Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Les Petites Histoires du Sport

Articles récents

La petite histoire de... Rumble In The Jungle (Partie 2)

7 Mai 2015 , Rédigé par Pierre Ammiche Publié dans #La petite histoire de...

PARTIE 2 : LE COMBAT DE LEGENDE

 

APRES LA PREMIERE PARTIE, découvrez la suite du combat Rumble in The Jungle !

 

Entre revendication nationales et obligations internationales :

Dans l’enceinte sportive, les chants traditionnels sont entonnés. Les hommes et les femmes en pagnes et boubous traditionnels assurent le spectacle avant l’entrée des deux protagonistes et ils enjoignent la foule à exprimer leur « Zaïrité ».

C’est un ersatz de folklore traditionnel, n’ayant pour but que de se créer de toute pièce une tradition impossible. Une mise en scène lourde, grossière. Celles dont seul les régimes les plus mégalomaniaques sont capable. Mais ça marche. Le stade est chauffé à blanc. Les spectateurs sont prêts à rugir, à exploser, à monter sur le ring s’il le fallait.

Au beau milieu de cette foule, posé là à dessein, trône au sommet de la tribune présidentielle le portrait gigantesque de Mobutu. De son attitude empreinte de sérénité, couvre-chef léopard et lunette en écaille de tortue, il toise la foule de son regard protecteur. Il est celui grâce à qui le Zaïre existe, il est celui grâce à qui l’Afrique à son combat, il est celui grâce à qui Ali est venu. L’image est très claire : Mobutu n’a pas créé le Zaïre. Mobutu, c’est le Zaïre.

Mobutu, celui qui a rendu tout possible.
Mobutu, celui qui a rendu tout possible.

Mobutu, celui qui a rendu tout possible.

Ali, le tacticien a gagné la première bataille :
Le stade est plein comme un œuf. Voilà des semaines qu’Ali affirme un peu partout que sa vitesse d’exécution viendra à bout de la puissance de Foreman. Qu’il dit à qui veut l’entendre qu’il va terrasser le colosse. Qu’il va punir le champion. Qu’il va être le digne représentant de l’Afrique contre celui qui incarne l'US pur jus. Il va défoncer cet homme qui a manqué de respect au peuple zaïrois en ramenant son berger allemand en conférence de presse. Il sait qu’il va devoir répondre à la force pure, presque animale de Foreman le plantigrade, Foreman la momie, Foreman le semi-remorque.

Mais il a réussi l’exploit de faire cristalliser une véritable haine autour de Foreman. Il en a fait l’ennemi de tout un peuple. Il en fait une brute épaisse incapable de contenir la fougue qu'Ali va mettre. Foreman a déjà perdu le combat des cœurs. Maintenant, il va falloir assumer.

La petite histoire de... Rumble In The Jungle (Partie 2)

Quelques heures avant le combat, comme pour combattre le trac et chasser les mauvais esprits, Ali fait une petite reconnaissance du lieu du duel. Il s’imprègne de l’odeur, de l’atmosphère qui se dégage de l’enceinte si particulière qu’est ce stade du 20 mai. Il fait quelques pas sur le ring, s’allonge dans les cordes, sautille et tourne en rond. Il cherche à se créer des repères, à faire de ce ring son « chez lui ».

La petite histoire de... Rumble In The Jungle (Partie 2)

Le match est nocturne. Trois heures du matin, l’heure du choc arrive enfin. Pour garantir à un public américain privilégié de voir le combat et surtout pour pouvoir vendre l’événement au prix fort, le match se déroulera à une heure de grande écoute aux USA. Calcul rapide de la part des promoteurs : 3 h 00 au Zaïre, cela fait du prime-time à New-York. Au milieu de la nuit de Kinshasa, le combat du siècle va commencer.

 

La petite histoire de... Rumble In The Jungle (Partie 2)

Ali le provocateur, Foreman la force tranquille :

Ali entre le premier, acclamé par une foule déjà conquise. Les Zaïrois scandent son nom, le stade vibre. Il entre dans l’arène, comme un fils revenant au pays. Foreman, en tant que champion, fait son entrée en second. Il le suit de quelques secondes à peine mais l’accueil est radicalement différent. Il entre sous les hurlements de la foule « Ali Bouma Yé ! ». Traduction ? «Ali, tue-le ! ». Ali exhorte même cette foule à reprendre avec lui « Ali, Bouma Yé ! Ali, Bouma Yé ! ». Foreman gagne son coin sous les cris et les sifflets de la foule.

Dans son coin Ali, déjà torse nu, se tient debout. Il est entouré de son staff et jette d’un œil malicieux des regards presque amusé sur son adversaire du soir. Il cherche son regard.

La petite histoire de... Rumble In The Jungle (Partie 2)
La petite histoire de... Rumble In The Jungle (Partie 2)

 

En face, dans le coin gauche, le champion en titre Foreman est assis, peignoir sur le dos. Il est confiant, paisible. Mais il est surtout déterminé. Foreman ne cherche même pas à croiser les yeux de son adversaire. Sans le fuir, il semble au-dessus des provocations d’Ali qui lui, le toise en lançant des enchainements gauche-droite rapides dans l’air. Le message est clair : « regarde comme je vais vite ».

Se levant d’un coup, Foreman laisse glisser son peignoir à ses pieds et laisse découvrir sa musculature phénoménale. Le regard d’Ali change. Alors c’est donc lui qui a démoli Frazier…

Plus nonchalant que jamais, Foreman se balance gentiment dans l’air chaud et humide de Kinshasa. Son attitude détendue, presque docile, tranche avec l’impression de puissance féroce qu’il dégage. L’arbitre les appelle. Les deux combattants se rapprochent. Et là, Ali capte enfin le regard de Foreman. A la seconde où leurs yeux se croisent, Ali lui parle. Il le fait haut et fort, couvrant la voix de l’arbitre malgré son protège-dent. Le visage de Foreman se crispe et se tort. Il est en colère c’est évident. Les deux poids lourds regagnent leurs coins respectifs. Foreman est très fermé. Ali sautille et danse déjà. Comme il l’avait promis, il semble tout miser sur sa vitesse.  

 

Frazier, présent à Kinshasa pour commenter le combat

Frazier, présent à Kinshasa pour commenter le combat

Ali est-il capable de résister plus d’un round ?

Frazier est présent, au micro pour commenter ce combat, et il n’a pas tenu un round contre Foreman. Au moment où la cloche sonne, on ne peut oublier les images de "Smoking" qui va au sol 4 fois en 30 secondes.

Et les choses ne trainent pas. Ali est le premier à frapper : une droite qui passe et c’est toute la foule qui hurle. Chaque fois que Foreman essaye d’enchainer, Ali l’agrippe. Chaque fois que Foreman avance en oubliant un tant soit peu sa garde, Ali le puni d’un direct du droit en pleine face. Après 1 minute de combat, Foreman a déjà pris 3 coups à la tête. Ali l’avait promis, il le fait : il danse autour de Foreman.

Seulement, après 1 minute 30 à tourner et avancer un peu dans le vide, Foreman réussit enfin à bloquer Ali dans un coin et à le toucher. Une gauche terrible, lourde comme un parpaing lui arrive en plein front. Ali est secoué mais s’accroche au collier de son adversaire.

Foreman cogne et cogne encore. Ali encaisse et se fait martyriser dans les cordes. Comme le bambou, il plie mais ne rompt pas. Foreman frappe comme un âne, aussi fort qu’il peut. Les commentateurs sont incrédules : pourquoi Ali se laisse-t-il enfermer comme cela ? Au bout de 3 rounds, la salle est « climatisée ». On attendait une démonstration de vitesse et de fougue. Raté. Peut-être que finalement, Ali est trop vieux, Ali est fini, il est temps pour lui de dire « au revoir »… Il n’est bon qu’à s’accrocher avec courage, et tout le monde attend le coup de grâce.

 

Ali malmené par Foreman
Ali malmené par Foreman

Ali malmené par Foreman

Ali, joueur d’échec, ré-invente la boxe:

Mais, comme dans une partie d’échec, ça n’est pas toujours celui qui semble avoir l’avantage qui remporte la victoire. Peu à peu, les pièces du puzzle se mettent en place. Ali a menti, il ne va pas le noyer sous un torrent de coups et une déferlante de vitesse d’exécution. Ali est bien trop malin et trop calculateur : il a un plan.

Ses longues courses sur le bord du fleuve, son tour sur le ring le matin du match, ses provocations multiples, ses sorties fracassantes dans la presse : tout cela a un but. Il veut épuiser Foreman. Avec ses treks interminables sur les bords du fleuve, il s’est taillé une condition physique exceptionnelle. Son tour sur le ring le matin du combat lui a permis de voir que les cordes n’étaient pas tendues, que le tapis était bien plus mou que d'habitude et que le ring était plus petit qu’à la normale. Ses provocations avant le combat ? Sa garantie de faire partir Foreman à fond, sans réserves : il ne veut pas de round d’observation. Ses sorties dans la presse ? De la pure et simple désinformation. Ali est en pleine partie d’échec. Et il a 5 coups d’avance.

 

Alors, Georges, c’est tout ce que tu as ?

La petite histoire de... Rumble In The Jungle (Partie 2)

Foreman la brute à court de solutions :

Foreman, naturellement, ignore tout de cette stratégie. Il rentre à fond dans le combat. Et c’est le piège du « rope-a-dope » qui se referme sur lui. Adossé aux cordes détendues, Ali encaisse et amortit tous les coups ou presque. A chaque fois qu’il est touché, il s’accroche au cou de Foreman et lui glisse à l’oreille des petites phrases assassines : « On m’avait dit que tu cognais aussi fort que Joe Louis », « Alors Georges, tu vas me frapper à un moment ? », « Tu n’es qu’une fillette ! ».

Les rounds s’enchainent. Pour la troisième fois seulement de sa carrière, Foreman va devoir combattre dans un 5ème round. Ali grimace de plus en plus mais ne va pas au tapis. En face les frappes de Foreman résonnent de moins en moins. Ali utilise le poids de son corps à chaque accrochage pour se balancer au cou de son adversaire. Foreman n’a pas pris énormément de coups mais il a la nuque sur le point d’exploser. Il a les mains en feu, les bras en feu, les épaules en feu. Il distribue comme un sourd, mais Ali ne vascille pas.

C’est au cours du 5ème round que le challenger va porter l’estocade mentale. Au cours d’un nouvel accrochage consécutif à un coup au corps monstrueux porté par champion, Ali demande alors à Foreman, qui est persuadé d’avoir fait mal à son adversaire : « Alors, Georges, c’est tout ce que tu as ? ». Foreman, désabusé, réponds : « Oui, c’est à peu près tout ». C'est plié : Ali a gagné le combat mental.

 

La petite histoire de... Rumble In The Jungle (Partie 2)La petite histoire de... Rumble In The Jungle (Partie 2)

Le « Greatest » est un génie :

La machine se met alors en route. Porté par un public qui retrouve des couleurs, Ali enchaine deux rounds énormes. C’est la guerre mondiale. Les deux hommes vont chercher des ressources là où ils n’étaient jamais allés. Qui de Foreman, plus puissant mais bouilli, d’Ali, moins efficace mais plus fringuant va prendre le dessus. Le match se transforme en guerre de tranché.

Epuisé et incapable de lever le bras gauche, Foreman prend les directs du droit de Muhammad en pleine face. Sur un enchainement terrible, 2 droites et 3 jabs d’une vitesse folle, Foreman part au tapis. Ali, poussé par la foule vient d’électrocuter son adversaire sur une combinaison. Un enchainement tout droit sorti de la salle d’entrainement.  

Foreman, dans un dernier effort, se remet sur ses pieds. Mais, relevant une tête qui a l’air de peser 300 kilos, il aperçoit le geste sans équivoque du référent. L’arbitre a fini de compter et le boxeur texan s’est relevé une seconde trop tard. Le match est terminé, Ali re-devient champion du monde poids lourd de boxe WBA/WBC.

Dans un stade en fusion, celui que le Zaïre a traité comme son fils vient d’apporter plus qu’une victoire sportive à ce peuple. Il leur a apporté l’espoir. Ali est l’ambassadeur à vie de Kinshasa, et pour s’en convaincre, il n’y aura qu’a penser au plus grand match du 20ème siècle : Rumble in the Jungle, où la victoire d’un boxeur plus Africain qu'Américain.

 

Le ring quelques minutes après la victoire d'Ali

Le ring quelques minutes après la victoire d'Ali

Si cet article vous a donné envie de voir (ou revoir) ce combat de légende : revivez l'intrégralite du combat en anglais !

Revivez l'intrégralite du combat !

Lire la suite

La petite histoire de... Rumble In The Jungle (Partie 1)

7 Mai 2015 , Rédigé par Pierre Ammiche Publié dans #La petite histoire de...

La petite histoire de… Rumble in the Jungle : un combat de légende

 

PARTIE 1 : L’AVANT COMBAT

30 octobre 1974. Kinshasa et un pays que l’on nomme encore le Zaïre. Ce matin, le soleil se lève sur les bords du fleuve Zaïre. Le fil de l’eau n’est pas encore troublé par l’agitation quotidienne de ses berges. Pas de bateau, pas de commerçants, pas de passage. Même les crocodiles semblent plus indolents que jamais. Une atmosphère de guerre civile flotte dans l’air tropical de la rive sud. La tension est physique. L’air est étouffant dans cette ville qui tourne encore au ralenti. Dans quelques heures, le pays va imploser. 

Pour la première fois dans l’histoire, le monde entier a les yeux tournés vers l'Afrique. Deux des plus grands champions de boxe de l’Histoire vont s’y affronter. Dans le coin droit, le challenger : Cassius Clay alias Muhammad Ali. 45 combats, 43 victoires dont 31 par KO. Le plus grand boxeur poids lourds des 15 dernières années.

Face à lui, dans le coin gauche, le champion en titre WBA et WBC (les deux titres majeurs en poids lourd), la brute épaisse, le destructeur : Georges Foreman. Son palmarès est démentiel : 40 victoires, 0 défaite. Et surtout 37 par KO.

 

Retour sur un combat qui va changer le monde de la boxe.

La petite histoire de... Rumble In The Jungle (Partie 1)La petite histoire de... Rumble In The Jungle (Partie 1)

Le vieux guerrier sur le retour, le jeune loup affamé :


Foreman, fort de son titre olympique 1968, s’impose très vite comme un grand boxeur. Entre 69 et 74, la multiplication de ses combats, tous expéditif, lui permettent de se forger un palmarès énorme : 40 combats, 40 cartons.

Mais plus que les victoires, c’est la manière qui frappe : une puissance colossale, une droite ravageuse, des matchs qui durent moins de 3 rounds (33 victoires avant le 4ème round).  Récemment, il vient ni plus ni moins que d’envoyer au tapis les deux seuls combattants qui avaient battu Ali. Ken Norton, vainqueur aux points contre « the Greatest » se fait martyriser (2 rounds et il s'écroule). Joe « smoking » Frazier va six fois au tapis en deux reprises. Un massacre…

La combat expéditif de Foreman face à Frazier.

De son coté, Ali semble plus fragile que jamais. Après avoir refusé de partir au Vietnam en 1967, il est suspendu 3 ans et demi par la Fédération Américaine de Boxe. Il revient doucement aux affaires en 1970, en combattant deux boxeurs de talent : l’argentin Bonavena et le tout jeune Quarry. Deux victoires plus tard, son premier grand combat de reprise se profile : face à lui se dresse son ancien ami, Joe Frazier.
Ali montre alors pour la première fois ses limites : à New York, 3 mois après sa victoire sur Bonavena, Muhamad parait émoussé. Il est battu aux points, au meilleur des 15 rounds. Sa première défaite professionnelle.

 

Ali en difficulté face au jeune Bonavena

Ali en difficulté face au jeune Bonavena

Face à Frazier déchainé, Ali concède sa première défaite professionnelle.

Face à Frazier déchainé, Ali concède sa première défaite professionnelle.

« The Greatest » n’est plus invincible. Et malgré les 10 victoires qui suivent cette première défaite, rien n’est plus comme avant. Pire, un second faux pas face à Norton fait vaciller le monde de la boxe sur ses fondations. Ali qui perd deux combats, c’est la prise de conscience que l’Homme le plus fort du Monde est faillible.

Un combat-revanche gagné à l’arrachée plus tard et une victoire très laborieuse contre un inconnu (Lubbers) plus loin, Ali, vieillissant, débarque au Zaïre. Les choses sont claires : Foreman va le dézinguer et après ce combat, il ne restera d'Ali que quelques souvenirs agréables.

La petite histoire de... Rumble In The Jungle (Partie 1)

Du haut de son mètre 92, le jeune et fringant Georges est en grande forme. A 25 ans, est à l’apogée de son art. Il est plus grand, plus fort, plus jeune et dispose d’une allonge démesurée : 2m08. Il est annoncé comme le  boxeur le plus puissant depuis Joe Louis et le meilleur boxeur des années 70. Il a épinglé a son tableau de chasse Frazier, Peralta, Ramon. Défendre son titre WBA/WBC contre l’un des anciens du circuit doit être une formalité.

Quand l’organisation d’un combat devient elle-même un combat :
 
Les circonstances de l’organisation de ce combat sont à elles seules extraordinaires. Un jeune promoteur noir de 43 ans organise un de ces premiers événements. Ce promoteur répond au charmant prénom de Donald. Mais vous le connaissez mieux sous le nom de Don King.

Sulfureux, ayant eu à répondre par le passé de deux homicides, et de quelques arnaques, le "Don" s’est reconverti dans la promotion de combat avec un succès mitigé jusqu'à maintenant. Mais il s’engage à verser la coquette somme de 5 millions de dollars à répartir entre les deux combattants. Pourquoi cette somme colossale ? Parce qu’il veut être certain que les autres promoteurs ne pourront jamais s’aligner sur une telle proposition. Seul problème : il n’a absolument pas 5 millions de dollars !

 

C’est donc la course aux sponsors qui est lancée. Un consortium est crée pour palier au manque de financement de King : une entreprise panaméenne du nom de Risnelia Investissement, la Hemdale film Corporation (crée par le producteur Daly et l’acteur Hemmings), la Vidéo Techniques Incorporated of New York et enfin la toute jeune Don King Production sont les premiers financiers de l’événement. Mais, très logiquement, les fonds levés sont largement insuffisants. Il a alors l’idée de se tourner vers des investisseurs étrangers au continent américain. Le combat semble de plus en plus improbable.

 

Don King le sulfureux, se lance dans le monde de la boxe.Don King le sulfureux, se lance dans le monde de la boxe.

Don King le sulfureux, se lance dans le monde de la boxe.

Mobutu, le mécène venu d'Afrique
 
Le tournant à lieu courant 1974. Mobutu, le Zaïrois est un immense fan de boxe. Le Congo, divisé, est en pleine période de « zaïrification », c'est à dire une centralisation et une nationalisation forcée de toutes les institutions afin de construire la nation Zaïroise. Pour que tout se déroule sans vagues, il faut du « pain et de jeux » au dictateur.
Mobutu le sait : le meilleur moyen d’unifier au plus vite son peuple, c’est un événement sportif mondial.

Il sort le chéquier et paraphe un joli contrat de 5 millions. Mais Mobutu est très clair : le combat aura bien lieu, mais à une condition : qu’il se déroule au « Stade du 20 mai » de Kinshasa.

Don King est coincé. Il ne peut pas refuser : il n’a plus que quelques jours pour boucler l’organisation du combat. La décision est prise rapidement : le match aura lieux en plein cœur de l’Afrique, dans un des pays les plus instable du monde. Mais a-t-on vraiment le choix... Le nom de l’événement qu’il va falloir vendre aux médias : « Rumble In The Jungle », le combat dans la jungle.

Ali aux côtés de Mobutu, image incroyable il n'y a que quelques mois.

Ali aux côtés de Mobutu, image incroyable il n'y a que quelques mois.

L'affiche américaine du combat entre Foreman et Ali

L'affiche américaine du combat entre Foreman et Ali

Je suis Noir. Je ne vois pas pourquoi j'irai tuer des Jaunes pour faire plaisir à des Blancs.

Rumble In The Jungle, deux combattants que tout oppose :
 
Ce combat est donc officiellement programmé pour le mois de septembre. Les deux adversaires arrivent en juin pour s’acclimater aux températures et surtout à l’humidité du Zaïre. Ali aime courir le long du fleuve quand Foreman frappe à s’en péter les poings sur des sacs de sable. Leurs préparations respectives sont bien menées. Mais déjà les différences entre les deux boxeurs sont énormes.

Ali est adulé par les foules de Kinshasa, lui qui représente l’homme noir qui a refusé de servir de chair à canon dans la jungle Viêt-Cong. « Je suis noir, je ne vois pas pourquoi j'irai tuer des jaunes pour faire plaisir à des blancs ».

Foreman, essaye pour sa part de se faire aimer comme il peut. Mais le contraste est saisissant. Toutes les sorties de Ali entrainent des attroupements énormes de gosses qui courent avec lui. Les sorties de Foreman, franchement publicitaires, sont elles des échecs systématiques.

Ali l'Africain, adulé du peuple zaïrois.

Ali l'Africain, adulé du peuple zaïrois.

Exemple quand il débarque devant les micros et les caméras avec son berger Allemand. Un chien qui était utilisé par les colons belges pour mater les tentatives de rébellion des populations locales. La boulette.

Ali arrive à convaincre : il parle au nom de tous les noirs d’Afrique et tous les afro-américains, parle de dignité et d’avenir, parle de grandeur et de courage. Foreman, le champion et ultra-favoris est incapable d’exister. Lucide, le champion lâche : « je suis deux fois plus noir qu’Ali et pourtant les gens d’ici ne m’aiment pas ».

Je suis deux fois plus noir qu’Ali et pourtant les gens d’ici ne m’aiment pas.

L'énorme erreur de communication de Foreman : un Berger Allemand...

L'énorme erreur de communication de Foreman : un Berger Allemand...

Le sort s'acharne contre Foreman :

Mais les coups durs ne s’arrêtent pas là pour Foreman. Il s’entraine face à des sparring-partners motivés. A tel point que l’un d’entre eux touche Foreman au visage. Foreman se fait couper profondément au coin de l’œil. Cette blessure est pénible : elle peut se rouvrir à tout moment et fausser l’issue d’un combat majeur. Il est incapable de monter sur le ring dans un tel état. Il faut attendre que son arcade cicatrise et c’est le cœur gros qu’il doit demander à repousser le combat d’un mois. Ali accepte. Foreman dira plus tard que cette blessure fut la meilleur chose possible pour Ali : il était en grande forme mais incapable de boxer.

 

Ali profite de ce mois pour faire le tour du Zaïre pour entrer en contact avec une population largement conquise et pour tancer Foreman à la moindre occasion. Il surnomme Foreman « la momie », se moque de ses pieds plat et de son manque de mobilité, il affirme qu’il est bien trop rapide : « Je suis trop rapide. Hier soir pour aller dormir j'ai éteint la lumière de ma chambre... J'étais dans mon lit avant qu'il fasse noir !», que l’Afrique est « (s)a maison, et est la maison de tous les hommes noirs » et qu’il ne perdra pas chez lui, … « Je suis trop vif ! Je suis trop rapide ! Je vais mettre à la retraite le champion du monde poids lourd. Je vais mettre à la retraite le champion du monde poids lourd le 23 ! Le monde sera assommé comme lui ! » clame t-il à la descente de l’avion.

 

Ali, en tournée promotionnelle au Zaïre

Ali, en tournée promotionnelle au Zaïre

Je suis trop rapide. Hier soir, pour aller dormir, j'ai éteint la lumière de ma chambre... J'étais dans mon lit avant qu'il fasse noir !

Ali, l'intoxication pour cacher la peur :

L’intoxication est démentielle : Ali crie partout que sa vitesse légendaire ne fera qu’une bouchée de ce gros nounours.

Ali qui se moque allégrement de la soi-disant puissance de Foreman : « George est comme un gros camion. Un gros et méchant monstre qui met KO tout ceux qu’il rencontre, et personne ne peut lui gueuler dessus. Il dit : « le petit Cassius Clay, de Louisville Kentucky, l’homme qui a battu Sonny Liston, l’homme qui a mis par terre Floyd Patterson deux fois, il va me tuer ?! » Mais j’ai une mauvaise nouvelle pour Georges… Je suis un meilleur boxeur aujourd’hui ! Je ne suis plus le petit gars sous-développé de 23 ans que j’étais quand je courrais autour de Sonny Liston. Je suis expérimenté maintenant. Je suis professionnel. J’ai eu les dents défoncées, je suis allé au tapis une ou deux fois… Mais j’ai fait quelque chose de nouveau pour ce combat : j’ai fait un match de lutte avec un alligator ! C’est vrai ! J’ai fait un match de lutte contre un alligator ! J’ai fait des bras de fer contre une baleine ! Il y a tout juste une semaine, j’ai tué un rocher, blessé une pierre, fait hospitaliser une brique ! Je vais vous montrer à quel point je suis bon ! »

 

Le discours légendaire d'Ali avant son combat face à Foreman

Mais ses proches le savent : Ali est mort de peur. Plus il parle et plus il s’agite sur la scène, et plus il se liquéfie en privé. Certains commentateurs de l’époque comme Howard Cosel disent qu’il est temps de dire au revoir à Muhammad Ali. Ce a quoi Ali  répond, non sans humour :

« Howard, vous avez dit que je n’était pas capable de battre Foreman. Il a écrasé ceux qui m’ont battu par le passé. Mais il y a 10 ans, vous non plus, vous n’étiez pas le même. J’ai parlé a votre femme et elle me confirme que vous n’étiez pas le même il y a 10 ans. ».

Ali taquinant Howard Cosel, celèbre commentateur américain.

Ali taquinant Howard Cosel, celèbre commentateur américain.

De son côté, Foreman brise des sparings, fracasse des sacs, dessoude des poires, martyrise des pâtes d’ours. Il se fait plus discret qu’Ali dans les conférences et dans ses sorties (en même temps ca n’est pas bien dur) mais travaille, tranquillement, dans la sérénité.

Au matin du combat, le « stade du 20 mai » a revêtu son habit de lumière. Il faut effacer les stigmates d’un festival qui se voulait être le Woodstock africain et qui avait réunit 3 jours durant BB. King, James Brown, Celia Cruz, Miriam Makeba, Manu Dibango et bien d’autres. Les fêtes privées organisées tout autour se figent. Les concerts qui rendraient presque sympathique Mobutu le tyran s'arrêtent. Deux combattants attendent la nuit et le moment où le gong va résonner. Ils attendent, sans le savoir, le début de l'un des plus grands combats de tous les temps.

 

ENVIE DE LIRE LA SUITE ? C'EST PAR LÀ QUE CA SE PASSE !

Lire la suite

Rugby - Top 14 : Le XV de la mi-saison

28 Décembre 2014 , Rédigé par Pierre Ammiche Publié dans #Top 14

En préambule, je rappelle comme toujours que cette sélection est discutable, relative et personnelle. Je me suis appuyé pour faire mes choix sur des données objectives (stats, chiffres et temps de jeu officiels) mais aussi sur mon ressenti, mes impressions et ce que je vois soit au stade, soit devant ma télévision. Je suis comme toujours ouvert pour en discuter dans vos commentaires où via mon compte twitter (@PierreAmmiche)


Alexandre Menini (11 matchs, 8 titularisation, 520 minutes)

Devenu incontournable avec Toulon en dépit de la concurrence de Xavier Chiocci, c’est pour sa capacité de déplacement et ses quelques coups d’éclat en défense (14 plaquages contre Brive, 12 contre Clermont) que j’ai choisi Alexandre Menini. Sans être un tueur en mêlée fermée, il dispose d’un profil proche de Thomas Domingo. Mais il est clairement un ton au-dessus du pilier clermontois sur cette première partie de saison.

 

 

 

 

 

 

 

 

Crédit photo : Icon Sport

Mentions : Taulafo (Stade Français), Tonga Uiha (Oyonnax), Nariashvili (Montpellier)
 


Remi Bonfils (12 matchs, 7 titularisations, 535 minutes)

Le poste de talonneur est un poste rude et concurrentiel et les talons sont rarement incontournables avec leurs clubs. Un joueur talentueux et qui profite aussi de l’absence de ses concurrents : Remi Bonfils. Là encore un joueur se déplaçant beaucoup, capable de très gros matchs défensifs (21 plaquages contre Grenoble, 12 contre Brive) mais surtout, chose déterminante pour le poste, il fait partie des tous meilleurs lanceurs du championnat.

 

Crédit photo : Icon Sport
Mentions : Guirado (Toulon), Acquier (Brive), Etrillard (Bayonne)
 

 
Uini Atonio (11 matchs, 10 titularisations, 650 minutes)
 

Parfois très (trop) indiscipliné, parfois mutique alors que capitaine, parfois un peu juste physiquement… Mais quel joueur ! Sa tenue en mêlée fermée est de très haut niveau. Mais c’est surtout sa capacité à faire le bon choix offensivement qui frappe. Techniquement très juste, physiquement très fort. Et son inexpérience du très haut niveau laisse présager d’un avenir magnifique. Un bémol cependant : Rabah Slimani aurait au moins autant mérité sa place. Et l’émergence du rochelais, chouchou du staff du XV de France (et un peu des médias) va peut-être priver du Tournoi l’un des meilleurs piliers droits (sinon le meilleur) du championnat.

 


Mentions : Ric (Clermont), Slimani (Stade Français), Mas (Montpellier)

 

Juandré Kruger (9 matchs, 8 titularisations, 641 minutes)

Juandré Kruger, c’est un peu l’anti-bok. Vif, mobile, adroit, sauteur. Bref, un deuxième ligne qui aime les espaces mais qui ne rechigne jamais à la tâche. Auteur d’un doublé face à Brive, il est le preneur de balle numéro 1 de son équipe et l’un des meilleurs contreurs du Top 14. Il justifie de mieux en mieux ses 17 sélections en équipe nationale. Mais attention : Kruger n'est pas qu'un sauteur… Pénible, c'est un véritable poison dans le jeu au sol. Et cela, souvent pendant 80 minutes.

 

Crédit photo : Icon Sport

Mentions : Vahaamahina  (Clermont), Timani (Montpellier), Le Devedec (Bordeaux)
 
Romain Taofifenua (10 matchs, 9 titularisations, 591 minutes)

Un seul chiffre pour illustrer la transformation de l’ancien catalan : 12. 12 kilos de perdu et voici que l'ancien tronc d’arbre de Perpignan s’impose comme l’un des meilleurs du championnat à son poste. Faisant parfois oublier Botha, faisant 2 fois la paire avec lui, ses performances lui valent d’être re-convoqué en équipe de France. Toujours aussi dur, et maintenant capable de tenir des matchs de très haut niveau : Tao est aujourd’hui redoutable.
 

Crédit photo : Icon Sport

Mentions : Méla (Brive), Van der Merwe (Racing), Maestri (Toulouse)
 


Kevin Gourdon (13 matchs, 11 titularisations, 893 minutes)

La stat qui tue : c’est le joueur qui a battu le plus de défenseurs sur ce début de saison avec 40 duels gagnés. Omniprésent à l’ASR, capable de tout faire ou presque, meilleur défenseur des Maritimes (20 plaquages contre le RM, 12 contre Bayonne et Montpellier, 15 contre Oyonnax, un pointe à 25 (!) contre Clermont), son nom revient même timidement au moment d’évoquer l’équipe de France. Un Xv de France où Collazo, son entraineur, le verrait bien (« Je suis prêt à mettre un billet sur l'arrivée de Kevin dans le groupe France dans les mois qui viennent. »)

 

Crédit photo : Icon Sport

Mentions : Hauman (Brive), Monribot (Bayonne), Puricelli (Lyon)
 

Imanol Harinordoquy (10 matchs, 9 titularisations, 677 minutes)
 

Qui aurait pu dire, sans passer pour un faisant, qu’Imanol allait revenir à un tel niveau. Blessé presque toute la saison dernière (à peine plus de 800 min sur l’ensemble de l’exercice précédent), nombreux sont ceux qui pensait que le Basque allait vivre une pré-retraite dorée sur les bords de la Garonne. Et pour tout dire, je le pensais aussi. Et voilà que malgré ses vieux genoux, le bondissant 3eme ligne renoue avec le très haut niveau. Impeccable en touche, solide au sol, présent dans le jeu et impliqué, Harinordoquy enchaine les gros matchs. A tel point qu’un retour au sein du XV de France semble aujourd’hui possible.

 

Crédit photo : Icon Sport

Mentions: Vanderglas (Grenoble), Ouedraogo (Montpellier), Lapandry (Clermont)

 


Sergio Parisse (11 matchs, 9 titularisations, 796 minutes)

Et si la meilleure manière d’apprécier l’impact d’un joueur était d’observer comment son équipe évolue… sans lui. Absent seulement 4 fois du XV de départ cette saison, sans lui, le Stade Français s’est incliné à 3 reprise. Sur le terrain ? Sergio Parisse est tout simplement un patron. Capable de percer (70m contre le Racing, 94 contre Montpellier, 98 contre Bayonne, 92 contre Lyon) mais surtout de se muer en animateur, en provocateur, en sauteur, en combattant… Bref, Sergio, c’est la classe.
 

Crédit photo : Icon Sport

Mentions : Lee (Clermont) Grice (Grenoble) Smith (Lyon) Ollivon (Bayonne)

 

Charles McLeod (12 matchs, 10 titulaires, 769 minutes)
 

C’est l’une des bonnes pioches du FCG cette année. Débarqué dans l’Isère en provenance des Sharks. Et autant le dire tout de suite, je ne connaissais pas du tout ce joueur en dépit de sa sélection en équipe nationale sudaf’ en 2011 (14 minutes contre la Nouvelle-Zélande). Parfait dans le rôle d’accélérateur de particule qu’il faut au FCG, il s’est totalement imposé à Grenoble.
 

Crédit photo : Icon Sport

Mentions : Audy (La Rochelle), Lesgourgues (Bordeaux) Pejoine (Brive)
 
Camille Lopez (7 matchs, 6 titularisations, 480 minutes)

Hésitant en début de saison entre Toulon et Clermont, Camille Lopez a certainement fait le bon choix. Devenu indiscutable (ou presque) avec l'ASM, il s'est surtout installé aux commandes du XV de France. Une  décision qui tient autant à la blessure de Trinh-Duc qu'aux progrès notables de Lopez. Meilleur en défense, plus constant, efficace au pied : il est aujourd'hui l'un des meilleurs du championnat à son poste. Son temps de jeu relativement faible aurait pu me faire préférer Wisniewski, excellent depuis 6 mois. Mais l'impression de solidité et surtout d'assurance dégagées par Lopez m'ont fait trancher en sa faveur.

 

Crédit photo : Icon Sport
Mentions : Wisniewski (Grenoble), Urdapilletta (Oyonnax), Goosen (Racing)

 

Alipate Ratini (10 matchs, 10 titularisations, 780 minutes)

Explosif, efficace, puissant mais surtout incroyablement inspiré depuis le début de la saison, Alipate Ratini est ce qu'on appelle un "phénomène". Avec seulement 3 essais sur toute la saison dernière, il signe un 10/10 cette saison : 10 matchs, 10 essais. Des chiffres hallucinants (750m gagnés, 75m par match, une cinquantaine de duels gagnés) qui témoignent aussi des ambitions de jeu du FCG sur cette première partie de saison.

 

Crédit photo : Icon Sport
Mentions : Nakaitaci (Clermont) – Vuidrawuvalu (Stade Français) – D.Smith (Toulon)
 

Maxime Mermoz (12 matchs, 12 titularisations, 922 minutes)

C'est enfin le retour de Maxime Mermoz au premier plan. Joueur élégant, racé, alliant du punch et une capacité a faire jouer avant ou après contact… Bref, un joueur de rugby. Ce qui change (à part le temps de jeu hein) par rapport à l'an dernier ? Et bien Wilkinson est parti, Giteau joue peu et Mermoz retrouve son poste de 1er centre et de régulateur du jeu toulonnais. A un tel niveau, il est juste incontournable en club. Et le XV de France pourrait y voir un signe.

 

Crédit photo : Icon Sport

Mentions : Fofana (Clermont) Olivier (Montpellier) Hansell-Pune (Oyonnax)


Alexandre Dumoulin (10 matchs, 8 titularisations, 632 minutes)

Préféré à Roberts au Racing, titulaire pour la tournée avec le XV de France, cette saison est clairement celle de Dumoulin. Jouant 12 ou 13, ce pur puncheur a su se rendre indispensable au sein d'un effectif très riche. Excellent défenseur mais surtout capable de briser la ligne seul, il apporte une forme d'incertitude dans la ligne d'attaque francilienne. Auteur de 2 essais cette saison (plus deux passes décisives), il manque encore peut-être un peu de réalisme. Mais un joueur qui apporte énormément à son équipe et qui donne un vrai coup de jeune aux arrières du Racing.
 

Crédit photo : Icon Sport

Mentions : Hunt (Grenoble) Danty (Stade Français) Barraque (La Rochelle)
 


Benito Masilevu (12 matchs, 9 titularisations, 771 minutes)

L'abus de langage est aisé, le superlatif un peu trop facilement dégainé. Mais Masilevu est tout ce qu'on attend d'un joueur fidjien, et même un peu plus. Véritable magicien, capable de gagner ses duels de toutes les manières possibles, Masilevu est un mec pas comme les autres. Et le pire ? C'est que le mec colle des caramels de l'espace dès qu'il le peut. Mon meilleur souvenir de cette demi-saison, c'est son duel face à Ratini et ce match de cinglé entre Brive et Grenoble… Masilevu, le gars pour qui je pourrais mettre 30 balles dans une place. Pour Brive. Et sans trembler. Et ça c'est fort.  

 

Crédit photo : Icon Sport
Mentions :  Talebula (Bordeaux), Mitchell (Toulon),
 

 

Scott Spedding (12 matchs, 12 matchs 960minutes)

Pas besoin de l'avoir attendu en Bleu pour voir que l'arrière de l'Aviron a franchit un cap. Toujours aussi puissant, inspiré sur ses relances, il est LE joueur qui amène un peu de folie à Bayonne. Et que dire de son jeu au pied ? Tout simplement énorme. Ses 3 match en équipe de France couronnent un joueur qui pour ne rien gâcher est un bon mec.

 

Crédit photo : Icon Sport
Mentions : Dulin (Racing), O’connor (Toulon), Germain (Brive)

Lire la suite

La Parole est à la Défense #2 : Stade Toulousain cherche turnover

23 Septembre 2014 , Rédigé par Pierre Ammiche Publié dans #La parole est à la défense

Le système toulousain… Epineux problème qu'est celui que j'aborde. Le modèle toulousain était LE modèle exemplaire, des années 90-2010. Aujourd'hui, plus rien ne semble vraiment très bien fonctionner au sein du club. Exemple tout simple avec la conquête.
Les chiffres ne sont pas nécessairement mauvais (78% de touche gagnées et 81% des mêlées), mais Toulouse peine : déjà 16 pénalités en mêlée contre le ST et une impression de faiblesse dans un secteur autrefois clef. 
 
 
La défense fait pourtant exception dans cette avalanche d'incertitude : seulement 128 points et 9 essais encaissés après 6 matchs de TOP14 (5ème défense), Toulouse semble avoir des certitudes dans ce secteur. 
 
Petite analyse du dernier vestige des certitudes toulousaines.

Les rucks : 

Comme souvent, l'organisation autour du ruck est classique. 5 joueurs, 1 garde dans l'axe, deux joueurs de chaque côtés du ruck pour sécuriser la Z0/Z1. Bref : un modèle qu'on retrouve chez presque toutes les équipes

La Parole est à la Défense #2 : Stade Toulousain cherche turnover

Petite différence : sur les phases de contest, les toulousains délaissent parfois l'axe au profit d'une organisation 2/2. Un organisation qui permet d'avoir toujours 5 joueurs maximum concernés par le ruck mais d'avoir un joueur dont la tache n'est plus passive.

La Parole est à la Défense #2 : Stade Toulousain cherche turnover

Système de montée : 

Le système de montée toulousain est un système plus classique que celui de Castres. Une montée nombreuse et très agréssive dans la zone 1/2, puis un bloc qui glisse tranquillement quand la balle les dépasse. 

A noter : certains joueurs ont une importance capitale dans ce système qui vise à blinder le milieu de terrain. C'est le cas notamment pour Johnston, Albacete ou Maestri qui doivent etouffer l'attaque. 

Le but est simple pour les rouge et noir : forcer l'adversaire à taper comme un sourd dans un mur. 
 
Le point fort : le milieu du terrain est dense, rude et agressif. La densité du paquet d'avants toulousain devient une force plus qu'une faiblesse en limitant les déplacements. Cette force est encore plus importante dans la mesure où, nous allons le voir, le contest est un secteur clef dans le dispositif toulousain. 
 
Le point faible : ce système fragilise peut-être un peu la zone 3. C'est mathématique : 5 joueurs Z0-Z1 + 3 joueurs Z2 + 3 joueurs  en couverture. 4 joueurs sont disponible pour défendre côté intérieur et au large. Délicat face à une équipe qui va jouer large-large sans passer par le duel au milieu de terrain. 

Le contest : 

Historiquement, c'est l'arme majeur du jeu de Toulouse. Pousser l'adversaire à rendre des ballons ou contester afin de jouer les ballons de récupérations à 100%. Petit bémol cette saison où face à La Rochelle ou même face à Clermont, le manque d'agressivité de la défense toulousaine m'a sauté aux yeux. 
 
Reste qu'en théorie, voila le système : 
 
L'assistant plaqueur va contester seul. Ce contest presque systématique entre les deux lignes des 15m. Là encore, une constante : la grosse pression dans l'axe. 

Illustration de la délicatesse toulousaine face au Racing (J6) : Toulouse n'a provoqué que… 4 pertes de balle adverse. Comparaison : Turnovers -> 15 contre Oyonnax, 10 contre Castres, 13 contre La Rochelle, 16 contre Brive, 14 contre Clermont.

Spécificité :

Cette équipe de Toulouse a un besoin majeur depuis 3 ans provoquer des turnovers dans le jeu. Pourquoi ? Parce que la touche et la mêlée toulousaine sont en difficulté depuis 2 saisons. 2012 : la dernière saison de Servat et Bouilhou en tant que joueurs et de Bru en tant que coach. Trois références.

 

Dernier mot sur la défense toulousaine : l'attitude individuelle des cadres est déterminante pour le collectif. Le duel est souvent individuel. C'est pour cela que Fritz est quasi intouchable au sein du Stade Toulousain en dépit d'une forme encore moyenne sur ce début de saison. 
 
Joueurs clefs : Dusautoir, Johnston, Nyanga, Fritz, Camara, David. 
 
J'attends vos propositions pour le prochain club à analyser. 
Lire la suite

La Parole est à la Défense #1 : Castres, le Tarn épais.

31 Août 2014 , Rédigé par Pierre Ammiche Publié dans #La parole est à la défense

La première équipe que j'essaye d'analyser est le Castres Olympique. Rien de politique, j'ai juste eu accès à plus d'images que pour d'autres formations. 

 

Les systèmes évoluent vite et vont dépendre des joueurs qui les mettent en oeuvre. C'est donc sur des vidéos qui datent un peu que nous allons tenter d'analyser les systèmes défensifs de base, mais heureusement, le staff est resté le même et le système n'a pas été bouleversé depuis 2 ans.
 
Castres a pourtant du digérer le départ de certains joueurs défensifs clefs comme Dulin ou surtout Claassen. 
Vice-champion de France l'an passé, champion de France en 2013, Castres est connu pour sa rigueur défensive et sa capacité à gagner ses duels dans la zone 0/1. Voyons si son système est aussi compact et rugueux que ce que l'on pense. 

Les rucks : 

 

L'organisation est très classique, avec 2 joueurs postés des chaque côtés du ruck et un joueur supplémentaire qui prend à l'axe pour prévenir tout démarrage. 

Placement défensif de base CO

Placement défensif de base CO

 

Comme pour tous les systèmes, en cours de match, le CO s'adapte parfois.  
 
Exemple contre Brive : réduit à 13 le CAB peut difficilement écarter les ballons. On retrouve alors 10 Castrais dans la Zone 0/1. 
La Parole est à la Défense #1 : Castres, le Tarn épais.

Système de montée :
 
La encore pas de véritable surprise de la part du CO, puisque la montée est souvent une montée assez répandue : un rush défense. 
 
Ici la montée est commandée par les centres (Cabannes, Lamerat), avec le 10 (Tales) ou le premier centre qui contrôle la zone intérieur et une troisième ligne très dense pour gérer la zone 1 en cas de retour intérieur. 
 
A noter : Kockott est souvent présent dans la ligne et ne couvre pas. 

Contest : 
 
Pas de contest de zone, mais un contest opportuniste de la part de l'assistant plaqueur. Pour ça : l'équipe va mettre en oeuvre un contest "duel gagné" (comme face à Brive) et plus rarement un contest "assistant plaqueur". 

Pourquoi pas de contest systématique de zone ? Probablement parce que Castres s'est affirmé depuis 3ans comme le meilleur alignement en touche du championnat (Caballero, Gray, Samson, Diarra, Claassen, Capo Ortega). A ce titre, le CO a d'avantage de réussite à contester le ballon dans ce secteur que dans le jeu au sol. 

 
Autre particularité de cette équipe tarnaise : sa capacité à ne jamais paniquer et à passer d'une situation critique à son organisation rapidement. 

Points forts : L'un des gros points forts de Castres reste la défense homme à homme. L'un des meilleurs exemples étant la capacité qu'a eu le CO a répondre aux duels imposés par le RCT en finale de Top 14. Notamment par l'intermédiaire de Talès, Diarra, Faasalele, Bornman, Mach ou encore Cabannes. 

 

Points faibles : Kockott défend très souvent dans la ligne autour du ruck. Logiquement, l'un des solutions possible et où Castres aura du mal à trouver une parade immédiatement : le petit jeu au pied par dessus, dans le dos des rushers.

 

Autre point faible : le système de montée ou de contest est invariablement le même et l'adaptation est relative. C'est délicat pour Castres de basculer d'un système qui marche peu à un système plus efficace en cours de match. Parfois, pourtant, le CO va s'adapter en cours de match en fonction de l'adversaire. Exemple face à Brive. 
 
Enfin dernier point faible : si l'équipe en face arrive à enchainer les temps de jeu et les séquences longues (Z2/Z3), le CO peut avoir du mal à ralentir les sorties de balles. Et alors subir le rythme du match. 
 
 
 
Au final les homme(s) clef(s) du système Cabannes (gros plaqueur, un des meilleurs centre défensif du championnat), Tales (véritable 4ème 3eme ligne, capable de gagner des duels défensifs à lui seul), Diarra/Bornman (deux mecs en fonte), Capo-Ortega et Mach (zone 0) sont déterminants et le système reste une mécanique efficace grace à une organisation adaptée aux qualités des joueurs. 
 
 
Prochaine équipe que je vais étudier : Toulouse. 
 
 
 
Lire la suite

Rugby - La parole est à la défense (épisode 3)

20 Août 2014 , Rédigé par Pierre Ammiche Publié dans #La parole est à la défense

Dernier volet de ma petite analyse sur la défense. Après avoir vu l'organisation collective avec le système défensif global et après avoir survolé rapidement la stratégie liée au contest qui allie à la fois défense collective et choix individuels, voici l'aspect le plus complexe et le plus simple aspect de la défense : la défense individuelle. 

 

La défense individuelle 
 
C'est l'aspect technique le plus difficile à analyser mais certaines équipes vont faire une arme et vont axer une partie de leur système défensifs sur une attitude individuelle. Exemple : le Munster ou l'équipe d'Irlande qui vont avoir pour but d'isoler et de bloquer le porteur de la balle en venant imposer une mêlée spontanée. Cette "Choke Défense" a été parfaitement analysée par mes confrères de BT Sport. Et comme je ne ferais rien de mieux : 

Et si le plaquage est un geste de base, la technique liée à la défense "individuelle" est multiforme. Et bien plus complexe que simplement "prendre aux jambes". Pour essayer de vous montrer les multiples informations que le plaqueur doit rapidement analyser (régulièrement moins de 2 à 3 secondes), je vais essayer de catégoriser les différentes informations qui rentrent en ligne de compte au moment du plaquage. 
 
 
1er critère : Qui je plaque ?
 
C'est logique, mais on ne plaque pas de la même façon Peter Stringer ou Bakkies Botha. Idem, on ne plaque pas de la même façon un joueur ciblé comme "coffre à ballon" et un joueur à la technique individuelle plus développée.
 
Schématiquement : 
 
Le joueur en face est plus costaud = je vise le plus bas possible pour ne pas subir la puissance de mon adversaire
Rugby - La parole est à la défense (épisode 3)

Le joueur en face en moins costaud = je vise dans la zones des avants-bras/épaule pour imposer ma supériorité physique.

Rugby - La parole est à la défense (épisode 3)

Seulement, la défense est souvent plus une question de rapport de vitesse que de gabarit. Qui gagne le premier la ligne d'avantage ? 
 
Le joueur en face arrive avec plus de vitesse mais droit sur vous = plaquage zone basse pour limiter l'impact ( la puissance correspond à l'énergie cinétique soit : EC = 1/2 x vitesse^2 X masse. Plus tu es lourd et rapide, et plus tu fais mal) 
Le joueur en face arrive avec moins de vitesse mais droit sur vous = plaquer zone haute pour limiter les risques de passe après contact (donc après vous quoi…). Ca va clairement ressembler à une défense type Rugby à XIII.
 
 
 
Enfin dernier critère pour bien gérer son duel : le joueur, sauf manque de choix ou débilité profonde, vient rarement vous péter dans la truffe pleine balle. Donc deux possibilités :
 
Le joueur en face arrive avec plus de vitesse mais dans l'intervalle
Le joueur en face arrive avec moins de vitesse mais dans l'intervalle 
 
Rugby - La parole est à la défense (épisode 3)

Comment gérer cette situation ? Tout va dépendre des critères suivants. 
 
 
2ème critère : Où suis-je sur le terrain ?
 
Là encore, logique pure et simple : on ne défend pas de la même manière sur sa ligne et à 80m de l'en-but. 
 
x Zone de danger ou zone critique : tendance à défendre plus haut pour empêcher la continuité du jeu et les passes après contact. 
 
Zone de défense placée : retour à la base "gabarit, vitesse, intervalle". 
 
 
 
3ème critère : Qui est autour de moi ? 
 
Dernier critère : suis-je seul ou ma défense est en surnombre ?
 
Je suis seul et que je dois négocier un surnombre : je prend le plus haut possible (l'idéal étant de prendre l'attaquant au ballon et de rester debout le plus longtemps possible. 
 
Je suis seul à seul avec l'attaquant : retour à la base "gabarit, vitesse, intervalle".
 
L'attaquant est seul et doit négocier un sous-nombre : prendre bas, faire tomber le plus rapidement possible
 
Mais laissons l'un des meilleurs défenseurs du monde, Jacques Burger, vous expliquer tout ça. 

En conclusion de cette approche des bases de la défense : chaque système défensif est donc un rigoureux mélange de choix en amont du match, d'adaptation et de prise d'initiative collectives ou individuelles.

 
Dans les prochains épisodes, on tentera donc de schématiser de manière parfois grossières certaines phases de jeu qui se retrouveront au sein d'une équipe. Le but étant au final de donner des repères et des clefs pour comprendre les défenses du Top 14 ou internationales. 
 
Si vous avez des questions, n'hésitez pas : je suis toujours disponible pour discuter. 
 
Lire la suite

Rugby - La parole est la à défense (épisode 2)

20 Août 2014 , Rédigé par Pierre Ammiche Publié dans #La parole est à la défense

Après avoir succinctement analysé les zones et surtout le système général, parlons maintenant du pendant au système de montée : le système de contestation du ballon. 
 
 
 
La encore plusieurs écoles que je vais essayer de balayer rapidement. Le but est simplement de donner les clefs pour analyser quelques systèmes défensifs. Il faut comprendre que tous les contests n'aboutissent pas à un turnover. Mais le simple fait de ralentir la sortie du ballon peut à lui seul faire partie d'une stratégie plus générale. Le meilleur exemple étant encore une fois la référence qu'est la Nouvelle-Zélande, où, nous allons le voir, McCaw est tout simplement un phénomène assez perturbateur pour qu'une défense entière se calque sur ses qualités. Idem pour l'Australie avec Pokock ou Toulon avec Bastareaud. 
 
Evidemment, il s'agit d'un schéma et les équipes basculent d'une stratégie de contest précise à un situation particulière suivant le soutien adverse, la qualité d'un déblayage etcIdem : je ne couvre pas l'infinité des possibilités liées à la stratégie de contestation des ballons. 
 

x Le contest dans l'avancée :
 
Si la défense avance et gagne la ligne d'avantage, les soutiens défensifs alimentent immédiatement dans l'axe et contestent. Peu importe le nombre de joueur en face ou la zone du terrain : le contest devient la raison d'être de la défense. Cette approche est presque impossible à mettre en oeuvre partout et tout le match tant elle est exigeante physiquement et mentalement. 
 
 
Point positif : 
--> sanctionne n'importe où le manque de soutien offensif
--> peut être réalisé n'importe quand et utilisé au cours du match 
--> sanctionne les intentions de jeu trop ambitieuses (jouer Z3->Z3 = risque d'être pris par le tempo défensif et de perdre beaucoup de ballons). 
 
Point négatif : 
 
--> Obligations de gagner la ligne d'avantage et/ou le duel au contact. 
--> Obligation aussi d'avoir une équipe à la fois dense pour prendre l'axe et mobile pour être rapidement sur les points de contacts.  
 
Meilleur exemple de cette école du contest en fonction du résultat du duel : l'Irlande (2012, 2013, 2014), Toulon

x Le contest de "zone" :
 
Ici, le contest se fait dans certaines zones pré-définies (couloir des 15m, entre les deux lignes des 40m, dans les 60m adverses uniquement etc.). Le but peut être de limiter les pénalités dans la zone critique, de pousser l'adversaire à se consommer dans des zones compliquées, de rendre l'attaque lente. Bref : de rendre l'attaque stérile.
 
Deux exemples concrets : Grenoble va contester les ballons dans le couloir des 15m, ce qui force l'équipe qui attaque à se consommer dans les rucks excentrés. Cela va alors interdire ou presque à l'attaque de lancer un mouvement en Z3 sur un renversement. La Zone 0 est sur-peuplé (ruck, contest, parfois contre ruck) et l'équipe en possession du ballon est obligé d'attaquer en Z1/Z2. En Z1, les avants. En Z2, l'un des meilleurs défenseurs du Top 14 à son poste : Nigel Hunt. 
 
A l'inverse, les Blacks (cf vidéo) qui vont se refuser à contester les ballons dans le couloir des 15m et préférant dénsifier son milieu de terrain. Plus nombreux, les joueurs comme Nonu mais surtout McCaw vont alors avoir pour mission de ralentir au maximum l'attaque en rendre l'avancée sur les temps de jeu suivants quasi-impossible. 
 
Points positif : 
--> La rigueur apporte du confort mental : on sait exactement quoi faire à quel moment 
--> La défense peut imposer plus facilement le tempo du match
--> Peut-être applicable peut importe les qualités de l'effectif
 
Points négatif : 
 
--> facilement lisible grâce à la vidéo
--> laisse une zone de "répit" à l'attaque 
 

x Le contest numérique :
 
Le plus instinctif, parce qu'il ne nécessite aucune préparation et la défense se contente de s'adapter au soutien offensif. L'équation est simple : si surnombre défensif -> contest dans l'axe. A la différence du contest dans l'avancée, ici, un plaquage même en reculant peut être décisif si le porteur de la balle est isolé ou trop peu soutenu. C'est le B-A BA. du contre-ruck (CF vidéo de contre-ruck). 

 

 
Facile sur le papier, difficile dans l'application car il faut une grande lucidité sur les zones de rencontres et est très "pénalisante" au sens propre. Car l'excès d'engagement est immédiatement sanctionné. 
 
 
Points positifs : 
 
--> Stratégie opportuniste : peut être utilisé ponctuellement, partout et tout le temps
--> Force l'adversaire à être très vigilant sur les zones de rucks et a sacrifier parfois des joueurs pour conserver 
 
Points négatifs : 
 
--> Défense physiquement exigeante.
--> Peut être totalement improductive durant tout le match si l'équipe adverse joue un jeu restrictif. 
 
 
Là, pas vraiment d'exemple collectif mais certains joueurs spécialisés dans le contre-ruck. A l'image de Retallick. 
 

x Le refus du contest :
 
C'est un peu la "stratégie du pauvre", et pourtant… Certaines équipes vont refuser de contester le ballon. Le pourquoi est simple : cela va rendre la tache quasi impossible pour l'équipe attaquante de capitaliser sur des sorties de balle rapides. Peu importe la vitesse, le surnombre défensif est presque toujours là. 
 
Alors comment récupérer la possession de balle ? Plusieurs solutions : attendre la faute (en-avant, pénalité), pousser l'équipe attaquante en touche ou attendre que l'attaque s'épuise et rende le ballon au pied. 
 
Points positifs : 
 
--> Permet de bénéficier de ballons de relance 11/14/15
--> Limite la perte d'énergie dans les zones d'affrontement 
--> Eprouve la solidité de l'adversaire en touche-mêlée 
 
Points négatif : 
 
--> Accepter la domination de l'autre 
--> Etre très discipliné 
--> Adapter un système de défense plus passif 
Lire la suite

Rugby - La parole est à la défense (épisode 1)

19 Août 2014 , Rédigé par Pierre Ammiche Publié dans #La parole est à la défense

C'est le retour triomphal du blog le moins bien géré de la galaxie. Après des mois de silence, je reviens. Et comme j'écris peu et assez mal, je vais tenter de me rattraper en proposant un contenu un peu nouveau. Partons du constat qu'en rugby, les commentaires sont nombreux, les analyses rares et souvent assez pauvres. Je vais donc essayer de rendre accessible au plus grand nombre un secteur bien précis, parfois obscur mais toujours assez technique : la défense. 

 

Pour ça : 3 grands axes 

 

1) le système : qui fait quoi, comment ?

2) Le contest : comment et pourquoi tenter de gratter un ballon ?

3) L'attitude indivudelle : quelle défense choisir en fonction du système, de la vitesse de l'attaque, de l'adversaire direct etc.

 

Le 1er épisode de cette série va permettre de poser les bases de quelques systèmes. Mais avant ça : il faut se familariser avec les termes et les concepts développés. Chaque équipe à ses normes, ses termes, son vocabulaire. Mais schématiquement deux idées sont largement répandues : celle de zones existantes par rapport au ruck et celle de zone sur le terrain par rapport à sa ligne d'en-but. 

 

La zone sur le terrain : 

3 zones :

- La zone "verte", où la défense est placée et classique. 

- La zone "orange", où la défense devient déterminante et où le système peut parfois s'adapter 

- La zone "rouge", où la défense passe en mode "survie" et où le placement et/ou le système change totalement. 

- Dernière zone parfois à part entière : la zone dans les 15m avant la touche, où certaines défenses changent ou s'adaptent. 

Attaque de gauche à droite

Attaque de gauche à droite

Autre répartition schématique : les fameuses "Zones 0/1/2/3". On considère que la zone 0 est la zone la plus proche du ruck, la zone 3 la plus éloignée. Evidemment, il s'agit d'une évalutation et il n'y a pas de ligne physique ou de règles explicites se rapportant à ses zones. Mais elles permettent à la défense (comme à l'attaque) d'avoir des repères précis. 

 

Si pour le moment tout cela semble un peu complexe, ca sera très utile quand nous analyserons en détail quelques défenses du championnat.

Le point noir représente le ruck.

Le point noir représente le ruck.

Et on attaque avec le premier grand thème : le type de montée. Qui fait quoi et comment. Le "pourquoi" est très intéressant mais demanderait à lui seul plusieurs vidéos. Et je ne veux pas rendre le truc un-bitable tout de suite. 
 
Le type de montée 
 
x Rush défense : C'est la défense la plus agressive
 
La base : 
 
--> Homme à homme 
--> montée rapide 
--> couper les extérieurs 
 
L'organisation : 
 
--> Un milieu de terrain qui monte très vite (parfois cela s'accompagne de l'illusion d'avoir un trou à l'intérieur : l'attaque pense alors avoir une solution plus sure à l'intérieur). 
 
 
Un gros défaut : Défense "zéro erreur" qui pousse une organisation bien huilée. Grosse confiance dans son soutien à l'intérieur. 
 
Un gros plus : On peut adopter une rush défense sur quelques temps de jeu en fonction d'un surnombre sans pour autant en faire une défense de base. 
 
Plusieurs exemple : Pays de Galles, Toulon, Australie

Exemple de "Rush Défense" à l'australienne. Efficace contre la France, moins contre les All-Blacks.

x Défense classique : comme son nom l'indique, c'est la plus basique. 
 
--> Montée classique
--> Défense glissée 
--> pas de choix à faire sur les zones
--> efficace sur ballon lents 
 
L'organisation :
 
Rien de complexe sur la montée. Souvent une grosse zone 0/1 (beaucoup de joueurs) et une zone 2/3 qui glisse en fonction de l'arrivée de la balle. L'attaque joue alors à sa main. Le seul interet de cette montée est de la combiner avec une stratégie de contest efficace (comme par exemple les Blacks qui vont contester au centre du terrain pour capitaliser sur les qualités de McCaw et Nonu) 
 
 
Défauts : 
 
--> Facilement lisible
--> Rend le contest quasi-impossible
--> Rend difficile de defendre en avançant
 
Exemples : défense de base de la NZ
 

x Défense inversée : quasi abandonnée aujourd'hui 
 
--> Montée de l'ailier et du second centre. 
--> pousse l'équipe attaquante à attaquer la zone 0/1/2. 
--> possible si beaucoup d'ajustements 3eme ligne/10/1er centre 
 
Organisation : 
 
Assez difficile aujourd'hui, elle est utile sur quelques phases de jeu comme une défense sur la ligne des 5m (zone rouge). Elle reste très, très dangereuse car elle implique de quasiement sacrifier son 2nd rideau. Le but de de couper les extérieurs et de rendre impossible de jouer dans la Zone 3 pour l'attaque. 
 
 
Défauts : 
 
--> Système qui fragilise beaucoup le second rideau. 
--> Nécessite un 10 plaqueur car l'attaque va pilloner sa zone ou une troisième ligne ultra efficace. 
 
Exemples : Clermont 2005/6 ? Angleterre année 2000
 

x Défense "drift" : 
 
Défense en "controle" basée sur la communication. C'est la plus compliquée à mettre en place car elle ne s'exprime que dans une situation d'infériorité numérique. L'idée : le 10 monte sur son vis-à-vis mais glisse une fois le ballon parti sur le 1er centre, le 1er centre sur le 2nd centre etc. Cette défense combine à la fois la défense glissée et défense agressive. Elle doit être mise en oeuvre de manière collective et de manière parfaite. 
 
 
 
Ex : les Saracens
 

Voila pour votre prémière séance. Dans la semaine : la suite, avec la stratégie de contest. Et ca sera peut-etre un poil plus technique. 

 

 

 

Lire la suite

Rugby / France-Angleterre en 5 questions :

30 Janvier 2014 , Rédigé par Pierre Ammiche

Le Crunch en 5 questions ? 

 

 

Est-ce que ce France - Angleterre est le match le plus important du Tournoi ? 

 

A mes yeux, ca ne fait aucun doute. Oui. Pourquoi ? Parce que le premier match à domicile, et a fortiori contre l'Angleterre, peut faire basculer le Tournoi dans l'horreur très vite. Il existe une véritable possibilité de se faire ouvrir en deux. Et en cas de défaite, il reste deux déplacements dont un à... Cardiff. Chez le double vainqueur en titre gallois. Autant dire un gros morceau. 

 

Au délà du fait qu'un France-Angleterre est un peu plus qu'un match, et que l'athmosphère autour d'un Crunch est toujours spéciale, c'est l'enjeux sportif qui prime. Philippe Saint-André, Yannick Nyanga ou encore Pascal Papé se sont montrés clairs : c'est la victoire qui entérinerait les progrès, les ambitions et surtout le travail du groupe. Un bon moyen de se mettre la pression.

 

Le temps de l'apprentissage est terminé, maintenant il faut gagner

Philippe Saint-André, Sélectionneur du XV de France

A nous de montrer qu'on est pas trop con. J'espère qu'on n'est pas à ce stade-là, qu'on a un peu de 'bulbe', de fierté.

Yannick Nyanga, Troisième ligne du XV de France

 

La France est-elle favorite ?

Selon les bookmakers, oui. Les côtes sont de 1,52 pour la France contre 2,25 pour l'Angleterre. L'explication est que l'équipe de France est à domicile. Car sur les 5 derniers matchs du Tournoi, les Bleus n'ont gagné qu'un seul match face aux Anglais. Pire : les Bleus n'ont remporté qu'un match au Stade de France en 2013, 23-16 face à l'Ecosse.

 

Dans les faits : l'Angleterre est clairement favorite, ne serait-ce que parce qu'elle fait figure de favorite du Tournoi avec le Pays de Galles.

Une étiquette qu'aucune des deux équipes n'aime vraiment assumer avant un match. 




 

 

Quelle sera la clef du match ?



La clef du match sera comme toujours la discipline et la qualité de la conquête. Les Anglais sont redoutables dans le secteurs de la touche avec notamment 3 gros sauteurs : Lawes, Wood et Launchbury. Mais les absences de Corbisiero et de Parling fragilise la mêlée fermée. Côté tricolore : Flanquart et Nyanga pour la touche, et les 

Il y aura évidement un duel monstrueux entre Domingo et Cole et dans une moindre mesure Mas face à Marler. 

 

Mais le vrai défi pour les Bleus sera de contrôler la zone des rucks. Sans Dusautoir et son profil de plaqueur/gratteur, c'est Le Roux qui va avoir la lourde charge de répondre à Robshaw dans ce secteur. Les autres duels ? La mobilité de Nyanga contre celle de Wood, la puissance de Picamoles contre le monstre Vunipola etc. 

 

 

 

 

Pourquoi mettre 6 avants sur le banc ? 

 

Saint-André a fait le choix d'aligner un banc avec 6 avants. Le but est clair : imposer un énorme combat aux Anglais, les assomer avec nos avants et finir le boulot avec le coaching de la 60-65ème. C'est un pari justifiable mais risqué... Car avec seulement 2 arrières sur le banc, le pire scenario serait d'avoir plus de deux blessés derrière. Dès lors, c'est probablement Yannick Nyanga qui devrait dépanner à l'aile. Tout un programme. 

 

Un banc avec 6 avants est rare. Voir unique à un tel niveau. Mais cela s'explique par la polyvalence des 3/4 de l'équipe de France : Doussain peut jouer 9 et 10, Plisson peut jouer 10/12 voir 15, Huget et Médard peuvent évoluer à l'arrière, comme Dulin qui jouer à l'aile. Fofana peut y glisser aussi. Finalement seul Bastareaud ne peut jouer que centre uniquement. La flexibilité semble donc être un critère pour figurer dans cette équipe. 

 

Quel sera le duel à suivre ?

 

Pour moi, le véritable duel de ce match sera le défi entre Le Roux et Robshaw. Mais le débat est ouvert et d'autres duels sont possibles. Et ça, c'est aussi à vous de me le dire. 

LES COMPOS :

XV d'Angleterre : 15 Mike Brown, 14 Jack Nowell, 13 Luther Burrell, 12 Billy Twelvetrees, 11 Jonny May, 10 Owen Farrell, 9 Danny Care, 8 Billy Vunipola, 7 Chris Robshaw (c), 6 Tom Wood, 5 Courtney Lawes, 4 Joe Launchbury, 3 Dan Cole, 2 Dylan Hartley, 1 Joe Marler

Remplaçants : 16 Tom Youngs, 17 Mako Vunipola, 18 Henry Thomas, 19 Dave Attwood, 20 Ben Morgan, 21 Lee Dickson, 22 Brad Barritt, 23 Alex Goode



XV de France : 15 Brice Dulin, 14 Yoann Huget, 13 Mathieu Bastareaud, 12 Wesley Fofana, 11 Maxime Médard, 10 Jules Plisson, 9 Jean-Marc Doussain, 8 Louis Picamoles, 7 Bernard Le Roux, 6 Yannick Nyanga, 5 Pascal Papé (c), 4 Alexandre Flanquart, 3 Nicolas Mas, 2 Benjamin Kayser, 1 Thomas Domingo


Remplaçants : 16 Dimitri Szarzewski, 17 Yannick Forestier, 18 Rabah Slimani, 19 Yoann Maestri, 20 Antoine Burban, 21 Damien Chouly, 22 Maxime Machenaud, 23 Gael Fickou

Lire la suite

Le XV des surprises de la saison !

1 Janvier 2014 , Rédigé par Pierre Ammiche

La fin d'année se prête à ce genre d'équipe fabriquée de toute pièce et reposant sur la simple volonté de se faire plaisir à les faire. C'est rigolo et après, tout le monde dit que tu es vraiment con parce que ci ou ca... 

 

Après le XV de l'année des internautes et le XV de l'année de la rédaction, LPHS vous propose un XV des joueurs un peu "surprise" de ce début de saison. Et comme souvent, les promus sont bien représentés. 

 

Sans plus attendre, le XV des surprises de ce début de saison 2013-2014 : 

 

 

Antoine Tichit (US Oyonnax) : on l'annonce comme un futur très bon joueur, et pour sa première saison dans l'élite, Tichit à montré qu'il avait déjà le niveau du Top 14. Et pour un pilier de 24ans qui n'avait connu que la ProD2, la performance est déjà notable. Et encourageante.

 

Jody Jenneker (US Oyonnax) : Là encore un joueur d'Oyonnax. Et là encore un joueur qui découvre presque (8 matchs avec Lyon en tant que joker médical) l'élite et qui se montre largement au niveau. Actif, solide, combattif, c'est une des grosses satisfaction de la saison de l'USO.

 

Clement Ric (ASM Clermont) : Les jeunes piliers droits qui découvrent le Top14 ne sont pas nombreux. Clément Ric lui ne découvre rien mais confirme une chose : il a le niveau H-Cup. Et désolé pour les autres, mais c'est un peu le désert…

 

 

Jandre Marais (Union Bordeaux-Bègles) : Le Bordelais est énorme. Un assassin silencieux qui permet, par sa mobilité et son engagement physique, à ses arrières de briller. Incontournable, tout simplement.

 

Lisiate Fa'aoso (Aviron Bayonnais) : c'est l'une des poutres du pack de Bayonne. Et c'est une vraie découverte. Discret mais redoutable, c'est un pénible de première. Et un deuxième ligne qui ne fait pas parler de lui mais qui cumule 1100 min en top 14 cette année, soit c'est un tueur, soit c'est un escroc magnifique. Dans les deux cas, on prend.

 

 

Antoine Burban (Stade Français) : Alors oui, ça n'est pas une surprise monstrueuse. Mais Antoine Burban est a un niveau énorme depuis plusieurs semaines/mois. De quoi probablement le faire postuler à un retour en équipe de France.

 

Petrus Hauman (CA Brive) : Si Brive est un enfer à jouer, c'est en parti grâce à des joueurs comme Petrus Hauman. Pénible, rugueux, solide, il densifie le paquet d'avant du CAB.

 

Christophe André (US Oyonnax) : Il joue assez peu mais à chaque fois qu'il a évolué, en 6 ou en 8, il a été simplement énorme. Fort à l'impact, fort en défense, c'est l'un des joueurs les plus rudes du championnat. 

 

PS : Charles Ollivon (Aviron Bayonnais) aurait pu aussi figurer dans ce XV. Mais temps de jeu trop limité pour y être pour le moment.

 

 

James Hart (FC Grenoble) : Passé par Toulouse et le Leinster chez les jeunes, c'est à bonne école que James Hart a été elevé. Mais cette saison est clairement inattendue pour un joueur qui n'avait joué que 3 matchs l'an dernier.

 

Riaan Swanepoel (CA Brive) / Pierre Bernard (Union Bordeaux-Bègles) : ils sont deux à mériter une place dans ce XV. D'un côté Swanepoel qui alterne avec brio jeu à la main et jeu au pied. Et de l'autre, Pierre Bernard, meilleur buteur du Top14 et qui sort de quelques saisons galère de chez galère. Les deux conduisent le jeu de deux équipes courageuses mais surtout ambitieuses.

 

 

Julien Caminati (FC Grenoble) : On l'avait vu tenir le CA Brive un peu à lui tout seul, mais son retour à Grenoble est fracassant. Plus discipliné et surtout plus décisif avec le FCG, son retour dans le Top 14 à prouvé qu'il avait su passer un cap à l'échelon inférieur. Une surprise relative mais véritable.

 

 

Pierre Aguillon (US Oyonnax) : C'est un des joueurs les plus solide à son poste. Capable d'exploit comme son essai face à Clermont, mais surtout capable de réguler la défense de l'USO, c'est une vraie découverte pour ceux qui ne regardait pas la Pro D2 avec attention.

 

 

Jonathan Danty (Stade Français) : La encore une surprise relative. On l'attendait déjà depuis quelques mois à un niveau de jeu supérieur. Voilà qui semble fait.

 

 

Blair Connor (Union Bordeaux-Bègles) : Cette saison, l'Australien explose. Une balle de caoutchouc qui rebondit absolument partout. Il gagne presque tous ses duels. Et c'est encore plus impressionnant vu son gabarit de moineau anémié.

 

 

Darly Domvo (Union Bordeaux-Bègles) : Encore en contrat espoir au début de la saison, la pépite bordelaise prend son envol. Il a poussé Talebula à l'aile et s'est imposé comme le dynamiteur n°1 de ce club ambitieux.

 

 

 

 

Ps : Merci à @Finales_rugby pour son petit coup de main. 

Lire la suite
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 > >>