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Les Petites Histoires du Sport

Question du jour : L’arbitrage doit-il être infaillible pour être un bon arbitrage ?

21 Mars 2011 , Rédigé par Pierre Ammiche Publié dans #Top 14

Au lendemain d’une défaite amère, à la buvette d’après match, au détour d’une discussion passionnée, dans  les tribunes à la mi-temps, dans son canapé devant canal ou pendant une conférence de presse d’après match. Peu importe le contexte, le score, le déroulement de la partie, le supporter de base, le socio révolté du virage, l’intégriste de l’applaudissement et l’hémiplégique du rugby ne va parler que d’un être, une personne qui a elle seule explique la défaite, le point de bonus raté ou le carton jaune qui fait basculer le match.

 

Il a des yeux de fouine, il est mi-homme, mi- code civil. Il ne fait jamais preuve ni de discernement, ni de pédagogie, ni même de bon cœur ou de charité. Il avantage toujours la même équipe et curieusement jamais la bonne, il soutient la fédération perfide et est l’objet de diverses manipulations des instances supérieures finement analysées par tout bon supporter qui se respecte*. Il a la jambe courte, le bras long, l’œil torve et suintant de malhonnêteté. Et pour ne pas le confondre avec un autre, pour que les spectateurs puissent le reconnaitre de loin, on l’affuble de couleurs criardes (jaune d’or, rouge sang, vert psychédélique, orange qui fracture la rétine). Je parle de l’être le plus mauvais et perfide, le plus injuste et calculateur, le plus incompréhensible et fourbe acteur de notre magnifique sport (petite musique divine, auréole astrale autour d’une balle de rugby, petits anges qui jouent du luth en virevoltant autour de ce spectacle incroyablement touchant) : je parle évidement de l’arbitre (musique d’enterrement, gros plan sur un maillot vert sponsorisé par « but », des vautours posés sur la barre transversale et qui se frottent les ailes en ricanant).

 

*(« Pourquoi c’est l’arbitre du comité Roussillon qui arbitre le Racing ? Hein ?! Non mais on se demande pourquoi ! Mais moi je sais : La FFR veut que le MHR passe devant le Racing pour que ce soit plus vendeur pour une région où le foot est plus important. »

« Regarde : c’est Mr machin qui nous arbitre alors que c’est bien connu qu’il ne peut pas encaisser les gars de chez nous ! Déjà la dernière fois, en 2008, on avait perdu de 10 points parce qu’il avait mis deux cartons jaunes…», « Depuis le début ! Y’a hors-jeu ! L’arbitre, on sait où t’es garé ! ».)

 

A travers cet article, nous allons tenter de manière plus sérieuse de comprendre pourquoi le faussé se creuse entre arbitres professionnels et acteurs, pourquoi l’incompréhension et le semblant d’incohérence de l’arbitrage international est souvent évident, et encore plus par les habitués  du championnat français, et enfin nous tenterons de mettre en avant les solutions envisageables.

 

Cet article n’a pas pour objectif de dédouaner les arbitres des erreurs qu’ils peuvent commettre mais bel et bien de souligner que, finalement, la seule incompétence des arbitres n’est peut-être pas l’explication unique de tous les maux ovales. C’est donc contre le désagréable courant général qui s’affirme dans le rugby moderne que cet article est écrit : les joueurs ne sont plus responsables de rien…

 

Alors voila, c’est le débarquement redouté du sport à la grande sauce Canal+ : après la palette à Doudouce, les super-loupes et les trombinoscopes, après les plateaux des spécialistes en tout genre (excellent pour le rugby et le foot, inutile pour les spécimens et le canal football club) voila que débarque dans notre championnat domestique les surnoms… Pour le foot ? Le « Classico » Paris-Marseille, l’ « Olympico » Lyon-Marseille.

Et pour le rugby ? Le « Polemico » pour Racing-Clermont… tout est dit. Jusqu’alors plus ou moins préservé, le rugby doit faire face à un phénomène nouveau : celui de la responsabilisation, de l’imputabilité du résultat à un élément extérieur et imprévisible, l’arbitrage. Parfaitement madame, parfaitement monsieur : le rugby se « footbalise ». A l’instar de nos camarades pousseurs de cailloux, le rugbyman devient irresponsable. Quand il perd, ca n’est pas qu’il a été moins bon. Non. C’est qu’un élément exogène à sa prestation (et bien souvent le titulaire du sifflet) explique la contre-performance.

 

Bien plus que le traitement réservé à l’arbitre, bien plus que la triste mais implacable généralisation des comportements éloignés du sacrosaint « esprit rugby », c’est avant tout le sentiment d’incompréhension et plus encore l’éloignement progressif entre les joueurs et l’arbitre qui frappent.

 

Dès lors il est légitime de se poser la question : Pourquoi l'incompréhension s'accentue entre le coprs arbitral et les joueurs ?

 

La première raison : l’incompréhension au sens large.

 

Au cours de la dernière décennie, deux phénomènes puissants on du s’affronter : d’un coté la nécessaire pédagogie pesant sur le corps arbitral (le sentiment de justice ne nait que de la compréhension de la faute) et de l’autre la perpétuelle complexification ou modification de la règle.

 

Les conséquences de cette opposition sont alors simples : aux joueurs de s’adapter, à l’arbitre de justifier l’application de la règle. L’apparition des oreillettes et des micro-arbitres, l’instauration progressive des questions de la part des joueurs ou des entraineurs auprès d’un arbitrage parfois complexe avant, pendant ou après un match, la nécessité de pédagogie et des explications... Tout devient alors presque légitime. Ne pas comprendre, c’est se faire voler. Ne pas comprendre c’est être floué. Ne pas comprendre c’est la porte ouverte à la malhonnêteté, volontaire ou non, de l’arbitre. Pire : quand l’arbitre refuse d’expliquer, notamment en cas de multiplication des contestations dissimulées à traves les questions d’un capitaine candide, c’est qu’il abuse de ses prérogatives… Le vilain…

 

Seulement voilà, quand la règle change tous les ans, quand l’interprétation évolue d’un match à l’autre, et parfois même d’une mi-temps à l’autre, l’explication n’est que trop rarement satisfaisante. La compréhension est alors non seulement malaisée mais parfois totalement impossible : sanctionner une mêlée qui avance pour des micro-fautes (liaisons, poussée anticipée), le hors-jeu sur un coup de pied d’un partenaire qu’on prend en pleine tronche, le contact entre deux partenaires à l’autre bout du terrain, l’en-avant jugé à la simple direction incontrôlée de la balle sans parler du jeu au sol et de sa complexité croissante. L’application de la règle peut alors se faire contre l’esprit même du jeu et s’avère problématique dans la compréhension. Et qui dit compréhension induit acceptation.

L’arbitre est alors pris dans le terrible dilemme : sanctionner au nom de la règle ou laisser passer au nom du jeu.

 

Parmi les autres facteurs de la possible incompréhension, nous soulignerons ici un facteur marginal mais réel : la mondialisation du rugby. Cela se traduit par l’augmentation du nombre de joueurs étrangers ne parlant pas encore français (quand l’arbitre hurle « Lâchez ! Lâchez ! » et que l’on ne comprend rien…), mise en œuvre de politique d’échange Grande-Bretagne/France (sorte de programme Erasmus pour les arbitres) et autre politiques d’expansion ovales.

Mais c’est bien deux grands facteurs qui conduisent à l’incompréhension la plus importante : le changement régulier de la règle et la difficulté intellectuelle à comprendre que l’arbitrage rugbystique est soumis à l’interprétation continuelle. 

 

Le changement de la règle : le pendant nécessaire au spectacle, les conséquences fâcheuses sur le jeu

 

L’IRB à tranché : le spectacle est plus important que la formation. Le show est plus vendeur que la tradition désuète. La création ex nihilo de la règle est plus que jamais le grand trait distinctif entre le rugby et les autres sports collectifs plus sclérosés dans la règle. Quel autre sport peut se targuer d’avoir des règles aussi complexes et incertaines que le rugby ? Un exemple : la touche. En 15ans : interdiction de l’ascenseur, autorisation du lift. Liberté du nombre de joueur dans l’alignement pour l’attaque, puis liberté du nombre pour tous, puis retour à l’application du miroir. Sanction des joueurs touchant le sauteur en l’air, puis sanction du lifteur qui entre dans l’alignement. Tout ca sans parler du relayeur (unique ou multiple, à 5m ou dans l’alignement) de la défense (à 10m, à 15m, dans la ligne) ou encore des feintes de saut (autorisée, interdites puis autorisées si le sauteur ne décolle pas les pieds).

 

Dans le même temps, cette adaptation de la règle au comportement des individus est le meilleur moyen de rester un sport dynamique et vivant. C’est la facilité du changement de règle qui a permis de grande évolution qui nous sont jalousées : le véritable arbitrage à trois, le carton jaune qui exclu pour 10min, l’avantage, la citation, ou encore le célèbre arbitrage vidéo.        

 

Seulement de tout changement, même minime, nait dans un premier temps une part d’incertitude. C’est en partie cette incertitude qui va conduire aux tâtonnements et aux hésitations aussi bien des acteurs que plus encore du chef d’orchestre. Les textes ne peuvent être appliqués qu’à la lumière de l’interprétation des arbitres. Et donc jusqu’à l’apparition et la formulation des problèmes inhérents à chaque interprétation arbitrale, et bien ca n’est rien de plus que le flou.

 

C’est donc bien là la première cause d’incompréhension : comment croire en la compétence ou pire, en l’honnêteté d’hommes (par nature faillibles) qui n’appliquent pas de la même manière des règles pourtant uniformes. Et c’est ici que la notion d’interprétation de la règle prend sa pleine mesure.   

 

L’arbitrage comme l’expression de  l’interprétation de la règle : le risque de l’incohérence et les disparités Nord/Sud

 

Ce qu’il faut d’abord bien avoir à l’esprit, c’est que l’application de la règle, pourtant identique, ne peut se faire que par le prisme de l’interprétation. Ainsi de la douce complexité des lois ovales font que peuvent découler d’une même situation des sanctions opposées. Exemple : en cas de formation d’un maul, si la balle ne sort pas, certains arbitre vont rendre la balle à l’équipe qui défendait (l’équipe attaquante n’ayant pas pu sortir la balle) quand d’autres vont récompenser la dernière équipe ayant avancé. Idem sur la mêlée où certains vont favoriser l’équipe qui domine « globalement » l’exercice quand d’autre vont sanctionner l’équipe qui domine la suspectant de tricher. 

C’est en ayant cela à l’esprit que va alors se révéler l’importance de la « culture rugby ». La culture rugby, où la façon dont le rugby est abordé in abstracto. Sport de combat rude mais loyal entre gentlemen en Angleterre, sport d’artiste valeureux en Nouvelle-Zélande, sport de frigo américain vicieux en Afrique du Sud, sport de magicien désinvolte en Micronésie… Dès lors l’arbitrage s’est adapté et a su fait un usage des règles divers. Le jeu au sol et les mêlées anarchiques des nations du sud s’explique en grande partie par le parti pris des arbitres de faciliter les turn-overs, les longs temps de jeu, les attaques à tout va et les contre-attaque désespérées. A l’inverse en Europe, les arbitre français doivent composer avec la filouterie des entraineurs et des joueurs, toujours prêts à la moindre opportunité pour faire preuve d'intelligence et donc de contourner au mieux la règle. L’arbitre doit donc se montrer intelligent, tolérer certaines malices pour en sanctionner d’autre.  L’esprit étriqué britannique et ses temps de jeu interminables au ras, ses « put-and-under » à longueur de match et ses « rucking virils mais correct » à, lui, poussé à la plus grande intolérance de l’arbitre. L’application de la loi doit être stricte, rigide, presque anti-rugby. 

 

Dès lors, le grand risque et la pure et simple incompréhension. Comment peut-on communiquer quand nous ne parlons pas le même « langage rugby» ? Comment un arbitre peut-il imposer sa vision du rugby à des joueurs aux us et coutumes aussi différents ?

Cela, sans être l’explication absolue, peut-être l’une des explications de la grande disparité que connait l’arbitrage. Moi-même n’ai-je pas redouté l’arbitrage Australien toujours enclin à sanctionner nos tricolores (Mr Dickinson ou  même le sudaf’ Kaplan) ?

 

Seulement, c’est de cette fameuse approche, si particulière car attachée à la nationalité, que va répondre la manière de siffler.

 

La seconde raison majeur : la légitimation de la critique arbitrale généralisée

 

Le poids démesuré de l’extra-sportif, où quand la polémique supplante le fond :

 

En effet, l’un des phénomènes les plus important et expliquant en quoi l’arbitrage est de plus en plus distant des acteurs, et parfois de l’esprit du jeu, est simple : l’insupportable et croissante pression des administrateurs de clubs. Cette tendance trace alors une frontière infranchissable entre les « gentils joueurs » et les méchants arbitres. Ils ne sont pas du même coté, pas dans le même camp. C’est propre et net : l’arbitre c’est l’ennemi, c’est l’injuste et castrateur mandataire de la mauvaise foi personnifiée, c’est le seul et unique coupable de la situation d’un club, d’une défaite concédée, d’une élimination …

 

De plus, l’augmentation générale des critiques conduit à ce que les critiques ne se légitiment non plus par leur pertinence mais par leur nombre. Critiquer l’arbitre relève maintenant du déroulement normal des conférences d’après match, des interviews, des analyses… c’est un peu le sport national, un peu le challenge ultime. Celui qui ne dira pas du mal de Berdos, Poite, Péchambert ou Mené sera un collabo ! Celui qui n’hurlera après l’arbitrage sera au mieux complaisant, au pire un agent double au service de la perfide corporation des hommes en noir…

La meilleure illustration ? Les passes d’armes ridicules entre Berbizier, Lhermet, Saint-André, Novés, Goze… Les conférences de presses sont autant de lieux de règlement de compte, de concours puérils et stupides de celui qui est le plus injustement pénalisé.   

 

L’apparition du professionnalisme et la stupide exigence de perfection de l’arbitrage en découlant :

 

Enfin dernier élément explicatif, c’est celui qui découle de l’apparition du professionnalisme. En effet, qui dit joueur pro induit arbitre pro. Or, l’arbitre est jugé sur son professionnalisme par la simple et unique quantité de polémique qu’il peut (ou non) déclencher. Dès lors, gloire à l’arbitre qui ne se mouille jamais, à celui qui fuit ses responsabilités en se cachant derrière l’avantage terminé ou le mauvais placement.

 

Ainsi, c’est donc bien plus que la qualité de l’arbitrage, bien plus que sa cohérence relative, bien plus qu’une série de nombreux matchs sans erreurs que, au moindre faux-pas, un référant va être jeté dans l’œil du cyclone. Lâché par ses supérieurs, balancé dans la fausse aux lions, devant répondre de ses choix devant les entraineurs, les joueurs, parfois même les médias… Heureusement qu’une dernière chose le protège encore un peu : l’arbitre de rugby reconnait sans mal ses erreurs. Contrairement à son homologue footeux, pas besoin de lui mettre le nez dedans pour lui faire avouer que ça pue…  

 

Les solutions envisageables :

 

Parmi les grands problèmes : la mêlée. Pas une rencontre sans qu’un coup de sifflet ne soit discutable, insensé, stupide ou simplement incohérent… La première solution est alors la suivante : former les arbitres aux secrets de la mêlée (je sais que ca va être pénible pour certains mais bref…) et surtout le faire avec l’accompagnement d’un spécialiste de la mêlée (entraineur, ancien professionnel, spécialiste mêlée).

Alors oui, les mesures sont peu à peu prises… Mais il faut faire plus qu’un stage annuel. Ensuite, uniformiser les interprétations à l’échelle internationale : faut-il favoriser une mêlée qui avance ou faut-il pénaliser sur les micro-fautes ? Faut-il sanctionner d’une pénalité ou d’un coup franc ? Faut-il siffler les poussées anticipées ou les introductions retardées ? Autant de question auxquelles une réponse claire et définitive mériterait d’être apportée.

 

Toujours dans les grands soucis : pouvoir faire un match cohérent de bout en bout. Dans combien de match a-t-on vu un arbitre adapter son interprétation de la règle laissant alors la porte ouverte à toutes les suspicions… L’idée serait alors de suivre une ligne de conduite, une sorte de fil d’Ariane. Que les arbitres ne perdent pas de vue qu’ils ont face à eux des humains, des gens qui, comme eux, sont faillibles. Que chaque décision est importante, que chaque jurisprudence, et plus encore à chaque revirement peu déterminer l’issue d’un match… Dès lors, l’importance de la cohérence est l'ultime branche à laquelle peut s’accrocher (désespérément parfois) l’arbitre face à la tempête. La cohérence doit être à la fois le bâton de berger et le bouclier protecteur derrière lequel tous les arbitres doivent pouvoir se réfugier. La cohérence c’est tout bonnement et simplement la chose primordiale de tout bon arbitrage.     

Conclusion : Un bon arbitrage n’est pas un arbitrage parfait, c’est un arbitrage cohérent et pédagogique. Pour cela l’arbitre doit expliquer et s’expliquer sur tout ou presque. Mais c’est ce lien, cette relation arbitre-joueur qui doit être l’objet de tous les soins, toutes les attentions. Il faut pour cela préserver et même cultiver notre particularisme, notre singularité, qui nous est inculqué depuis l’école de rugby : le respect de l’arbitre, et cela à tout prix.  

 

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paul 25/03/2011 11:59


A mort l'arbitre!

Nan, très bonne analyse, avec du style en plus. T'as raison de souligner cette tendance regrettable de footbalisation dans ce sport qui était l'un des rares à garder un respect total de l'arbitre.
Mais c'est souvent le revers de la professionnalisation.. Vous laissez pas faire!


jérémie 22/03/2011 11:13


Totalement d'accord avec toi Pierre!
Le rugby moderne s'est construit autour du fait que l'arbitre est le garant du jeu, laissons leur ce pouvoir et restons ces gentlemen qui pratiquons un sport de voyou!
amitiés financière!


Marie 22/03/2011 08:48


Il est vrai que les discussions des joueurs des entraîneurs ne les aident pas c arbitres Alors revenons aux priorités respectons l'homme car à force de le faire douter il ne sait plus quoi faire...