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Les Petites Histoires du Sport

La petite histoire de... Jason Robinson

24 Septembre 2010 , Rédigé par Pierre Ammiche Publié dans #La petite histoire de...

Jason Robinson, l'homme qui courrait plus vite que ses problèmes

La petite histoire de... Jason Robinson

 

 

Chronique du ghetto ordinaire, celle d’une ville ouvrière et marquée par la violence et le chômage, celle d’un gamin désœuvré qui se réfugie dans la boisson. Celle d’un homme qui pense que Dieu peut lui offrir une seconde chance. Une chance qu'il a croqué à pleine dent et dont il s’est goinfré à s’en faire mal au bide ! Voici la petite histoire de... Jason Robinson, l'ailier qui courrait plus vite que son ombre. Mais surtout plus vite que ses problèmes.

 

Maltraité par son père, le sport comme échappatoire 

 

Jason voit le jour le 30 juillet 1974. Il ne connaitra jamais son père. William Thorpe, c'est son nom, est un homme noir d’origine jamaïcaine. Thorpe claque la porte de la maison et abandonne tout. Il n'y a pas le sous chez les Robinson...  Seul cadeau d'un père déserteur ? Un patrimoine génétique un peu particulier et sa couleur de peau. Mais pas d'argent et pas d'avenir.

 

Sa mère, d’origine écossaise, refait sa vie. Son nouveau "Jules" est un blanc. Les enfants avec qui il débarque à la maison des Robinson aussi. Jason est le seul noir de cette famille recomposée. Sa différence, il va la payer vite et fort. Il devient la cible des colères de son beau-père. Et les colères, c'est le quotidien.

 

Maltraité, Jason Robinson trouve refuge dans ce qui reste pour la plupart des gamins du quartier une des rares façon de s’en sortir : briller sur le terrains. Les années passent, la vie est toujours aussi rude. Heuresement, il y a cet échappatoire. Le sport, encore et toujours. Loin du rugby à XV et des réunions de bourgeois endimanchés, c’est dans le sang et la sueur que Jason Robinson se forge. Il joue au rugby, oui. Mais celui où l’on ne baisse pas les yeux, celui où l'on se fracasse dans les autres, où l'on se défie à grand coup d'épaule. Celui où on se fait très mal : le rugby à XIII.

 

Son arme : des appuis d’une fréquence et d’une légèreté étonnante, une vitesse de sprinter. Un physique un peu banal mais un sens du placement et une envie de faire mal à chaque contact. De quoi faire de lui un phénomène de précocité.

 

Une enfance à fuir, le rugby s'offre à lui 

 

Seulement, dans les quartiers ouvriers de Leeds au cœur des années 80, on apprend à grandir vite. Très vite. Les bagarres, les premières cuites, les dimanches où il joue au bingo avec sa mère, le combat incessant pour joindre les deux bouts, la semaine de vacances annuelle à Scarborough, la vente de cuivre et de plomb, les petits jobs chez l’épicier, l’idolâtrie et la protection de se maman contre les excès de violence de son beau-père… Entre tout ça, Jason se construit peu à peu une coquille. Un grosse carapace dans laquelle il s’enferme. Une protection contre la dureté de la vie.

 

Quelques jours après son 17ème anniversaire, il fuit. Ultime moyen de s'en sortir. Il fugue de chez lui et profite de cette escapade pour signer son premier contrat professionnel dans la "joyeuse" ville de Leeds. 

 

Une enfance gachée, une vie d'adulte d'excès 

 

Jason Robinson passe alors d’un coup à l’âge adulte. Après une enfance bien nulle, le voilà déjà dans le monde féerique des contrats, des salaires, des obligations, des traites, des loyers, des emmerdes… le tout dans ce bunker mental qu’il se forge.

 

Pour sortir de son petit monde, il plonge dans le grand. Et le grand monde quand on a 17 ans ? Les soirées. Les soirée encore et toujours. Mes soirées qui se multiplient. Les soirées comme mode de vie. Sa vie devient une immense soirée. En l’espace de 2 ans, il passe du petit verre pour se décoincer un peu, à la bouteille pour se défoncer la tête. Une sorte de marathon éthylique.

 

Il a à peine 19ans et il tombe dans la terrible spirale de l’alcoolisme. Le pire ? Ce joueur est tout simplement monstrueux… Il gagne avec Wigan, son nouveau club, tous les trophées qui passent. Il est élu meilleur débutant et chaque année son équipe claque un nouveau record de victoire. Il est convoqué dans le squad de l’équipe nationale pour affronter les All-blacks.

Robinson décrira dans son livre un monde fait de sorties et d’excès jusqu’au vendredi, puis d’un match le week-end et d’une nouvelle semaine de folie sans limites jusqu’au vendredi d’après. Cela pendant 4 ans.

 

Le talent pur ne protège pas toujours 

 

Seulement, à vivre comme Icare, ont fini par se bruler les ailes. Et à vivre comme un jet-seter, la vie diurne devient fade. Une lente chute dans le n'importe quoi qui atteint son point d'orgue en 1994.

 

Robinson est remplaçant pour la finale du championnat. Alors qu'il a disputé presque tous les matchs, il se console en vidant quelques bouteilles. Dans la foulée il décide d’aller voir le président pour gueuler. Peine perdu. Il observe le match depuis le banc, où il est absolument incapable de dissimuler son état. Boulli, sur le banc, lors de la finale du championnat. Du génie.

 

Shawn Edwards, son coéquipier de l’époque avouera plusieurs années après que non seulement Robinson n’avait jamais parlé de son enfance, mais qu’il n’était pas connu pour son alcoolisme noitoire. En tout cas pas plus que les autres...

 

La rencontre qui change sa vie... 

 

L’homme qui joue la finale à sa place ? Un Tongien nommé Va'aiga Tuigamala. Une sorte d’ange gardien pour Jason. Comme la majorité des insulaires de la région pacifique, Tuigamala est très pieux. Il n’est pas rare de le voir ou de l’entendre réciter des passages entiers de la bible de mémoire. Il parle à Jason comme il pourrait parler à son petit frère. Son emprise sur Robinson est toute relative. Il invite Jason à la réflexion, lui conseille des lieux d’écoute et de discussion, lui sous-entend que parler à Dieu pourrait l'aider… Sans véritable effets sinon d’éveiller une forme de curiosité chez l’Anglais.

 

Jason avoue s'être alors posée une question : "Comment cet homme, si loin de chez lui, semble aussi heureux ?"

 

Toujours en cette année 1994, Jason réussi un autre exploit : mettre enceinte deux femmes à quelques mois d’intervalle. Celle qui sera son épouse, Amanda Whitehill accepte cette situation. Seulement la consommation de spiritueux monte crescendo. Amanda craque et retourne vivre chez sa mère. Elle lance un ultimatum à son petit-ami : il arrête de boire ou elle le quitte. Après une nuit intense de réflexion, c’est l’image de son coéquipier Tuigamala qui s’impose a lui. Il décide alors de prendre contact avec une structure chrétienne d’aide à l’alcoolisme.

 

Le passage à XV, la révélation du phénomène 

 

La repetance commence. Mais le véritable virage à lieu en 1999. Le futur coach du XV de la Rose, Clive Woodward à un plan et il veut convaincre Jason Robinson de passer au rugby à XV. Le technicien essuit un premier refus poli. Robinson est un joueur de XIII. Point barre. Merci, au revoir.

 

Mais Woodward est un malin. Il profite d’une brouille au sujet du contrat que Robinson doit signer quelques mois plus tard avec son club. Il convaint le futur arrière de "son" XV d'Angleterre. Jason Robinson signe chez le prometteur club de Sale. La suite est à l’image du joueur, fulgurante : première convocation internationale après seulement 10 matchs. 

 

En quelques mois il devient l’arme fatale des Anglais. Après le pragmatisme tinté d’arrogance de Jonny Wilkinson, le jeu léché mais prévisible de Mike Catt, les frigos américain Tindall et Tait, après les "Inglourius Bastards" Johnson, Kay, Vickery, Back, Worsley, Leonard, Thompson... Voilà que les Anglais se mettent à fabriquer des joueurs capable de crocheter, de feinter, de surprendre. De jouer comme des Français. Des tricolores de l'époque, unanimes sur Rocket Robinson. Christophe Dominici lâche, "quand tu le voyais arriver, avec ses genoux qui montaient à bloc, tu pouvais commencer à transpirer. Tu regardais si la troisième ligne n'était pas trop loin". Même son de cloche chez Imanol Harinordoquy, alors troisième ligne. "Quand il démarrait au cul de la mêlée, il vallait mieux ne pas trainer à sortir".

 

En 2003, intégré à merveille dans les schémas anglais, Robinson joue la Coupe du Monde en Australie. Parcours sans faille : le XV de la Rose colle des petées à tout le monde. En finale, il inscrit un essai mémorable. Il ne transperce pas forcément la défense comme il le fait d'habitude. Décalé en bout de ligne, il marque un essai facile. Mais plein de rage, il explose la gonfle contre le sol australien en arrivant dans l'en-but. Il lache alors un retentissant « Come on ! ». Wilkinon termine le boulot, froid comme une lame. Le 22 novembre 2003, Jason Robinson devient juste champion du Monde.

 

Un joueur appaisé qui aspire à la quiétude 

 

Le temps qu’il s’efforce à rattraper à travers ses courses folles passe vite. Les années s'écoulent. Plus l'alcool : Jason reste sobre. Une fois retiré des terrains, Jason a trouvé, au moins un temps, le repos. Après avoir mis sa carrière entre parenthèses pour se consacrer aux siens (il a 5 enfants) en 2005, il décide à 34 ans de raccrocher définitivement les crampons. Au lendemain de sa retraite il trouve refuge dans un havre de paix. Un lieu coupé du monde. Plus de télé, plus de téléphone, plus d’internet.

Il vit comme un Hermite quelques temps. Probablement le temps de s’en remettre à Dieu, celui qu’il pense être son sauveur. Et de profiter de sa famille nombreuse. Une famille qui reste pour lui comme un fil d’Ariane, le chemin qui le guide à travers les épreuves depuis cette fameuse année 1994.  

 

Lorsque l’on évoque, ou que l'on évoquera, Jason Robinson, l’image qui restera sera celle d’un petit gars d’à peine 1m73, qui pouvait battre n’importe qui en un contre un et qui a fait souffrir autant de défense qu’il est possible d’en imaginer. Ses crochets « électriques », ses courses folles, ses appuis, ses inspirations, ses coups de folie, ses exploits, ses percussions sauvages, ses plaquages déterminées...

 

Personellement, ce sont aussi les sueurs froides qu'il me foutait dès qu'il touchait la gonfle, ce sont les frissons de le voir éliminer un adversaire d'un cad-deb à 2000 à l'heure. C'est aussi l'image d'un joueur attachant, atypique, sucitant autant la crainte que le respect. Un joueur tout simplement différent et magique.  Si Lucky Luke a prouvé qu'il était possible de tirer plus vite que son ombre, depuis Jason Robinson, je suis certain qu’on peut courir plus vite que ses problèmes.

 

En cadeau : Will Greenwood, Laurence Dallaglio ou Ben Kay qui décortiquent une action de folie de Jason contre le Pays de Galles. (En Anglais)

 


 

Palmarès : Il compte à son actif 30 essais en 56 sélections, un titre de champion du monde à XV, vice champion du monde à XIII et à XV, vainqueur du 6nations en 2001 et 2003, champion d’Angleterre à Xv en 2006, vainqueur du championnat d’Angleterre 1992, 1993, 1994 et 1995 à XIII et vainqueur de la coupe du monde des clubs en 1994.

 

 

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Pierrot,rêveur équitable 14/02/2013 19:07

ici
Pierrot,rêveur équitable du Québec

j'apprécie beaucoup la lecture
de votre histoire de gars
Jason Robinson:)))

Dans le cadre de mon vagabondage poétique,blogues-musée pertinents mais aléatoires pour mon oeuvre pertinente mais aléatoire,

Permettez-moi
de vous offrir
une de mes chansons

HISTOIRE DE GARS


COUPLET 1

j’portais encore des culottes courtes
j’avais même un beau chapeau scout
j’étais louveteau
ma voix chantait
encore ben haut

mon enfance semblait éternelle
mon coeur était une chapelle
mais

dans un chalet
j’ai vu su l’mur
un très très très beau tableau

REFRAIN

sur un velours noir
y avait une femme

ben etendue
sur un sofa

était toute nue
pour un p’tit gars
du jamais vu
j’ai aimé ça

COUPLET 2

la peur m ‘a travers le corps
mon enfance m’attendait dehors
pour jouer dans l’eau
attrapper des
crapeaux

on aurait dit qu’dansé ma chapelle
des enfants d’choeur
et leurs crécelles

m’abandonnaient
devant un
tres très très très
beau péché mortel

COUPLET 3

comme la ière cigarette
que j’ai fumé dans une cachette
quand j’ferme les yeux
rien qu’d’y penser
ca m’rend heureux

la belle madame sur velours noir
aux seins que je rêvais de boire

encore à soir
je la cherche ben fort
dans ma mémoire

Pierrot
vagabond céleste

www.enracontantpierrot.blogspot.com
www.reveursequitables.com

www.demers.qc.ca
chansons de Pierrot
paroles et musique

sur google,
Simon Gauthier, conteur, video vagabond céleste

Merci:)))

Pierrot, rêveur équitable du Québec

Giovanni 18/04/2011 18:38


Comme je le pensait c'est une super article encore une fois Bravo Pierre


Clément 28/09/2010 14:09


Il est super cet article, j'aime beaucoup le fait de mêler histoire de vie avec réussite sportive!!!

Continue comme ça!


Pierre Ammiche 28/09/2010 20:37



Merci Clement :) 


 


Plein de projet en cours et pas mal de taff alors tes encouragements sont super cool 


 



Etienne Leconte 27/09/2010 13:38


Frnchement bravo ! Très bel article :)
J'adore le style,(le joueur :p ) ,et les expressions qui change du style Wiki !
Encore bravo et bonne continuation Piero :)


Pierre Ammiche 27/09/2010 14:37



Merci Etienne :) 


 


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Pierre