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Les Petites Histoires du Sport

Articles avec #l'edito de luc tag

La chronique de Luc : Mort dans l'après midi

14 Mars 2011 , Rédigé par Pierre Ammiche Publié dans #L'édito de Luc

Introduction : Après un retour fracassant aux affaires (a côtés des heurts que son retour sur la toile ont crées, les émeutes en Lybie c'est une réunion Tuperware dans une cabane de trapeur) , voilà que le grand noir à la chaussure blonde nous pond un second article en moins de 3 semaines. Luc est chaud comme une barraque à frites : il ne faut pas pousser pépé pour un article, alors quand l'équipe de France est défaite par son homologue mangeuse de "pasta", notre sémillant éditorialiste envoie du pâté ! Il fallait pas nous l'énerver notre Tigre du Benin...   

 

 

Mort dans l'après-midi


Le XV de France s'est incliné cet après-midi contre l'équipe d'Italie. A six mois de la Coupe du Monde. Un match médiocre. Contre l'Italie. Le XV de France s'est éteint cet après-midi à Rome. Les espoirs de 350 000 licenciés sont morts cet après-midi dans l'arène de Flaminio. La fierté de 22 gladiateurs a trépassé cet après-midi à trois kilomètres du Colisée. Les commentaires désobligeants pleuvent, on parle de honte nationale, les appels à la démission se multiplient, il y avait 14 ans que l'on avait pas perdu contre nos amis transalpins. C'était le 22 mars 1997, Sadourny, Saint-André et Accoceberry jouaient encore, Betsen et Ibanez étaient remplaçants. En face, Troncon et Dominguez animaient la ligne de la Squadra Azzurra. C'était un autre temps, croyions-nous, à l'heure où s'ouvrait cette quatrième journée du Tournoi 2011.


L'on ne peut raisonnablement pas considérer que l'Italie a sa place dans le Tournoi et s'étonner ou s'offusquer qu'elle remporte des victoires contre les nations majeures. L'on ne peut raisonnablement pas estimer que l'Italie a mérité plus d'une fois de l'emporter face à l'Irlande et se sentir blessé par une défaite à Rome. L'on ne peut raisonnablement pas vanter l'avantage significatif qu'a une équipe évoluant à domicile, s'enorgueillir d'un rugby où les hommes restent maîtres de leur perron, invincibles à la maison, et ressentir une défaite à Flaminio. L'on ne peut raisonnablement pas prétendre respecter les Azzurri et parler d'humiliation lors nos Bleus s'inclinent face à une équipe valeureuse. Une défaite contre les Italiens ne peut pas être honteuse au point de tacher définitivement le maillot national, une défaite à Rome serait elle invraisemblable au point que nous devrions avoir honte ?


L'on ne peut raisonnablement pas demander la démission ou le limogeage de Marc Lièvremont et de son staff, au motif de ce match particulier, pas plus qu'au motif de l'accumulation des défaites douloureuses (l'Australie cet automne, l'Angleterre cet hiver) ou des victoires laborieuses (l'Argentine cet été, l'Ecosse cet hiver). L'on ne peut raisonnablement pas remettre en cause le sélectionneur national à quelques heures de jeu effectif du match d'ouverture de la Coupe du Monde, ce n'est pas rationnel, cela pourrait s'avérer contre-productif. L'on ne peut raisonnablement pas accabler l'homme qui a succédé à huit ans de Bernard Laporte et de volte-faces invraisemblables, de choix incompréhensibles, de défaites au pire moment ; depuis 2007, nous avons une équipe de France rajeunie, des minots pleins d'enthousiasmes, un grand Chelem et des victoires que nous n'attendions pas, notamment lors d'une tournée estivale en Nouvelle-Zélande. L'on ne peut raisonnablement pas accabler un Milou N'Tamack, le meilleur de tous. L'on ne peut raisonnablement pas s'en prendre à Didier Retière, il a transformé la science des mêlées de Paparemborde, Vaquerin, Marconnet en une technologie que beaucoup nous envient, il a fait entrer le jeu d'avants dans une nouvelle ère, l'ère Electronique, l'ère des piliers débarrassés d'un surpoids débonnaire, l'ère des ingénieurs du « Flexion, touchez, stop, entrez », des mêlées simulées sur ordinateur, l'ère de la précision et de la pensée dans un domaine que nous croyions tous éternellement soumis au règne des 3 C (le coeur, les couilles, la créssivité).


L'on ne peut raisonnablement pas brûler aujourd'hui les idoles d'hier, les Jauzion, Rougerie, Traille et autres Chabal à la seule aune de notre ressentiment, la retraite des seniors de notre pack ne serait pas plus souhaitable, l'absence des Picamoles, Bastareaud, et autres Dupuy ne peut à elle seule expliquer la défaite d'une équipe de France pathétique. Ni tout cela, ni rien au monde, ne sait pas nous faire oublier, ne peut pas nous faire oublier qu'aussi vrai que la Terre est ronde, on ne doit rien oublier, ni les émotions d'une victoire à Lansdowne Road, ni la joie d'un drop de Trinh-Duc, le Joël Stransky des temps modernes.


Et pourtant, hic et nunc, la réalité bute sur les limites de la raison pure. Ce qui serait raisonnable n'a pas de place dans le coeur d'un supporter des Bleus. Lorsque Aldo Gruarin, pilier varois du XV de France, s'apprêtait à aller honorer sa première sélection, bardé de son sac et de ses espoirs, attendant en la gare de Toulon – centre du monde – son train pour Paris, il s'est fait prendre à parti par un vieil homme qui tenait à lui rappeler que le maillot bleu méritait d'être honoré, que c'est un coq orgueilleux et pas une pintade vétilleuse qui orne le coeur des tuniques bleues. Cet héritage ne doit pas être oublié. Le XV de France est notre fierté, notre joyau, l'étoile qui brille dans la nuit du rugby français ; c'est par lui, pour lui, en lui que prennent un sens les multitudes d'anonymes du samedi matin, les bras cassés du dimanche après-midi, les foules dénuées de talent qui offrent leurs articulations et leurs os, leur temps et leur âme au Jeu à XV. Dédé Boniface adolescent se rêvait Jean Dauger, Thomas Castaignède s'est rêvé Dédé Boniface, et Maxime Mermoz a du s'imaginer plus d'une fois être Castaignède. De même que le maillot des Bleus n'appartient à aucun joueur, de même qu'un joueur n'est que l'heureux locataire d'un maillot plus grand que lui, l'heureux passeur de plats dans une tradition, une histoire et un panthéon, de cette même manière, l'équipe de France n'appartient pas qu'aux élus, elle appartient à tous les évincés de Marcoussis, à tous les joueurs de l'élite qui bossent toute l'année pour être internationaux, à tous les juniors et tous les espoirs des clubs, à tous les cadets et tous les minimes, aux arbitres et aux éducateurs, aux bénévoles et aux supporters.


Ainsi Marc Lièvremont n'est pas juste sélectionneur du XV national, c'est le premier ministre de la France de l'Ovalie, Jo Maso est secrétaire général du Matignon du rugby et Lionel Rossigneux est porte-parole d'un gouvernement de la gonfle. A ce titre, ce staff ne peut s'affranchir de prendre ses responsabilités devant la débâcle de Flaminio, celle-là même qui rappelle la grande déroute de Grenoble en 1997 face aux transalpins têtus. Entendons nous bien, il n'est rien à reprocher directement au staff de l'ainé des Lièvremont, c'est certainement un bon humain et un excellent technicien. Pour autant, le mot « responsabilité » a un sens et s'il ne doit pas être confondu avec « culpabilité », il ne peut échapper à la dialectique de la faute et de l'erreur. S'il n'y a pas de faute manifeste de la part du sélectionneur de l'équipe de France, les résultats bruts plaident pour une série d'erreurs, et l'honneur de mener la destinée du XV national devrait lui imposer de prendre une bonne fois pour toutes ses responsabilités et de proposer au président Lapasset de remanier son équipe. Que ce soit maintenant ou après la fin du Tournoi importe peu ...


La seule question que nous devons nous poser concerne le monde d'après : le staff d'après a beaucoup d'importance mais le rugby d'après, au sens large, doit nous pré-occuper, qu'il s'agisse du calendrier, des relations entre la Ligue et la Fédération, d'une organisation en provinces, d'internationaux sous contrat fédéral et autres serpents de mer. Pour ce qui est du sélectionnneur suivant, une idée trottine depuis quelque temps dans les caboches de quelques illuminés; en 1997, les Springboks étaient venus s'imposer à Paris, pour l'adieu au Parc des Princes, pour ce qui devait être la fête des souvenirs, dans un match insupportable au score fleuve : 52 – 10. Malgré la « grande lessive » qui avait alors écarté les Roumat, Lacroix, Saint-André, Cabannes, l'équipe de France n'avait pu trouver la rédemption que deux ans plus tard, dans l'enfer de Twickenham, en demi finale contre la Nouvelle-Zélande, à la faveur d'un retour providentiel, celui de Fabien Galthié.

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La chronique de Luc : Azincourt, match retour

28 Février 2011 , Rédigé par Pierre Ammiche Publié dans #L'édito de Luc

                                          plume

 

Luc est de retour. Oui, l’enfant prodigue de Cotonou, le petit prince de la Rade, L’Amiral Nelson de la porte de Choisy…

Mais je vais être honnête : moi ca me fais chier. Il écrit des trucs trop compliqués, il me traite comme un sous-fifre et me fait des reproches, il fait sa diva, (« Je veux bien faire ton édito mais à condition de sauver les ours blanc au bénin », « les dauphins en Allemagne », « de donner une tribune à Guy Carlier …») et je dois presque me prostituer pour avoir un article de sa part. Et quand enfin j’ai un signe de lui, l’œil humide et la lèvre tremblante, d’une main hésitante, j’ouvre son offrande informatique et inespérée. Et là, c’est un mail lapidaire. Pas d’excuses, pas de remords. Même pas un bonjour. Je suis une catin et lui c’est mon mac…

 

Et en plus j’imagine déjà sa cohorte de groupie, le cheveu sale et la mœurs légère, appuyant nerveusement sur la touche F5 du clavier pour rafraichir la page dans l’espoir, jusqu’alors déçu, de voir l’avatar de « la plume » en tête d’article. Et là enfin, je publie à nouveau un édito. Ca va être AC/DC au stade France. A coté, le fan club de Justin Bieber c’est 12 blaireaux moisis dans un bar crade de Paray-Vieille-Poste. Je vais encore devoir payer des frais suite aux émeutes en bas de chez lui et j’espère que, pour une fois, ils toucheront pas à son scooter.

Quoi Luc ? Où est ton argent de la semaine ? Pardon patron, promis je le ferais plus… Pour me faire pardonner, je vais le publier ton édito… De toute façon j’ai pas le choix, ton fan club d’intégristes séquestre mon chat…

 

Bonne lecture à tous 

 

Azincourt, match retour : 

La France du rugby se réveille toujours transfigurée des nuits qui suivent les affrontements avec la perfide Albion. Lorsque ces batailles se déroulent sur le sol anglais, et non pas à quelques coudées de la basilique de Saint Denis, leur beauté n'en est que soulignée. Tous les espoirs de punir ces ennemis héréditaires dans leur chair, sur leurs terres, sont permis. L'enjeu n'est plus de remporter le tournoi, mais de rejouer l'éternelle rivalité pour la suprématie sur le rugby de l'hémisphère Nord. En effet, les Gallois branchés sur courant alternatifs, les Irlandais inconstants et vieillissants, les Écossais exsangues et les Italiens pétris des promesses et des naïvetés de benjamins du Tournoi, ne nous posent plus de vrais problèmes. La disparition de la Roumanie du rugby et l'apathie des trois-quarts Géorgiens, éclipsés par leurs avants mythiques, nous ont abandonnés à ce duel à mort avec l'Angleterre. La France adore les ennemis héréditaires. Les Allemands pour l'industrie et l'économie, les Anglais pour la finance et le rugby. Dans ce contexte, la bataille de Twickenham fait écho à celle d'Azincourt, toute victoire sur Martin Johnson venge Jeanne d'Arc. Nos plus grands généraux ont attendu de rencontrer l'Angleterre pour mettre un terme à leur carrière : Philippe Sella, dont Jacques Fouroux disait - à tort- qu'il ressemblait à Bertrand du Guesclin, s'est arrêté un jour de petite finale de Coupe du Monde en 1995, sur une victoire contre les Anglais en Afrique du Sud. Serge Blanco, lui, n'a pas connu cette satisfaction : sa dernière sortie, un quart de finale en 1991 face aux hommes de Will Carling, s'est soldé par une défaite.

Le rugbyman hexagonal attend donc avec une impatience infantile ce choc au sommet, choc nimbé de l'aura des grands soirs, avec l'espoir fou de grimper sur le toit de l'Europe du rugby. Et il se réveille au lendemain avec un ineffable sentiment de régression, avec dans la bouche un petit goût de sang. Parfois c'est du sang anglais et il résonne de la fierté d'avoir vengé nos ascendants, d'avoir rétabli la hiérarchie naturelle sur ces faibles qui n'ont pas su se débarrasser de leurs monarques, d'avoir réhabilité le coq dans le jardin d'Europe, d'avoir gagné le droit de retourner à l'orgueil et à la morgue des gentlemen de sa Majesté leur humiliant "Good game". C'est le sang impur, évoqué par Rouget de Lisle, qui abreuve les sillons de la vanité tricolore. Malheureusement, parfois, il arrive que la perfide Albion triomphe. Alors les supporters français se scindent en deux camps; le réalisme veut jeter l'équipe de France avec l'eau du bain, accable nous représentants de tous les maux et réclame toutes les têtes, y compris celles du sélectionneur national. Aussi improductif qu'inélégant. A contrario, le camp de la mauvaise foi tient en équilibre sur un fil tenu, avec des arguments aussi fallacieux que méprisables; tous réclament une victoire morale eût-égard à l'arbitrage, britannique donc partisan, à la pauvreté du jeu anglais, pick-and-go et chandelles, à la météorologie locale, pluie et grêle.

Nous oublions un peu facilement que depuis que le Tournoi rassemble six nations, l'on ne peut prétendre assister à une écrasante domination, quelque soit le côté de la Manche dont on regarde. L'idée même d'ennemi héréditaire s'est dissoute dans le professionnalisme et les incursions successives de Philippe Sella, Abdel Benazzi, Thomas Castaignède, Raphaël Ibanez et Serge Betsen dans le PremierShip anglais. Confirmation apportée au Top 14 par James Haskell, Tom Palmer et Sir Jonny Wilkinson. Depuis 1995, dans le Tournoi, face aux sujets de Queen Elizabeth, nous avons essuyé autant de défaites à domiciles que nous avons remporté de victoires à Londres (2). Au seul classement qui saurait nous départager, à savoir le classement britannique, nous sommes donc à égalité. Pour le reste nous pouvons revendiquer cinq Grands Chelems (contre 2) et deux victoires non partagées (contre 3); aucun camp n'a à rougir de son palmarès et -cocorico- nous pourrions nous targuer d'une légère avance.

Pour ce qui est du match, des Français bien plus valeureux que les pâles formations qui s'étaient imposées face à l'Écosse et à l'Irlande, ont su nous faire rêver durant une mi-temps au long court. Malgré la crainte qui semblait suinter des visages de nos petits bleus pendant la Marseillaise, l'entame fut dantesque, les avants tricolores solides, Jauzion et Rougerie souvent efficaces, parfois impériaux. Avec une défense retrouvée, nous avons même vu des trois-quarts anglais, abrutis de coups de casque et tampons aux côtes, hésiter à aller au contact et dégueuler des ballons. Nick Easter, le Marc Cécillon des Harlequins, a mordu la poussière plus d'une fois, et Thierry Dusautoir s'est même offert le luxe de piquer un ballon sur un renvoi. S'il n'était la déplorable nécessité de trouver une explication et un coupable à chaque débâcle, nous aurions la force de reconnaitre que nos adversaires du jour sont revenus des vestiaires plein de détermination, et que la ferveur des "Swing Low, Sweet Chariot" a galvanisé le XV de la Rose. Nous avons été surpassés par plus forts, plus réalistes, plus constants que nous. Pourtant cette équipe de France volontaire et combative m'a plu, cette soirée de défaite comptable ressemblait à un matin de victoire sur nos démons.

1991 et son essai du bout du monde, 1994 et son essai à mille passes nous rappellent que si les All Blacks nous permettent parfois de faire l'étalage de notre génie, le XV de la Rose s'érige toujours en révélateur de notre courage.

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La chronique de Luc : Rupeni Caucaunibuca, ou l'histoire d'un Rom a Agen

14 Novembre 2010 , Rédigé par Pierre Ammiche Publié dans #L'édito de Luc

 

plume

 

 

 

 

A l'occasion du match de reprise de Rupéni Caucaunibuca avec les barbarians, voilà le retour du dandy des finances. Ces charges pachidermiques marquent autant les corps aux 4 coins de l'ile de France que ces phrases assassines marquent les esprits de ses lecteurs. Il est grand, il est beau, il sent bon le sable chaud. Mesdames et Messieurs : place au prince du bénin alias Luc H.  

 

 

Le conflit ancestral, structurel, historique entre les nomades et les sédentaires, ravivé récemment par les mesures d'expulsion des roumains et bulgares de passage dans nos campagnes, est certainement un des conflits les plus vieux de l'histoire de l'humanité (après la lutte des sexes et l'asservissement de la femme par l'homme). La scission est née lorsque les chasseurs cueilleurs ont décidé d'initier l'agriculture, de renoncer à l'incertaine espérance pour se nourrir de certitudes entretenues. L'échange entre liberté entre confort, entre curiosité et assurance, douloureux pour certains hommes avait besoin, pour durer, d'être érigé en valeur-refuge, en vertu suprême. Depuis, les sociétés sédentaires vouent une haine farouche aux nomades, et ce, en Afrique, en Asie comme en Europe. Tous les événements du quotidien qui étaient, au pire négligés, au mieux classées d'ésotérisme fataliste (destin, karma) ou d'imposition maléfique (occulte, œuvre du malin) y trouvent une explication, offrent un exutoire. Les poules qui disparaissent (fait localement déplaisant mais globalement récurrent) coïncident avec l'arrivée des roulottes ? Haro sur le baudet. De par le caractère transitoire de sa présence, l’itinérant conjugue deux défauts : il est le bouc émissaire parfait en cas de coïncidence, mais surtout, il n’offre pas les garanties que réclame le contrat social des sédentaires. Il n’offre aucune prise, ne peut être retrouvé en cas de contentieux. Contrairement aux relations traditionnelles renforcées par un faisceau d’éléments contraignants (« je sais où tu habites, je connais ta famille », « ta terre étant ancrée à coté de la mienne, je saurais toujours ou te trouver ou de quelle manière te contraindre ou te menacer »), les prises offertes par les itinérants sont toujours minces et ne constituent aucunement une certitude. Le sédentaire ne ressent pas d’avenir dans une relation avec un nomade car leurs chemins ne se croiseront peut-être plus jamais et rien ne force le nomade, même temporairement fixé, à assumer les clauses les plus désagréables du contrat. Le crédit c’est la confiance accordée à autrui, et on ne fait pas crédit à quelqu’un dont on ne peut pas s’assurer la loyauté, dont on ne peut pas sanctionner la déloyauté.

Rupeni Caucaunibuca, un nomade du rugby, un dilettante prodigieusement doué, est aujourd’hui licencié du S.U. Agen pour avoir manqué et de beaucoup (2 mois) la reprise des entrainements mais surtout la reprise du championnat (3 matches). Ses employeurs lui reprochent d’avoir manqué aux termes de son contrat de travail et d’avoir failli à respecter ses obligations. En accord avec les joueurs, ils ont donc décidé de mettre un terme à leur collaboration. Reprenons l’histoire du début : en 2001, dans le championnat mondial de rugby à 7, un ailier fantasque apparait dans l ‘équipe des Iles Fidji : il s’offre le luxe d’inscrire 38 essais en 5 étapes du tournoi. Repéré quasi immédiatement, il est trusté par les Auckland Blues de Joe Rococoko, Carlos Spencer, Doug Howlett, Luke McAllister, Ali Williams et autres Keven Mealamu. En Nouvelle Zélande, il ne jouera que 13 matches mais inscrira 15 essais dont un incroyable triplé contre les mythiques Crusaders. Suite à cela, il devient une star mondiale et très attendue : lors de la Coupe du Monde 2003 en Australie, il est craint par les Français qu’il ne déçoit pas : il marque un essai, casse la mâchoire à Olivier Magne et sort par la petite porte avec deux matches de suspension. Agen tient alors à la recruter pour renforcer sa ligne de 3/4 et dès sa première saison, Rupeni est le joueur de l’année et le recordman des marqueurs d’essais. Quelques engueulades après, dans un registre qui n’appartient qu’à lui, Caucau est fustigé, raillé, écarté, viré. Toulouse se propose de le reprendre, de l’encadrer, de le fixer : Guy Novès se lance un défi personnel, celui de servir de tuteur à ce pied de vigne particulièrement noueux. En effet d’après le principe général « qui peut le plus peut le moins », il semble évident à tout le monde que si le fidjien se soumettait à une discipline, s’il me mettait à la préparation physique, s’il perdait 40 kilos, s’il se présentait à l’heure à l’entraînement, son rendement n’en serait qu’amélioré. La même logique a voulu que Thomas Castaignède compense son manque de puissance en prenant de la créatine, ajoute à son étincelle créatrice quelques kilos de muscles et nous avons vu le résultat.

Cette histoire me rappelle celle de Django Reinhardt, parti en Amérique à la rencontre du jazz originel, pour une tournée avec Duke Ellington, et qui n’y a rencontré que des comptables, des horaires, des chambres d’hôtel et des prestations chronométrées. Il en est revenu déçu et a délaissé pendant quelques temps sa guitare. Le génie qui est le sien aurait-il pu naitre dans un pavillon de banlieue ? Hors de sa roulotte, loin de son nomadisme, le gitan aurait il laissé cette empreinte indélébile dans l’histoire du jazz ? Rupeni Caucaunibuca, arraché à ses plages pacifiques pour une promesse de french flair, de jeu libre et de grands espaces, résistera t’il aux influences extrêmement cadrées d’une horlogerie toulousaine ? Qui sommes nous pour exiger de lui qu’il se plie aux brimades d’un mécanisme millimétré, aux rigueurs d’une lecture scientifique du jeu ? Caucau ressemblerait alors à un soliste dans un orchestre, un crack dans une fantasia, un artiste dans une entreprise, délavé et déprimé, contenu et détenu, interdit et jauni.

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La chronique de Luc : Carbone 14

9 Septembre 2010 , Rédigé par Pierre Ammiche Publié dans #L'édito de Luc

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Les petites histoires du sport sont heureux, et fiers de compter dans ses rangs un membre éminent du rugby béninois. Aussi connu de par ses tampons destructeurs que de par sa plume ravageuse, voici le premier éditorial du troisième ligne poète. Action :  

 


Le football, passe-temps universel pour manchots désoeuvrés, est à l'origine de la naissance fortuite de notre jeu à XV chéri. En effet, la première relance de l'histoire fut allumée sur un pré de la ville de Rugby par un étudiant boutonneux qui se nommait William Webb Ellis, a l'occasion d'une pluvieuse après-midi anglaise. Codifié a la hâte par un jury populaire composé de futurs officiers de l'armée des Indes, l'initiative audacieuse de ce Guillaume si peu conquérant, prit le nom de son lieu de naissance pour marquer sa sécession du pédestre sport-père. Depuis les enfants rebelles ovalistes, déserteurs du foyer familial, dans une crise d'adolescence au long cours, ont grandi, mûri et fondé leur propre famille. L'aîné, quinziste, épris de grandes valeurs, aristocrate et élitiste, a tardé à atteindre l'age adulte et à renoncer aux plaisirs solitaires pour les joies tarifées. Le cadet, du haut de ses treize joueurs, a pris plus tôt son envol, s'est vilement dévoyé pour des revenus mensuels, a connu la gloire précoce des Wunderkinder avant de chuter lourdement de son firmament. Quant au benjamin heptagonal, favori de son aîné, poussé par la fierté familiale, il connaît aujourd'hui la consécration universelle en s'inscrivant en lettres d'or au programme des Jeux Olympiques.
L'ancêtre football, pendant ces décennies de schismes ovales, s'est maintenu intact, n'autorisant que des marginales retouches dans le mince règlement; en conséquence, abstraction faite de l'accélération fatidique du jeu sous l'offensive de la préparation physique, abstraction faite aussi de la rationalisation a tout crin et son terrible cortège de palette vidéo, tableau noir et statistiques pour bookmaker, en consequence, un Yohann Gourcuff joue avec les mêmes règles qu'un Raymond Kopa, sur un terrain dont les dimensions et le marquage ont peu changé. La révolution ne s'est pas portée sur le corps mais sur l'âme.
Je crois fermement que les mythes en disent long sur les populations : les légendes du foot que sont les Pelé, Maradona et Zidane, furent des héros techniciens d'un sport qui laisse une plus large place aux artistes qu'aux haltérophiles. Dans le même temps, l'ovalie tatonnante faisait succéder, dans son panthéon le mécanique Jonah Lomu aux esthètes Guy et André Boniface; atermoiements tragiques entre puissance et génie. Les diverses strates entassées de rénovation du rugby mondial, entretenues de conciles en conciles, d'édits federaux en traités internationaux, ont bouleversé la face du jeu; l'âme préservée, il fallait molester le corps pour flatter les éternels réformistes. Jean-Pierre Rives, grand chelemard en 1977 (c'était il y a tout juste 33 ans), ne retrouverait pas ses petits dans un rugby ou il est interdit de se détacher des mêlées avant la sortie du ballon, où des quintaux prennent l'ascenseur en touche, et où les mêlées ouvertes ultra-règlementées n'autorisent pas le moindre écart. Les regroupements aseptisés d'aujourd'hui ne sont plus les piscines municipales d'antan ; un écriteau "Défense de plonger" étouffe la tentation d'une baignade et les coups de sifflets des garde-chiournes sanctionnent implacablement les dernières audaces. L'essai est passé de 4 à 5 points et les ballons Wallaby en cuir qui se gorgeaient d'eau à la moindre intempérie, ont cédé la place à des subtils concentrés de technologie thermomoulée, optimisés pour la vrille. Les seaux de terre glaise qui prenaient, entre les mains des buteurs, des allures de promontoires pour ballon ont été remplacés par des podiums en plastique dépêchés en voiture télécommandée. Les petits arrangements démocratiques entre joueurs, cette belle "main invisible" du marché qui normalisait les relations, cet accord tacite entre gladiateurs qui régulait la virilité des échanges, en somme ce gentleman agreement qui conférait au rugby toute sa noblesse, ce jardin d'Eden a été investi par des législateurs liberticides.
Loin de moi tout discours rétrograde aux relents de "C'était mieux avant"; je crois plutôt que l'enjeu de l'évolution n'est pas le passif mais les paysages que nous voulons voir se dessiner quand se dissiperont les brumes du futur. Il est à craindre que le rugby a XV n'aille se fourvoyer dans les errements de nos cousins treizistes avec l'infâme alibi d'un impératif de spectacle. De fait, les passerelles avec le XIII sont déjà nombreuses, dans la règle et dans l'esprit. Le règlement impose déjà la ligne de hors-jeu à
10 mètres derrière la mêlée et ne devrait pas tarder à l'étendre aux phases de rucks. Ces mêmes phases de mêlées, ouvertes ou fermées, sont en train de subir une castration technique, décourageant les défenseurs d'y intervenir avec vigueur. Les ballons au sol ne sont quasiment plus disputés et cette irruption des tenus dans le champ quinziste, ajoutée à l'importation massive des météores treizistes venus d'Australie (Tuqiri, Rogers, Sailor), menace dangereusement notre maison.
Marcel Martin prophétisait en 1990 "Dans 20 ans, fusion entre le XIII et le XV, dans 40 ans, fusion entre le rugby et le football américain". Si les dates ne lui donnent pas encore complètement raison, il se trouve qu'il avait vu juste sur la direction prise : le XIII et le XV n'ont jamais été aussi proches qu'aujourd'hui. Le coaching effréné du 21e siècle n'est pas sans rappeler les escouades offensive et défensive du SuperBowl ultra-atlantique.
Ou va le rugby ? A quel sport joueront nos descendants dans un siècle ? Les pugilistes du dimanche après-midi se serreront ils à quinze ou à treize dans les maillots ? Faudra t'il aux archéologues du 22e siècle une datation au carbone 14 pour remonter aux origines du rugby ?

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