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Les Petites Histoires du Sport

La petite histoire de... Mark Cavendish : le TGV de l'ile de Man

1 Septembre 2010 , Rédigé par lespetiteshitsoiresdusport.over-blog.net Publié dans #La petite histoire de...

Mark Cavendish où le sprinter qu’on adore détester

 

Du haut de son petit mètre 75, le regard bleu azur non sans rappeler les rivages de son ile de Man natale, le physique taillé comme dans le gré du château de Peel, voici l’histoire du « Manx Express » alias Mark Cavendish.

 

Une jeunesse pas toujours facile 

 

Cet anglais pur jus voit le jour le 21 mai 1985, sur la splendide ile de Man, au large du royaume de sa majesté. Etonnamment, il ne débute pas très jeune le cyclisme : il fait ces premières courses a l’âge de 12 ans. Toujours distancé dans les petites courses locales, il récolte les gentilles moqueries de sa mère pour qui les courses de V.T.T de son fils passent pour un amusement gentillet. Vexé des moqueries maternelles, Mark explique à sa mère que, s’il ne gagne pas ses courses, c’est que tous les autres courent sur un vrai V.T.T quand lui court avec un vélo inadapté… Ses parents lui offre, pour son 13ème anniversaire un vrai V.T.T. Comme un symbole du caractère et du mental du garçon, le lendemain il court et il gagne sa première course en battant les mêmes qui jusqu’alors jouaient les premiers rôles.

La même année, il fait la rencontre au détour d’une course locale, de son modèle, le héros de toute l’Angleterre cycliste, David Millar. Cette rencontre fait alors office de déclic pour le jeune Mark. C’est décidé, il veut devenir cycliste professionnel.

 

Il quitte l’école assez tôt : 16ans. Il est toujours à la poursuite de son rêve. Il commence alors un petit emploi dans une banque locale, avec comme objectif d’économiser assez d’argent pour se consacrer a temps plein a son objectif. Il y travaille deux ans. Puis, ayant comme il le souhaitait assez d’économie pour se consacrer au vélo, il part rejoindre l’école de cyclisme sur piste pour y apprendre, progresser et découvrir une chose qui s’apprête à le hanter, au point d’en faire à la fois le plus grand et le plus dangereux cycliste sur route des années 2010 : le gout de la victoire, a n’importe quel prix.

 

Un début sur piste, une précocité rare 

 

Après avoir rapidement imposé son style et sa volonté sur piste, il intègre a seulement 20ans l’équipe Britannique de cyclisme sur piste, ou il apprend à connaitre Chris Hoy, Jason Queally et surtout son partenaire Robert Hayles à l’occasion de ses premiers championnats du monde. Sa spécialité ? La mythique course a l’américaine. Le but est comme toujours de finir premier mais ici les règles sont d’une complexité rare, la victoire étant attribuée a l’équipe de deux coureur marquant le plus de point au sprint intermédiaire (tous les 20 tours de piste soit environ 5km) et cela sur une distance de 50km. Le relais se fait en attrapant le bras de son partenaire et en le propulsant vers l’avant. Mark, qui court pour la première fois de sa vie avec son partenaire bien plus expérimenté que lui, Hayles, réussit une course presque parfaite et l’emporte haut la main en ayant près d’un tour d’avance sur ses adversaires. Il devient alors, a seulement 20ans, champion du monde de cyclisme sur piste.

 

La route, pas aussi facile que prévu

 

La même année, il remporte peu après les championnats d’Europe de course aux points. Grâce a ses victoires, il est convié en tant que stagiaire à participer a deux courses cyclistes d’une équipe de deuxième division et alors antichambre du professionnalisme et succursale de la grande équipe T-mobile : l’équipe continentale « Team Sparkasse ». Il fait le tour de Berlin et le tour de Grande Bretagne et pour être honnête sans grand succès. 

Malgré cette première expérience assez moyenne, l’équipe Sparkasse le signe. Il retourne sur les routes berlinoises et cette fois, remporte le classement par point grâce à ses deux victoires. La même année, 2006, il court sur piste lors des championnats du Commonwealth et remporte sa course Scratch (sorte de course normale mais sur piste) sous les couleurs de l’ile de Man. Il remporte la médaille d’or grâce à une moyenne de 51km/h…

Cette année 2006 est celle de toutes les consécrations : suite à ses victoires sur le tour de Berlin, l’équipe T-mobil lui donne la chance de faire ses preuves à travers un contrat stagiaire. Il participe alors au Tour de grande Bretagne, durant lequel il termine trois fois deuxième derrière Boonen ou encore Pozzato. Il en profite alors pour remporter le classement aux points mais surtout pour y signer son premier contrat professionnel chez l’équipe allemande de la T-mobil.

 

L’année 2007 est donc celle de ses grands débuts dans le monde professionnel. Enfin comme dira son collègue et compatriote de l’époque et capitaine de route de la T-mobil Roger Hammond : « Honnêtement, son début de saison a été si catastrophique que le staff se demandait où faire courir Mark pour qu'il puisse terminer la course »… Autant dire que ses premiers pas son assez catastrophique… Il abandonne presque toutes ses courses et les mauvaises langues commencent alors à affirmer que son avenir passe par la piste mais certainement pas par la route.

Sa réponse, il l’apporte sans frémir lors du Grand Prix de l’Escaut qu’il remporte. Il enchaine alors victoires sur victoires (4 jours de Dunkerque, Tour de Catalogne…). Son équipe décide alors de l’aligner sur la course, consécration ultime de tout coureur qui se respecte : le tour de France. Lui qui expliquera qu’il vivait les exploits de Millar à travers la seule course diffusé à la télévision à savoir le Tour, et qui rêvait encore le soir venu de ces images d’efforts surhumains et de joie, va pouvoir réaliser l’un de ses rêves : celui de participer à la grande messe de la petite reine. Mais ca serait bien mal connaitre Mark que de croire qu’une participation lui conviendrait. Il a la victoire dans le sang et il dispute les sprints avec son maillot rose de la T-mobil. Mais, handicapé par deux chutes lors de la première et la deuxième étape, il doit se contenter d’une 9ème place dans la 3ème étape et une dixième lors de la 4ème étape. Il abandonne lors de la 8ème étape, incapable de passer les Alpes.

Il gagne à nouveau après le tour et égalise alors le record d’une légende du sprint, Pettachi avec 11victoire dans sa première année. Après sa victoire sur une étape de l’Eneco Tour, il déclare, un peu arrogant mais assez lucide : « Je suis un sprinteur à l'ancienne. Je suis incapable de gravir une montagne, mais si je suis en tête à 200 mètres de l'arrivée, personne ne peut me battre.[ »

 

Gérer la déception Olympique 

 

En 2008, il retourne à ses premiers amours : la piste. Un titre de champion du monde plus tard (Américaine avec Wiggins), il explose littéralement aux yeux du monde avec 2 victoires sur le tour d’Italie mais surtout 4 victoires lors du Tour de France. Il quitte alors le tour à la veille de la 15ème étape en expliquant que le maillot vert qui lui était promis était secondaire par rapport a la saveur qu’aurait un titre de champion olympique qui lui semble alors promis. Il finit la saison avec 17 victoires… Bennati, sprinter Italien hyper talentueux, déclare alors : « Cavendish est le coureur le plus rapide du monde dans les 50 derniers mètres d'un sprint[]. ».

Mark va même jusqu’à dire, sur la page d’accueil de son site: «Mark Cavendish. L'homme le plus rapide sur deux roues : un fait.»

Fin de saison sur route après le Tour : direction Pékin accompagné de Bradley Wiggins. Mais, il sera alors le seul membre de la délégation britannique à ne pas ramener la moindre breloque des JO asiatiques. De ce résultat à la fois surprenant et décevant aura pour conséquences une brouille entre Wiggins et Cavendish, et surtout un adieu a la piste de la part de l’insulaire.

 

Après cette déception incroyable pour celui qui avait planifié sa saison en fonction des JO où il du essuyer un échec pour la première fois de sa carrière, il revient encore plus fort en 2009. Lui qu’on oppose systématiquement à Tom Boonen quand on cite le coureur le plus rapide du monde, veut alors démontrer qu’il est bien le plus fort dans la dernière ligne droite. Il s’aligne au même titre que Boonen sur le tour du Qatar, où il remporte deux victoires contre 1 pour le Belge. Idem lors du tour de Californie ou il bat a deux reprises Boonen. Il remporte aussi Milan-San Remo devant Haussler et Hushovd et en écrasant Boonen. Il continu sa moisson avec 6 victoires au Tour de France. Le maillot vert lui échappe pour « seulement » 10 points après avoir déclassé à Besançon. Il termine avec 25 victoires au compteur. Il apparait alors comme le plus grand sprinter du peloton devant les cracks Bennati, Hushovd, Pettachi, Haussler mais surtout Boonen. Pourtant, sa fin de saison va être gâchée par une infection pulmonaire qui le prive à la fois de Paris-Tours mais surtout des championnats du monde à Mendrisio en Suisse.

 

Son année 2010 va commencer comme elle avait finie : infection aux dents et aux glandes salivaires. Il reprend difficilement, échoue lamentablement dans la défense de son titre de Milan-San Remo, et gagne pour la première fois de la saison une étape d’une course importante à Fribourg lors du tour de Romandie. Cette victoire met un terme à presque 6mois de disette mais dans un geste mi fou-mi stupide, il balance son majeur (accompagné de son index tout de même) au passage de la ligne. Scandale dans le monde de plus en plus lisse du cyclisme. Son équipe l’exclut de la course… Il expliquera par la suite que ce signe était une métaphore inspiré du traitement réservé aux archers des troupes anglaises à qui l’ont coupait ces deux doigts (index et majeur) afin qu’ils soient inoffensifs, et que son signe était fait dans le but de montrer qu’il pouvait encore être dangereux. Premier épisode.

Puis Mark disparait du peloton : on le dit en méforme, qu’il a grossit, qu’il a pris la grosse tête… On le dit en froid avec Greipel, en conflit avec ses coéquipiers. En somme, on le dit fini… Il s’aligne sur des courses où il ne gagne pas, il est rarement à la lutte dans le final… Puis, épisode 2 : l’épisode du Tour de Suisse. Nous sommes dans le final de la 4ème étape. Cavendish au coude a coude avec Haussler. Il est tellement assoiffé de victoire dont il est privé depuis presque 7mois qu’il tente une manouvre improbable en passant l’épaule devant son adversaire, qu’il accroche. La chute est inévitable et terrible : Haussler, Cavendish, Boonen, Coyot, Ciolek, Mondory et une quinzaine de coureur chutes a plus de 60Km/h. Mais la réaction du peloton est unique : on demande l’exclusion de Cavendish. Comme réponse a la demande d’explication de certains sprinter du peloton, il répond par un crachat à leurs pieds et reprends la course. Cela en est trop pour ses adversaires mais c’est surtout le témoignage d’une chose évidente : Cavendish n’est plus que l’ombre de lui-même, il est un gamin arrogant, imbu de lui même et incapable de gagner à nouveau…

 

Le tour de France arrive vite et Cavendish demande alors une chose juste incroyable : il ne veut pas de André Greipel, l’autre sprinter, pour lui faire de l’ombre dans l’équipe HTC lors du Tour… Nouvel exemple de la mégalomanie et de l’égocentrisme de Cavendish. Greipel fou furieux demande son transfert immédiat.

 

Les Larmes d'un petit con ? 

 

Le Tour 2010 débute. Après un prologue enlevé sans surprise par le spécialiste Cancellara, la première étape reliant Rotterdam à Bruxelles donne lieu à un sprint massif. Emmené par son équipe, Cavendish s’écroule complètement et se classe à une horrible 178ème place. Il gâche tout le travail collectif en étant incapable de partir, se voit débordé et écrasé par Pettachi et presque l’ensemble du peloton lui passer devant alors qu’il sombre mentalement. Il regagne son hôtel, le visage fermé, silencieux, ignorant littéralement les caméras et les journalistes, à moins que ce soit le contraire...

Deuxième sprint massif a Reims : il est amené par Renshaw comme il aime. Seul en tête à 400mêtes de la ligne, il démarre de loin, accélère mais coince et manque de force. Pettachi, Dean, Hagen ou encore McEwen ou Hunter le déborde. Il fini 12ème loin, très loin de la victoire. Imaginez un homme assoiffé de victoire, sevré depuis presque un an d’une victoire de renom, détesté par une grande partie du peloton et des médias qu’il fuit comme il peut, décrié par une grand majorité des spécialiste disant de lui qu’il ne sera plus jamais ce qu’il a été, prophétisant un futur à court terme terrible et mérité pour Cavendish…

Nous sommes alors dans la 5ème étape reliant Epernay à Montargis. A 5km de l’arrivée, l’équipe HTC qui avait jusqu’alors roulé à la perfection se désorganise. Le train jaune et blanc se désagrège et part en lambeaux. Il ne reste aux avant-postes que Cavendish et Renshaw. Pettachi est formidablement bien amené par Danilo Hondo. Renshaw se bat alors pour prendre la roue du maillot vert : les coups d’épaules avec Ciolek, Hushovd et Farrar se multiplient. Renshaw, sorte d’homme de main s’occupant des basses œuvres du « Cav’express » s’occupe alors de mettre sur des rails Cavendish et le lâche a 300 mètres de la ligne. Cavendish explose, il gicle comme il sait le faire avec une double accélération qui laisse sur place Ciolek qui a attendu trop longtemps. Cavendish résiste à l’allemand et passe la ligne en tête. C’est a cet instant précis et magnifique que la carapace de gros dur, de pestiféré, de « bad boy » se craquèle et laisse alors entrevoir ce que Mark est vraiment : un gamin de 25ans, qui a souffert aussi bien du manque de victoire que surtout du manque d’amour, qui a été élevé sur une petite ile, qui à quitté l’école à 16ans, qui a connu des moments où la solitude a été terrible pour celui qu’on adorait hier et dont on dit tant de mal aujourd’hui, un jeune homme au talent hors norme mais en panne de confiance. Il passe la ligne en larmes, gagne la zone internationale en larmes, répond aux questions en larmes, monte sur le podium en larme, redescend en larme, bafouille entre deux sanglots des remerciements pour ses coéquipiers, des excuses vis-à-vis du bon travail gâché à deux reprises et il fond en larme de nouveau. Cavendish est humain, il n’est pas une machine à gagner, il n’est pas vraiment si arrogant et dangereux malgré son style suicidaire (les épaules en avant en dessous du guidon, les épaules raides et presque immobile). En somme, le Cav’express a frappé et malgré l’absence de Boonen Haussler ou encore Greipel, il se replace après une année horrible comme l’un des meilleur sprinter de l’histoire avec ses 63 victoires dont 19 dans les grands tours et 1 Milan San Remo. Cavendish is back et c’est du haut de son mètre 75 et de ses 25ans qu'il fait a nouveau trembler le monde sprint. 

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