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Les Petites Histoires du Sport

La petite histoire de… « Swing low, sweet Chariot »

10 Février 2011 , Rédigé par Pierre Ammiche Publié dans #La petite histoire de...

En France, c’est connu, cela fait 2000 ans que l’on ne peut pas blairer les Anglais. De Jeanne d’Arc à Serge Betsen, un lien invisible mais pourtant solide uni tous les Français ou presque : la haine de l’Anglais.

 

Les raisons de ces rancœurs « franco-rosbifiennes » sont multiples. Déjà au 13ème siècle, l'Anglais, cet envahisseur barbare et violent qui souillait la terre de Bretagne et de Normandie nous emmerdait. Au 16ème siècle, ils étaient à la tête de la première puissance navale et commerciale du monde juste pour nous faire chier. Au 18ème, l’enjeu du « Nouveau Monde » qui justifiait tous les excès et même la guerre  nous opposèrent à la couronne d’Angleterre.  Au 19ème ils connurent la révolution industrielle avant nous, plongeant la France dans une situation économique presque ingérable, les chiens… Alors d’accord, historiquement, ça se tient.

 

Mais s’il n’y a qu’une raison à retenir, un truc purement rugby ? Si, en plus de leur « good game » plein d’arrogance qu’ils nous assènent dans un jour de victoire, il fallait expliquer cette réaction épidermique qui nous anime au moment des rencontres sportives contre l’Angleterre ? C’est indéniablement cette foutue ritournelle qui me vient.

 

Une Angleterre qui ne fait pas rêver :

 

Ce chant est simple, répétitif, enfantin, aliénant… mais le pire ?! Il est entrainant… On dirait que tous les anglophones du monde l’ont appris à l’école, que tous les Anglais le brandissent comme un bouclier devant l’ennemi. Que tous les supporters de rugby aux quatre coins de la perfide Albion l’ont gravé au creux du cœur… Mais le plus étrange, c’est que ce chant n’a que 20 ans. Explications :

 

Nous sommes en 1988. Twickenham est le théâtre d’une rencontre sans enjeux : L’Angleterre qui a connu deux défaites contre le Pays de Galles et la France, vient de s’imposer de justesse en Ecosse (victoire 9 à 6).

L’Angleterre traverse une crise d’identité et surtout de confiance impressionnante : la Coupe du Monde n’existant que depuis quelques semaines (création en 1987, où l’Angleterre sera éliminée dès les 1/4 contre une équipe du Pays de Galles, qui elle-même se fera pulvériser par la Nouvelle Zélande de plus de 40 points en demi), la « puissance rugby » d’une nation en Europe se mesure encore au moment du tournoi.

 

Un chant entrainant repris par un stade entier :

 

Or, cela fait plus de 7 ans que les Anglais n’ont plus gagné cette compétition… Une éternité. Pire que cette incapacité à gagner, c’est une formidable stérilité offensive qui atterre les supporters anglais : ils n’ont dépassé les 25 points qu’une seule fois (en 1980 contre l’Ecosse qui finit alors dernière du tournoi). En 10 ans, la moyenne de points est légèrement inférieure à 12 par match. Enfin, cela fait deux ans et demi que les supporters Anglais n’ont pas vus un essai à domicile. C’était contre l’Irlande en 1986.      

 

A la mi-temps, le XV de la Rose ne semble pas parti pour faire sauter la défense irlandaise qui pourtant est la plus mauvaise du tournoi : score fleuve de… 3 à 0 pour les Irlandais. C’est alors qu’un élan formidable s’empare de l’équipe d’Angleterre. 6 essais sont inscrits en une mi-temps. Plus d'essais en 40minutes qu’en 5ans.

 

Pour son premier match à Twickenham, un jeune noir de 23 ans crève l’écran. Son nom : Chris Oti. Il marque trois essais (un exploit dans le tournoi des 5 nations). Oti devient le premier joueur noir depuis plus de 80 ans à porter les couleurs de l’Angleterre dans son antre. Il est donc aussi le premier noir à inscrire un triplé...

 

C’est alors qu’un groupe d’étudiants de l’école bénédictine de Douai entonne un chant. C’est un chant inimitable, qu’ils se plaisent à reprendre dans leur club. Une sorte de petite mélodie légère, qui n’a pas d’âge, qui prends aux tripes et qui l’air de rien traduit toute la volonté de la plèbe. Ce chant ? Swing Low, Sweet Chariot. Un hymne parallèle au God Save the Queen et un chant plus puissant que 10000 « allez les bleus » réunis. Une sorte de râle collectif, caverneux, qui oscille comme la calèche de la chanson. En l’honneur d’un jeune noir, le stade reprends alors ce petit bout de rien. Cette chansonnette d’enfant. Ce chant écrit par un esclave, Wallis Willis devient alors plus qu’un refrain : c’est une cri. De l’histoire, nous basculons celle avec un grand "H"...

 

Un chant qui rend fou et me fait fondre un câble :

 

Aujourd’hui, ce chant jouyeux et léger n’est plus le même. Ce n’est plus une ode, ce n’est plus un chant en l’honneur d’un homme. Non. C’est bien plus que cela. C’est le véritable cri de ralliement de toute une nation. Menée de 35 points à 10 minutes de la fin contre la Nouvelle-Zélande ou menant de 30 points après une mi-temps, que chantent-ils ? A 5 minutes de la fin défendant un avantage injustement acquis (comme toujours) sur leur ligne d’essai, ou enfonçant une mêlée après 5 minutes de jeu seulement que chantent-ils ? Après un match dominé ou une partie complètement ratée que chantent-ils ? Encore et toujours cet air qui me rend fou !

 

D’abord comme un être qui s’ouvre à la vie, « Swing lord sweet chariot » est fragile. Un murmure soufflé en même temps par des centaines. Puis par la force du nombre, le chuchotement deviens un chant, puis d’un chant un cri.  Et ce cri emporte alors tous ces maudits Anglais. Avec lui, ce sont les images de tous les Leonard et les Back, les Dallaglio et les Johnson, des pénibles, des laborieux, des hommes de devoirs sans génie, des pragmatiques, des provocateurs, des pince-sans-rires, des arrogants et des brigands de toutes l’Angleterre. Aussi bien au stade de France qu’à Twickenham, en passant par Le Cap ou Brisbane, ce petit rien pousse le XV de la rose partout avec la même force.

Quand les anglais débarquent deux choses sont certaines : l’augmentation significatives des ventes de bière dans tous les tripots du coin et entendre ce chant au moins une fois résonner.

 

Enfin, si je devais retenir un seul de ces moments musical, je retiendrais un Quart de finale de coupe du monde opposant les anglais au Néo-Zélandais. Un God Save the Queen de rêve, repris par 80000 anglais, suivit d’un classique Haka. Jusqu’à là, rien de fou.

Mais, au moment de ce chant guerrier maori, un autre chant, guttural, roque et lancinant s’éleva des tribunes. Un swing lord d’anthologie nait et se fait entendre. Cet acte aussi peu « fair play » n’empêcha les coéquipiers de Lomu d’en passer près de 30 à leurs adversaires du jour. Mais les frissons que Twickenham m’ont foutu ce jour-là valent toutes les défaites du XV de la Rose du monde. Je les hais, mais franchement, respect…

 

 

 

 

Pour vous, les paroles et la traduction de la chanson la plus chiante du monde ovale :

 

Swing low, sweet chariot, 
Coming for to carry me home 
Swing low, sweet chariot,
Coming for to carry me home.


Balance-toi, ma douce calèche

Venu pour me ramener à la maison

Balance-toi, ma douce calèche

Venu pour me ramener à la maison


I looked over Jordan, and what did I see? 

Coming for to carry me home
A band of angels coming after me
Coming for to carry me home.


Je regarde par dela le Jourdain et que vois-je ?

Venu pour me ramener à la maison

Un groupe d’ange venant à moi

Venu pour me ramener à la maison


If you get there before I do  
Coming for to carry me home
Tell all my friends I'm coming, too  
Coming for to carry me home.

 

Si tu y vas avant moi

Venu pour me ramener à la maison

Dit a tous mes amis que j’y vais aussi

Venu pour me ramener à la maison


I'm sometimes up and sometimes down  
Coming for to carry me home
But still my soul feels heavenly bound  
Coming for to carry me home.

 

J’ai des jours avec et des jours sans

Venu pour me ramener à la maison

Mais c’est mon ame qui

Venu pour me ramener à la maison


The brightest day that I can say  
Coming for to carry me home
When Jesus washed my sins away  
Coming for to carry me home.

 

Le jour le plus brillant que je connaisse

Venu pour me ramener à la maison

C’est celui où Jésus me lave de mes péchés

Venu pour me ramener à la maison 

 

 

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Ancolie73 10/07/2016 07:51

Ce chant prend dont les paroles sont insipides prend aux tripes et peut faire basculer un match s'il est entonné par 10 000 spectateurs ou plus.
Nous autre français nous en manquons. A nous de nous en approprier un!
Quel autre Rouget de Lisle nous pondera une hymne simple, aux paroles facilement apprise qui remplacera cette "Marseillaise" qui respire trop la haine et un patriotisme révolutionnaire et sanglant qui n'a pas lieu d'être dans un stade ou l'amitié entre les peuples doit l'emporter, sans céder un pouce sur le terrain bien sûr.
Voyez les Irlandais, Gallois et autres Islandais durant notre Euro 2016 de foot.
Mais pas du Patrick Sébastien s'il vous plait!
Alors poètes et formations basques à vos pupitres et sortez-nous une belle ballade française a entonner avec coeur, choeur, quand il faudra rependre 15 points à ces maudits rostbeef ou encourager de notre 15 quand à 5 mn de la fin du match nous serons à égalité avec les All Blacks!

Marie 11/02/2011 13:28


C vraiment très bien car j'ai appris beaucoup de choses c bien continu comme ça....


Moratin Julien. 10/03/2017 21:39

En parfait accord avec le commentaire, Merci.