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Les Petites Histoires du Sport

Les petites histoires... de la rivalité Contador-Armstrong

9 Septembre 2010 , Rédigé par Pierre Ammiche Publié dans #La petite histoire de...

 

Contador / Armstrong : un duel pour entrer dans l’Histoire

 

 

On pourrait intituler cet article "Retour sur"... Car c'est bien l'objet : un retour sur l'état d'esprit qui anime le peloton à quelques jours du début du Tour de France 2010. Nul ne sait qu’Armstrong va être victime de chutes et de défaillances et qu'il finira bien loin du podium (une première en 10 ans pour lui). A la veille du départ, Armstrong apparait plus fort qu'en 2009 et Contador n’a jamais semblé aussi prenable.

 

Le Tour de France, comme une nuit d'amour avec Rick Ross :  

 

Voilà qu'en ce début du mois de juin 2010, s'ouvre cette période par tradition au combien footballistique. Mais l’air de rien, se prépare dans une discrétion presque surréaliste l’un des plus grands duels de l’Histoire du cyclisme.

 

Les après-midis se remplissent d’un parfum qui fleure bon la plage surpeuplée, les parasols Ricard, la chipo pas cuite et les piscines dégueulasses. Mais, pour les passionnés, c’est l'oeil embué et l’esprit vide que nous meublons nos trop longues mâtinés. Presque fébriles, nous regardons la superbe émission "Village Départ" avec Laurent Luyat et sa pluie de star planétaire (Lahaye, les frères Bogdanov, Collectif Métissé et aitres merveilles).

Et si pour les uns, l’été rime avec soleil-apéro-piscine, pour les autres, l'été c'est comme une nuit d'amour avec Rick Ross : des montées, de la sueur, des efforts, quelques larmes et pas mal de souffrance… Je vous parle évidement de la petite Reine. 

 

Un an à attendre bordel !

 

Voilà, ça y est ! 11 mois à attendre tendu, nerveux, la bave aux lèvres, le retour de la « caravane », des pubs Justin Bridou, des « superbes églises du 13ème siècle », et de nos « Gruppettos McEwen », de nos « chutes à l’arrière du peloton », de nos .

Petite anecdote au passage, comme ça, pour vous faire voir que je ne suis pas "que" une grosse tanche : McEwen était considéré comme le meilleur régulateur de gruppettos du Tour de France. En effet, les gruppettos, constitués des éléments du peloton les plus « faibles» en montagne sont confrontés à un problème majeur, celui de ne pas être hors-délais. Pour cela, il faut imposer un rythme suffisamment élevé pour ne pas être hors délai et disqualifié mais suffisamment lent pour ne pas littéralement imploser en montée. A ce petit jeu, Robbie est de loin de le meilleur et son absence (rarissime) des gruppettos laissait bien souvent auguré une journée longue, éprouvante et stressante pour les attardés.

 

Mais revenons à nos moutons. Voilà que se dessine peu à peu les contours d’un véritable duel comme au temps du Far-West. Deux champions hors normes se font face, l’un déjà dans la légende et l’autre prêt à y entrer… Un affrontement au gout de souffre et où plane les doux parfums des coups de fouine et des déclarations belliqueuses.

 

Deux Champions que tout oppose ?

 

Après 4 ans de retraite, 7 victoires consécutives sur la grande boucle, 1 titre de champion du monde sur route, une flèche Wallonne, un tour de Suisse, un Tour du Luxembourg et une flopée de place d’honneur dans les classiques, c’est au mois de Septembre 2008 que la nouvelle tombe. Lance Armstrong se sent bien et même mieux : il se sent prêt à remonter sur un vélo dans une équipe professionnelle pour gagner un 8ème Tour de France. Il signe rapidement dans l’équipe la plus à même de lui apporter un nouveau sacre à très court terme : l’équipe Kazakh Astana. Entouré de lieutenants ou d’amis intimes comme Leipheimer (3ème en 2007), Brajkovic et Popovych (8ème en 2007) de l’époque l’US Postale, Kloden (2ème en 2004 et 2006)…

 

Il est clair que cette équipe est faite pour gagner et surtout le faire triompher une fois de plus à l’arrivée sur les pavés parisiens des Champs Elysée. Seulement, c’est sans compter sur la présence d’un leader de fait dans cette équipe : Alberto Contador.

 

Le coureur le plus talentueux du circuit mondial, complet, solide en contre la montre et surtout monstrueux en montagne. Il sort d’une saison pleine : victorieux sur les tours d’Espagne et d’Italieson absence au plus prestigieux des tours ne s’explique que par la disqualification de son équipe Astana après le contrôle positif de son leader Vinokourov.

 

Une bonne grosse ambiance pourrie

 

Dès les premières interviews post-annonce d’Armstrong, Contador, perd son leadership et voit ses chances d’accrocher un nouveau tour de France se réduire considérablement. Contador annonce d’emblée la couleur. Il affirme qu’il n’y a qu’un seul leader possible dans cette équipe Astana et que, évidemment, ce leader : c’est lui…

 

S’engage un combat d’égaux. Lance Armstrong et Alberto Contador partagent les mêmes équipiers, les mêmes matériaux, les mêmes séances d’entrainement mais surtout les mêmes objectifs. C’est un secret de polichinelle : Armstrong est revenu et ça n’est pas pour rien. Il impose des conditions à son retour, il modifie le groupe, il le fait à sa main, il s’étale dans la presse sur son retour pour sensibiliser les gens sur le cancer mais annonce vouloir gagner le tour, il choisit ses courses et dicte le calendrier d’Astana, et tout cela dans un seul but : torpiller le mental de Contador.

 

Le jeune espagnol ne se laisse pourtant pas faire. S’il s’entraine dans les mêmes conditions et les mêmes lieux (travail en soufflerie pour l’aérodynamisme dans l’institut de recherche de San Diego, travail de fond sur les courses à étapes comme Paris-Nice ou le Tour de Suisse, recherche de sensations sur les classiques printanières comme le Tour des Flandres ou encore la Fleche Wallonne) ça n’est jamais en même temps que Lance. S’il participe à des classiques sans l’aide des lieutenants fidèles et talentueux qui se vouent corps et âme à Armstrong, il se forge une carapace. S’il voit sa propre équipe misé sur un quadragénaire sur le retour plutôt que sur le vainqueur sortant de deux des tours les plus disputés au monde, il se donne une motivation supplémentaire : prouver aux membres du staff qu’ils ont torts. En clair : Contador passe une année, seul, au purgatoire.

 

Armstrong blessé, mais plus confiant que jamais

 

Lance Armstrong lui poursuit tranquillement sa préparation en vue de SON tour, sur les routes vallonnées du tour de Castille. Mais, lors de la première étape, suite à une vague dans le peloton, il chute bêtement dans un faussé. Diagnostique : fracture de la clavicule. Sa participation au Tour est remise en cause.

 

Pourtant, le jour du grand départ, les deux leaders sont cote à cote. Contador, comme un symbole, porte le maillot N°21. Pourtant, malgré la blessure de Lance, malgré le talent indéniable d’Alberto, la présence dans l’équipe d’une ossature largement pro-Armstrong  laisse présager d’un tour aussi long que pénible pour Contador, isolé au sein même de son équipe.

 

Le Grand-Bornand, la rupture est consommée

 

Illustration de la rivalité profonde qui anime ses deux hommes : lors de l’étape du Grand-Bornand, Contador alors en jaune attaque dans la montée, lâche Klöden et Armstrong.

 

Grosse mise au point de Brunyeel : Contador a désobéit aux consignes sciemment. L.A s’empresse de balancer sur Twitter une petite phrase : "Beaucoup de questions sur le thème: pourquoi Contador a attaqué et lâché Klöden. Moi non plus je n'ai pas compris." Avant d'en remettre une couche. Si Andreas Klöden fini quatrième au classement général, à moins de deux minutes du troisième, on saura où il les a perdues...». Dans cette ambiance exécrable, et avec un gros mental, Contador remporte son deuxième succès sur le Tour de France, avec 5min22 secondes d’avance sur son grand rival, 3ème. Dans la foulée du tour, Armstrong annonce la création d’une équipe américaine ayant pour but de lui faire gagner un dernier tour et que pour cela, il va débaucher une grande partie de l’équipe Astana…

 

Le mois d’Octobre est marqué par les mutations de Popovych, Leipheimer, Zubeldia, Brajkovic, Klöden ou encore Paulinho vers la nouvelle équipe crée de toute pièce par et pour Armstrong : Radioshack.  

 

Une rivalité qui n’en restera pas là

 

L’impact de cette rivalité prend alors toute sa mesure aujourd’hui. Cette victoire de Contador est certes à relativiser : si Contador a gagné, il a bénéficié de la blessure de Lance qui a compromis une partie de sa préparation. De plus, l’efficacité d’une équipe comme celle d’Astana au moment du Contre-la-montre par équipe a été déterminante dans l’obtention du titre. 

 

Aujourd’hui, bien des choses ont changées : les effectifs sont très déséquilibrés, Contador n’ayant jamais été aussi seul. La pression elle aussi s’est inversée et Alberto est très attendu sur les routes du tour. La fraicheur va elle aussi être déterminante et Armstrong a comme toujours fait très peu de courses au contraire d’Alberto qui multipliait les performances comme dans les classiques de printemps où sur les routes du Dauphiné…

 

Mais si il y a bien une chose qui n’a pas changée, c’est le désir insatiable de victoire des deux hommes, leur détermination à battre Andy Schlek, Carlos Sastre, Ivan Basso, Roman Kreuziger, Samuel Sanchez, Michèle Scarponi, ou encore Bradley Wiggins (auteur de performances suspectes) mais plus que tout : la volonté farouche de prouver aux yeux du monde que, l’un comme l’autre, méritent leur place au panthéon des cyclistes et sont prêts à entrer dans l’histoire et à repousser un peu plus les canons de l’entendements.

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