 60, qu’est ce qui peut t’arriver de pire ?

 

Un staff dépassé, abandonné et surtout impuissant :

 

 

Bon alors voilà, on te donne une voiture qui marche pas mal, qui est encore sous garantie et tu dois gagner Paris-Dakar. Tout roule, aux essais tu gazes pas mal et tous les voyants sont plus ou moins au vert. Alors oui y’a la jauge d’huile qui déconne, et y’a un petit bruit dans la portière. Mais ca change rien au fait que tu vas vite.   

Et puis d’un coup, tu crèves et quand tu va voir dans le coffre tu n’as pas de roue de secours. Tu passe chez le garagiste mais on te dit que les autres concurrents sont passés il y a 3 jours (déjà tu te rends compte que tu as 3 jours de retard mais que tu l’avais pas vu) et qu’il n’y a plus les pièces. Alors tu cherche du soutient auprès de tes amis qui bricolent un peu et finalement tu t’en sors pas trop mal, tu repars avec une rustine. Alors l’illusion n’est pas trop mauvaise : tu roules moins vite, tu es prudent, mais tu as l’impression de reprendre du poil de la bête et de revenir dans la course. Et là la roue explose et tu te retrouve comme un gland, en plein désert, en train de crever de soif.

 

Et bien voilà la situation exacte du staff de l’équipe de France : ils se sont fait avoir par un événement fourbe, soudain et implacable. Ils ont reçus quelques alertes (Argentine, Nouvelle Zélande, Afrique du Sud), ils ont bricolés des trucs, ils ont même cru un temps que c’était juste une mauvaise passe : la fatigue, le manque de rythme, le voyage, la nourriture. Et puis patatras ! Retour à la réalité vitesse mach 3 : l’équipe de France se fait pulvériser par une équipe Australienne qu’on pensait prenable. Et puis on se retourne sur les événements passés et là ca fait mal : plus grosse défaite de l’histoire contre l’Argentine, l’Afrique du Sud et L’Australie en moins de 6mois. Le staff n’est pas une réunion de vieux con incapables. Mais les chiffre sont là : l’équipe de France est au plus mal, le staff a avoué sa propre incompréhension, Lièvremont n’a jamais semblé aussi dénué de solutions. Les certitudes sont minces : la mêlée, la touche. Mais la plupart des fondations sont encore chantiers : le fond de jeu, la défense, la tactique collective. Pire, quand les Australiens ont au moins 10 de leurs joueurs pour le mondial, les NZ ont leurs 15, les Anglais aussi, les Français ne connaissent pas le 1/3 de l’effectif définitif. Qui aux ailes, qui à l’arrière, qui en second centre, qui en 10, qui en seconde ligne à droite…

 

 

Et si ca n’était pas si grave ?    

 

Cette défaite me rappelle celle en 2001 contre les NZ, ou en 1997 contre les Bocks. Des défaites lourdes, inexplicables, inexpliquées. Pourtant en 1999 et en 2003, l’équipe de France va jusqu’en ½ finale.

De plus cette confrontation sans excuse possible va permettre de mesurer la différence colossale qui existe entre les nations du Sud et celle du Nord. Certains joueurs semblaient la découvrir comme Julien Pierre ou Jérôme Porical.

Se construire dans la défaite, encore plus quand elle est logique et énorme, fait mal. La remise en question est profonde et surtout salutaire. Les bleus peuvent soit exploser, soit relever la tête. Une réaction d’orgueil est attendue par tout le monde pour le tournoi. Mais franchement, si on aimerait y croire, renverser une situation si mal embarquée en seulement 6 mois relève au moins autant du fantasme que de l’improbable.

 

Dans le même temps les NZ font le grand chelem, les Anglais perdent le match qui aurait fait de leur tournée un tremplin exceptionnel pour la coupe du monde, les italiens toujours aussi bordéliques gagnent contre des Fidjiens pas assez réalistes et sortent une tournée plutôt positives, les Roumains vont au mondial au détriment des Uruguayens et les autres nations d’Europe finissent une tournée qui fut longue, pénible, souvent dure et source de très peu de certitude mis à part une : les nations du sud sont en train d’écraser le rugby mondial, et seul les Anglais ont réussit, un temps, a remettre en question l’hégémonie sudiste.   

 

Nous sommes en route pour la coupe du monde et jamais l'équipe de France n'a semblé aussi loin d'y figurer avec brio. 


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