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Les Petites Histoires du Sport

La petite histoire de... M.Cécillon, quand il était superman

15 Juin 2013 , Rédigé par Le Pottok Masqué Publié dans #La petite histoire de...

La petite histoire de... M.Cécillon, quand il était superman

Quand il était Superman

Marc Cecillon, c’est l’histoire d’un abandon. L’histoire de ce que peut faire l’après rugby, l’histoire d’un drame et d’une famille brisée, celle d’un homme dévoué et surtout fidèle à son club de cœur, son club de toujours, Bourgoin-Jallieu.

Capitaine de l’équipe de France, et du CSBJ, cette masse d’un mètre 92, et de 110 kilos aura été finaliste du championnat de France (Top 16 à l’époque, en 1997), et vainqueur du challenge européen 1996-1997.

Né dans une ville d’environ 26 000 habitants, qu’il n’a jamais vraiment quitté et qu’il ne quittera désormais jamais, Marc Cecillon y était quelqu’un. Plus que quelqu’un à vrai dire, il était une idole, un modèle. Oui mais voilà tout colosse qui se respecte se doit d’avoir des pieds d’argile.

Un drame humain


Dans son cas, c’est le « petit canon », le « jaune », le « verre de l’amitié », qui, bout à bout, l’ont amené à présenter un taux d’alcoolémie de 2,35 grammes le soir de son interpellation, après qu’il ait, le 7 août 2004, abattu sa femme lors d’une soirée entre amis.

Plus loin que le drame humain qui a frappé une famille entière, plus loin que l’onde de choc qui a envahi toute une ville, c’est la question de l’accompagnement du sportif en fin de vie professionnelle et du rôle du gardien du cimetière des champions qui se pose.

Rugbyman émérite (46 sélections en équipe de France, dont il a été 5 fois capitaine), il fait partie, selon le Times, des dix joueurs de rugby français les plus effrayants de l’histoire. En 1989, il participe même à ce que Philippe Saint André appelait encore récemment « la tournée d’une vie », et marquera un essai aux Blacks lors du deuxième test, à Auckland.

Véritable icône dans sa ville de Bourgoin, tout réussi alors à Marc Cecillon, qui verra même son nom entrer dans l’histoire du club lorsque celui-ci lui fera l’honneur d’en baptiser l’une de ses tribunes. En 1999, Marc Cecillon met un terme à sa carrière.

La veille dans la lumière, le lendemain dans l’oubli, la bascule est vertigineuse et le gouffre profond. Le champion est enterré et le premier pilier de la vie de l’homme cède.

La petite mort de l’après sport

Tout sportif de haut niveau vous le dira, quand on a eu le privilège de connaître les endorphines et l’excitation d’un match, la vie normale ne suffit plus. Alors la rupture est brutale, froide, et le sportif se trouve sans adversaire à battre, sans objectif à atteindre, sans coach pour l’épauler…et dans le cas de Cecillon, quelles épaules.

Quand les lumières s’éteignent, ces mêmes épaules se voûtent, se crispent et surplombent rapidement un verre, parfois une bouteille. Laissé seul, livré à lui-même, Marc Cecillon sombre dans la dépression. Et à Bourgoin, certains en profitent, histoire de pouvoir dire qu’ils sont dans les petits papiers du grand colosse. Peut-etre historie aussi d’être le témoin privilégié des anecdotes sur les coulisses d’un sport tout juste devenu professionnel (depuis 1995) ou pour être irradié d’une sorte de lumière que l’on jalouse un peu sans vraiment se l’avouer.

Les complices

Ils sont là, les complices du silence, les complices de l’abandon, les complices de l’oubli. Ceux qui ont vu l’homme se dégrader mais qui, aveuglés, n’ont voulu voir que le champion.

« Il est costaud Marc, c’est un gaillard, un vrai gars quoi ! ». Oui mais voilà, si Marc est costaud, Cecillon l’est beaucoup moins, et ses démons l’assaillent, sans que personne ne fasse rien pour leur barrer la route.

Car il est là le drame du champion devenu homme, qui ne peut briser la glace qui le sépare de ceux qui jadis l’adulaient, et qui de ce fait ne pourront jamais accéder à l’être qui sommeil dans ce corps bien fait qui leur a procurer tant de joies et d’émotions dans les stades, ou sur leur canapé.

Alors le champion vit toujours, dans les cœurs et dans les têtes, mais l’homme se meurt, et bientôt, il entraînera dans sa chute l’autre pilier de sa vie, celle qu’il aime. Alors ce soir d’août, il vrille, et un câble rompt dans sa tête, il tire, 5 fois, et il tue, une fois.

Dans la minute qui suit les coups de feu, Marc Cecillon appellera sa femme, demandant aux témoins de la scène si, par hasard, ils l’avaient aperçu. Le second pilier vient de céder, et le gouffre s’ouvre sous les pieds du géant, sans filet.

L’ancienne star est criminelle :

Le soir même, on parle dans les médias, rarement en reste lorsqu’il s’agit de violer le droit pénal, d’assassinat. Le champion est donc désormais un assassin. Rappelons simplement que l’assassinat suppose la préméditation et qu’à plus de 2 grammes, on a déjà du mal à méditer, alors prémédité… C’est donc un homme à la dérive qui voit s’ouvrir son procès, celui de l’ancienne star (car oui, la star n’est pas criminelle, l’ancienne star oui), et l’on ne comprend pas comment un homme qui a tout eu, tout gagner, bref, qu’un homme qui a « réussi sa vie » puisse commettre un acte aussi abominable. «C’est le succès qui lui est monté à la tête », hélas non, le succès s’est limité au corps, il n’a jamais atteint la tête.

Et pendant que l’on tire sur l’ambulance, certains dorment tranquillement. Ceux qui n’ont tendu aucune de leurs mains, préférant les laisser dans le confort de leurs poches, ceux qui savaient et qui n’ont rien fait, ou, moins coupables mais tout aussi responsables, ceux, qui, aveuglés, ne pouvaient voir.

Marc a disparu en 1999, et Cecillon vient de le rejoindre, au fond d’une cellule, cette fois. Désormais en liberté conditionnelle, son comportement exemplaire en prison y est pour beaucoup, il est assujetti à des conditions strictes : il lui est interdit de se rendre à Bourgoin, sa ville de cœur, celle de son âme, suivi sur le plan psychologique, l’obligation de travailler fait aussi parti des conditions de sa libération.

C’est donc plus de 10 ans après sa fin de carrière que Marc Cecillon est encadré, aidé, épaulé. A l’heure où « les valeurs du rugby » traînent dans toutes les bouches, la seule main qui aura été tendue vers Marc Cecillon est donc celle de la Justice, gageons que le monde du rugby était trop occupé à entretenir son mythe.

Récemment, Raphael Poulain publiait un ouvrage intitulé « Quand j’étais Superman », qui aborde également le problème de l’après carrière du rugbyman professionnel, mais plus largement encore, l’affaire Oscar Pistorius prouve que face au crime, et donc, face à la vie, le sportif, et plus encore le champion, est un être à part.

Un homme à la dérive, on l’aide, on le tient par l’épaule, et cela, peu importe la taille de cette épaule.

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